logo fond

Index de l'article

4ème dimanche de carême-B, homélie de frère Marie

 

2 Ch 36, 14-23 ; Ps 136 ; Ep 2, 4-10 ; Jn 3, 14-21

Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Ce verset de l’évangile de Jean a toujours de quoi nous faire profondément réfléchir. Le monde d’aujourd’hui avec toutes ses contradictions, et nous avec, a tout autant besoin d’être sauvé que celui d’hier.
La volonté de Dieu à ce sujet est inlassable. Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ. Le Fils unique, le Verbe de Dieu est venu s’inscrire en notre chair, en sorte que personne ne puisse être délaissé au bord du chemin. Personne n’est destiné à rester dans le fossé.
Il faut tenir ferme que Dieu aime le monde, non la part ténébreuse qui est contraire à sa vie, Dieu ne peut aimer le mal et la mort, mais il aime le monde que nous sommes avec ses désirs de vie, ses fragilités et ses fractures. Ce monde, Dieu le veut et le désire vivant, au point de nous livrer son Unique engendré, sa Parole de vie.
Cette victoire de l’amour et de la vie passe par l’élévation de Jésus, son élévation en croix. L’élévation de Jésus en croix, plus encore que sa mort infamante, désigne sa royauté et sa glorification, car c’est le point culminant de l’histoire de l’humanité, où la chaine de violence et de haine est cassée, brisée par le Prince de la Paix. La vie nouvelle en Christ surgit de cet accomplissement et la résurrection est le déploiement du Règne de Dieu en nos vies. C’est cette grâce qui nous sauve par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de nos œuvres, mais être recréés en Christ nous engage dans son œuvre par l’écoute incessante de l’Esprit.
L’évangile de ce jour reprend l’image du serpent de bronze élevé dans le désert, pour l’appliquer au Christ élevé sur la croix.
Le livre de la Sagesse, commentant l’épisode du serpent de bronze, rappelle que la piqûre brulante des serpents servait de rappel afin de ne pas tomber dans l’oubli mortifère des paroles de Dieu et de son action bienfaisante. « Le serpent de bronze dressé sur le bois était là pour rappeler le commandement de la Loi, en effet quiconque se retournait était sauvé, non par l’objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous. Ni herbe, ni pommade ne vint les soulager, mais ta Parole, Seigneur, elle qui guérit tout. » Le Christ est notre onguent de vie et de réconfort. Ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé pour que quiconque croît ait par lui la vie éternelle.
Le serpent dans la Bible n’est pas un animal neutre, il évoque le premier serpent de la Genèse, le diviseur, sa sinuosité évoque la langue menteuse, le mensonge. Ce mensonge qui provoque cette fracture entre l’humanité et Dieu. Tout comme les hébreux au désert, nous connaissons les milles brûlures des défiances, des murmures, de nos manques de foi…Le serpent évoque le péché, ce qui fausse le regard. Or, sur la croix, le Christ sera élevé de terre comme le serpent, mis à la place du serpent. Sur la croix, le Christ sera accusé, identifié au péché, assimilé aux pécheurs. Comme le dit St Paul : « Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu ».
En prenant la place du serpent, Jésus ne laisse plus aucune place pour le péché. Il l’a vaincu puisqu’il a pris toute la place et nous a ouvert ainsi un chemin de vie. La lumière est là pour occuper toute la place. Nous devenons libres dans la vérité quand nous tournons vers lui nos impuissances et quand nous livrons nos ténèbres à sa lumière et son amour. Alors nous témoignons vraiment de ses œuvres qui sauve le monde.