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15ème dimanche A, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, même si habituellement l’homélie offre un commen-taire de la lecture de l’évangile ou des autres lectures de l’Écriture Sainte, je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur le bref texte de l’oraison que nous avons entendue en conclusion des rites d’ouverture de cette célébra-tion, oraison à laquelle nous avons dit notre assentiment en répondant Amen.
Ces oraisons sont toujours brèves et denses, ce qui demande que nous y prêtions bien attention. Mais leur brièveté pourrait faciliter que nous les retenions et qu’elles puissent ainsi nourrir notre prière au-delà de la célé-bration liturgique.
Je commence donc par rappeler celle d’aujourd’hui : « Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous, et pour que nous ressentions l’effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage. »
À une invocation : « Dieu créateur et maître de toutes choses » – qui exprimait notre dépendance totale de Dieu – suivait un appel vibrant : « re-garde-nous ». Nous ne pouvons vivre hors du regard de Dieu. C’est pourquoi saint Benoît, lorsque, dans sa Règle des moines, décrit le chemin de l’humilité qui est celui du moine, il nous exhorte à être persuadés que Dieu nous regarde du haut des cieux à tout instant (Règle de saint Benoît 7,13).
C’est dans la confiance que nous donne ce regard de Dieu, que l’oraison demandait alors qu’il nous accorde de le servir avec un cœur sans partage, pour que nous ressentions l’effet de son amour.
Le servir avec un cœur sans partage. Lorsqu’un docteur de la Loi, pour mettre Jésus à l’épreuve, lui posa la question : « Maitre, dans la Loi, quel est le grand commandement ? », Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement » (Matthieu 22,35-38). Il reprenait ainsi le commandement que nous lisons dans le livre du Deutéronome : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6,5).
« Avec un cœur sans partage », disait l’oraison, traduisant le latin « toto corde », de tout cœur ! Et dans le langage de la Bible – c’est bien connu – le cœur ne désigne pas seulement, comme dans notre langage actuel, le siège des sentiments, mais tout l’homme intérieur, sa pensée, sa volonté.
Saint Paul, dans le bref passage de sa lettre aux Romains que nous avons entendu, disait cela d’une autre manière : « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vi-vons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Sei-gneur » (Romains 14,7-8). Voilà ce que veut dire servir Dieu avec un cœur sans partage, sous son regard.
Et le servir avec un cœur sans partage nous donne l’assurance de res-sentir l’effet de son amour. Jésus avait dit aux disciples pendant le dernier repas avec eux : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14,21).
Voilà ce qu’est la vie chrétienne.