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6ème Dimanche du temps ordinaire A, homélie de frère Bartomeu


1 Corinthiens 2,6-10

 

Chers frères et sœurs, dans la célébration de l’eucharistie nous prêtons une attention spéciale à la lecture de l’Évangile, laquelle, bien sûr, a la plus grande importance. Cependant, la lecture des lettres de l’apôtre Paul est aussi très importante et nous devons l’écouter avec beaucoup d’attention. Depuis cinq dimanches, et encore jusqu’au commencement du carême, nous entendons la lecture de sa première lettre aux Corinthiens, en laquelle nous avons un enseignement très important sur notre vie de chrétiens.
Il y a deux dimanches, nous avons entendu : « regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puis-sants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages. » Et il con-cluait : « C’est grâce à Dieu que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemp-tion » (1 Corinthiens 1,26-31).
Et pour nous faire comprendre comment le Christ Jésus est cette sa-gesse venant de Dieu, dimanche dernier il disait : « je n’ai rien voulu con-naître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié », « pour que votre foi re-pose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Corinthiens 2,1-5). Voilà ce qui donnera sens à toute notre vie, quand elle pourra apparaitre comme une folie aux yeux des hommes.
Et tout à l’heure nous avons entendu que « la sagesse du mystère de Dieu », qui guide et soutient notre vie de chrétiens, sagesse de laquelle Dieu, par l’Esprit, nous a fait la révélation, est, « comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. » Voici la sagesse de ceux qui ne veulent rien connaître d’autre que Jésus Christ crucifie.
Dans la lettre de l’Église de Smyrne sur le martyre de son évêque saint Polycarpe, mort brûlé vif vers 155, nous trouvons ces paroles appliquées aux martyrs : « Bienheureux tous ces martyrs… Attentifs à la grâce de Dieu, ils méprisaient les tortures de ce monde… et des yeux de leur cœur ils regar-daient les biens réservés à la patience, biens que l’oreille n’a pas entendus, que l’œil n’a pas vus, auxquels le cœur de l’homme n’a pas songé, mais que le Seigneur leur a montrés, à eux qui n’étaient plus des hommes, mais déjà des anges » (Lettre de l’Église de Smyrne : martyre de saint Polycarpe II, 3).
Pourtant ces biens ne sont pas réservés exclusivement aux martyrs mais à nous tous, comme nous le dit saint Benoît lorsque, dans sa Règle des moines, après avoir proposé les instruments de l’art spirituel, il conclut : « Si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en servons, quand, au jour du juge-ment, nous les remettrons, le Seigneur nous donnera la récompense qu’il a promise lui-même : Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (Règle de saint Benoît 4,75-77).
Il nous faut donc, comme l’apôtre, « ne rien vouloir connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié ». Il faut que rien ne détourne de lui notre regard, que rien ne nous décourage, comme le disait un des Pères du désert des premiers temps du monachisme : « Celui qui cherche le Christ Seigneur garde sans cesse les yeux fixés sur la croix et passe par-dessus les scandales qu’il rencontre, jusqu’à ce qu’il parvienne au Crucifié » (Sentences de Pères du désert VII 35).