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2ème dimanche de Pâques (2017), homélie de frère Marie

 

« Voici le jour qu’a fait le Seigneur, nous dit le psaume, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie. »
C’est ce jour qui, dans la Pâques du Christ, inaugure la création nouvelle. Ce jour c’est le Christ lui-même qui nous éclaire, soleil de justice qui nous réchauffe de ses rayons de paix et de joie.
« Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. »Jn 8, 12

Dimanche dernier l’évangile s’ouvrait sur un tombeau vide qui n’avait pu retenir un corps, un corps perdu qui échappait à toute emprise des hommes, un corps qui déjà partageait la gloire du Père. L’évangile s’ouvre aujourd’hui sur un corps retrouvé, transfiguré. Jésus se manifeste au milieu de ses disciples, avec pour signature les marques de sa passion, marques glorieuses : « Jésus vint et il était là au milieu d’eux ». Jésus se manifeste dans un lieu, semble-t-il, aussi hermétique qu’un tombeau : « Par crainte des juifs les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillés. ». Jésus roule à nouveau la pierre de ce tombeau, lourde pierre qui se tient à la porte des cœurs : pierre de doute, de peur et de solitude.
La première chose que fait Jésus : « Il donne sa paix », signe d’une véritable réconciliation entre Dieu et les hommes.
En voyant le Seigneur les disciples furent tout à la joie : avec la paix, la joie, cette joie de la présence du Christ. Joie de cette relation que Jésus établit avec ses disciples, durable et sans fin.
Ces récits de résurrection ne parlent pas que d’évènements passés, ils nous parlent de nous, de notre Eglise aujourd’hui. Ils nous invitent à quitter nos raideurs, nos peurs, pour nous laisser habiter par cette joie et cette paix véritable du Christ qui nous rend témoins d’espérance, au milieu d’un monde sans cesse agité, troublé.
Le Christ ressuscité prémices d’une création nouvelle souffle sur ses disciples et leur envoie l’Esprit Saint. Le Christ associe ses apôtres à l’expansion de cette nouvelle création par le renouvellement des cœurs, par le don de l’Esprit et le pardon des péchés.
La présence du Christ établi un nouveau corps, celui des croyants, l’Eglise dont nous sommes membres.
Chaque fois que nous approchons des sacrements de l’Eglise, nous approchons de ses plaies vivifiantes et du don de l’Esprit de Vie. En soufflant l’Esprit Saint sur ses disciples au jour de Pâque Jésus accomplit l’Alliance définitive. La communication de l’Esprit Saint ouvre aux hommes de tous les lieux et de tous les temps la porte du pardon et de la réconciliation.
Mais le défi est grand pour les disciples, ils sont appelés à représenter le Maître, ils sont envoyés par lui au même titre que le Père l’avait envoyé. Ils sont convoqués et ils convoquent par leur mission à une attitude de vérité, à un choix entre lumière et ténèbres, accord exigeant avec l’amour de Dieu que l’Esprit répand en nos cœurs.
Cet Amour duquel nous sommes renés entraine un autre regard sur l’homme, un autre regard sur l’autre. Dès lors tout ce qui nourrit la haine, l’exclusion, la non-reconnaissance de l’autre, la division, est privation de vie : « Quiconque hait son frère est un homicide, et aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui » nous avertit St Jean.1 Jn 4, 19-21
La haine, les calculs égoïstes et le mensonge empêchent la vie, illuminée par le souffle de l’Esprit, de croître et de se manifester. Le disciple est en chemin pour ressembler à son Maître.
« Vous avez revêtu l’homme nouveau, nous dit St Paul, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur. » Col 3, 10
C’est cette réalité, idéal de l’Eglise, que la première communauté de Jérusalem essaie de mettre en œuvre à travers le souci des uns des autres, par la communion dans le pardon et le partage des biens, à travers la communion dans la fraction du pain, l’Eucharistie, la communion dans le partage de la prière et de la parole de vie par le témoignage des apôtres. Cette image de la première communauté, est comme une graine semée à tout vent de l’Esprit, en tout terrain de ce monde, semée dans tout ce qui habite et compose le cœur des hommes. Mais semence du royaume qui ne cesse de continuer sa croissance, à travers même les divisions, car elle est fondée sur le Christ vainqueur, qui sans cesse attire et provoque à l’unité.
L’évangile de ce jour nous présente l’apôtre Thomas voulant vérifier les plaies du Sauveur, s’assurer par lui-même de la réalité de ce Jésus ressuscité.
Nous avons beaucoup de points communs avec Thomas, entendre ne nous suffit pas, nous voulons éprouver, comprendre, pour risquer la foi. Mais paradoxalement ce dialogue entre Jésus et Thomas nous dégage du danger de l’emprise des signes, ou de la restriction des preuves sensibles. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
C’est le Christ qui témoigne de lui-même dans le cœur de ceux qui désirent le connaître, et l’Esprit Saint lui-même, sans se lasser, anime notre désir.
Ce qui fait signe c’est la longue chaîne des témoins à travers les âges et les diverses nations, qui incarnent l’Eglise et les appels de l’Esprit au cours des temps et pour qui le Christ est une réalité vivante au cœur de leur vie et de leurs engagements. A nous de continuer cette longue chaîne de témoins.