logo fond

Index de l'article

Homélies Fêtes et Dimanches

 

 

 

 

 

nef

 

 

 


Fête de l'Immaculée Conception, homélie du P. Abbé Vladimir Gaudrat

Chers Frères et Sœurs,

La lettre de Saint Paul aux Romains dont nous avons lu des passages ce matin nous dit qu’il n’en va pas du don comme de la faute, de la grâce comme du péché. Ce don et cette grâce que nous contemplons en Marie, elle qui a été comblée de grâce, ne sont pas sans utilité, ni sans signification pour nous.

Marie est comblée de grâce, préservée du péché parce que choisie par Dieu pour donner au monde son Fils. Si Dieu nous a prédestinés à être des fils adoptifs par Jésus le Christ, c’est Marie qui met au monde Celui par qui nous sommes appelés à devenir saints, immaculées, devant lui dans l’amour. Tout cela Marie l’accomplit librement comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile mais avec une liberté préservée, une liberté que rien ne restreint, une liberté libérée puisqu’il n’y a en elle aucune connivence, aucune attirance pour le mal. La liberté véritable, c’est de pouvoir choisir le bien puisque c’est ce qui correspond à notre nature. Ce dont nous faisons mémoire aujourd’hui est bien le commencement de notre salut.

Ce don et cette grâce nous sont d’une utilité d’une deuxième manière puisque, contemplant en Marie l’humanité dans son épanouissement telle que Dieu l’a voulue en la créant, nous recevons en elle un modèle. Elle est modèle de notre foi puisqu’elle croit mais en interrogeant. Elle est modèle d’une obéissance qui n’est pas sans intelligence. Tous, comme elle, nous désirons que la parole advienne en nous pour que nous la mettions en pratique et que nous soyons transformée par elle. Contemplant Marie dans les Écritures, lors de l’Annonciation, de la Visitation, à Cana ou au pied de la Croix, nous sommes conduit par son intercession à grandir dans la foi et l’obéissance pour pouvoir nous aussi nous donner.

Mas contempler la Vierge Immaculée n’est pas pour nous sans signification parce qu’en elle nous comprenons mieux qui nous sommes. Il y a au fond de notre cœur si nous descendons en nous même, bien au delà des passions et des tentations, bien au delà des actions et des désirs mauvais, bien au delà de toute cette violence dont les hommes sont capables et la longue histoire des siècles en est remplie, bien au delà d’Adam qui a peur puisqu’il se découvre nu dans le jardin, comme un présomption d’innocence et non de culpabilité. Il y a, à la racine de notre être, comme une image inaltérable de Dieu dans le Christ puisque nous avons été créé à son image et à sa ressemblance. Et cette image peut être déformée ou recouverte, elle ne peut disparaître et en tout homme, elle appelle même à tâtons et dans le paradoxe le Sauveur. Contemplons cette image en Marie pour savoir vraiment qui nous sommes. Le Puissant fit pour elle des merveilles comme il en fait pour nous. Bénissons le et soyons dans l’action de grâce.

Tout nous est donné gratuitement pour rendre grâce :
- Le monde et tout ce qu’il contient pour que nous le respections
- Le salut et la vie nouvelle dans le Christ
- La communion fraternelle que nous pouvons créer et qui est image de la communion divine.

 


Fête de la Toussaint, homélie du P. Abbé Vladimir Gaudrat

Chers Frères et Sœurs,

En ce jour, l’Église nous invite à contempler la multitude des saints. C’est ce à quoi nous invite l’Apocalypse en parlant de cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes les nations, tribus, peuples et langues. C’est ce que célèbre aussi la première lettre de Jean en nous disant que le bonheur, la vie, la vie véritable, celle dont parle saint Benoît dans sa règle viennent de l’amour du Père. Et tout cela est déjà commencé même si ce n’est pas encore manifeste. Voilà pourquoi le monde ne nous connaît pas car il ne connaît pas cette joie même s’il aspire lui aussi au bonheur mais à tâtons. Et pourtant nous avons en cette fête la promesse du bonheur, de la joie sans fin et sans limite puisque nous sommes tous par la miséricorde du Père appelés à la sainteté. Et pourtant nous sommes déjà bienheureux en ce jour puisque la gloire des saints, la gloire du Royaume, l’amour de Dieu est déjà présent parmi nous agissant pour la transformation du monde jusqu’à ce qu’il passe. Les saints nous désirent, ils nous attendent, ils comptent sur nous pour que cette bonne nouvelle se répandent.

Cette gloire, le monde ne la connaît pas. Il dit bienheureux les riches, ceux qui possèdent, qui accumulent jusqu’à risquer de tout détruire et il célèbre ce pseudo évangile de la prospérité et du bien être par une fête à base de citrouilles. Il dit aussi bienheureux les violents, ceux qui gagnent, ceux qui réussissent, ceux qui dominent et il a transformé la fête des vivants en une mémoire des morts. Mais, sans doute, il est aussi difficile pour nous de gravir la montagne avec Jésus, là où Dieu se révèle. Nous devons ouvrir l’oreille de notre cœur pour entendre de sa bouche non une quelconque prédication mais la loi du nouvelle du Royaume dans toute sa radicalité. Les saints sont des chrétiens radicaux. Les béatitudes que nous venons d’entendre ne sont pas des modèles que nous devrions imiter, elles nous parlent des sentiments du Christ Jésus que nous devons faire notre, chacun suivant les dons reçus. Nous ne sommes pas appelés au bonheur qui est celui des saints à cause de nos mérites mais en vertu de la grâce du pardon. Ce bonheur est à la fois déclaré, promis à tous et communiqué par le Christ qui nous sauve en donnant sa vie sur la croix. Notre gloire, notre bonheur et notre joie, c’est la croix du Christ, c’est le mystère pascal. Contemplant le Christ qui dans l’abside de cette église sourit mystérieusement en tendant les bras vers tous les hommes, nous pouvons alors unir pour conduire nos vies, la pauvreté et la persécution, l’affliction et la paix, la douceur et la pureté, la justice et la miséricorde comme autant de degrés sur cette échelle où l’on monte en descendant par l’humilité. C’est par la Croix du Christ que nous devenons bienheureux. Notre joie en ce jour, c’est de pouvoir nous présenter devant lui les mains vides, délivrés du souci de la performance, comme des pauvres que Dieu aime avec la foule immense de ceux qui ne sont ni des héros, ni des vedettes mais des petits, fils bien-aimés du Père acceptant de se laisser configurer par la Croix.


25e dimanche du temps ordinaire – B, homélie de frère Bartomeu

 

Marc 9, 30-37
Sagesse 2, 12.17-20

Voici que Jésus enseigne aux disciples : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressus-citera. » Et nous avons entendu d’abord la lecture d’une page du livre de la Sagesse qui nous a évoqué la passion : « Attirons le juste dans un piège, car il s’oppose à notre conduite. S’il est vraiment le fils de Dieu, Dieu le délivrera de nos mains. Condamnons-le à une mort infâme. »
Chaque dimanche, ce premier jour de la semaine où, rassemblés dans la communion de toute l’Église, nous célébrons le jour où le Christ est res-suscité d’entre les morts – comme nous l’entendrons dans la Prière Eucharis-tique.
Et la célébration de l’Eucharistie est l’accomplissement de la parole de Jésus : « vous ferez cela en mémoire de moi », lorsque, avant sa passion, il prit le pain et, en rendant grâces au Père, le rompit et le donna à ses dis-ciples en disant : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous », et ensuite il prit la coupe et, en rendant grâces au Père, il la donna à ses disciples, en disant : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour le multitude en rémission des péchés. »
Le célébrant qui préside notre Eucharistie rendra grâces au Père comme Jésus. Écoutons-le attentivement. Alors nous pourrons conclure la Prière Eucharistique avec l’acclamation de l’Amen. Déjà au IIe siècle saint Justin, le philosophe martyr, écrivait : « Quand celui qui préside l’assemblée des frères a terminé les prières et actions de grâces, tout le peuple présent exprime son accord par des acclamations, en disant : Amen. »
Cet Amen fera que l’annonce de Jésus à ses disciples : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera », ne soit pour nous seulement un fait de l’histoire passée mais la réalité toujours actuelle qui nous sauve.
Mais ce « mystère de la foi » que nous proclamons, nous devons le tra-duire en vie concrètement, et Jésus lui-même nous a dit comment : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Et encore : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme ce-lui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » Cet enfant représente en fait tous les petits, les pauvres, les migrants. Si nous les accueillons, nous accueillons Jésus lui-même. Et si nous accueillons Jésus, nous accueillons Celui qui l’a envoyé, le Père.
C’est cela ce qui nous fera comprendre les paroles de Jésus.

 


St Bernard de Clairvaux, homélie de frère Marie

 

« De tout mon cœur, je te cherche ; toi, Seigneur tu es béni : apprends-moi tes commandements ». Ces versets du psaume 118, caractérisent ce qui a animé la vie de St Bernard, sa quête incessante. Il n’a eu de cesse de plonger ses racines dans le cours d’eau vivifiant des Ecritures, pour en irriguer sa vie, pour se laisser saisir par le Christ et tenter de le saisir.
St Bernard de Clairvaux, ce moine et abbé cistercien du 12ème siècle, mort le 20 août 1153 au milieu de ses frères dans son monastère de Clairvaux, a incontestablement marqué son siècle, comme maître spirituel et homme d’Eglise. St Bernard a surtout légué à l’Ordre Cistercien naissant une doctrine spirituelle qui va fortement contribuer à l’identité de cette forme de vie monastique. Une doctrine spirituelle qui cherche à retranscrire au cœur de l’homme la simplicité de l’image de Dieu, dans toute sa pureté. Cette simplicité qui se traduira concrètement à travers l’architecture, la liturgie, la forme de vie. Dans notre société actuelle, cette expérience de simplicité est une richesse à redécouvrir pour l’apaisement du cœur et de l’esprit, pour retrouver le goût de Dieu. Ce maître spirituel peut encore nous transmettre une saveur de vie évangélique, une espérance et une orientation de vie au cœur de notre monde d’aujourd’hui.
A l’occasion du neuvième centenaire de la naissance au ciel de st Bernard, le Pape Jean Paul II avait mis l’accent sur ce qu’il appelait le noyau spirituel de la doctrine de st Bernard pouvant être utile à nos contemporains ; « La voie du triple amour ».
Cette voie du triple amour, qui balise un chemin de retour vers Dieu, s’opérant à travers ce que les premiers cisterciens ont surnommé la « schola caritatis », c’est-à-dire « l’école de la charité ».
De cette unique source de l’amour de Dieu, découle la restauration de la dignité humaine, la purification de la vie personnelle, le devoir de s’aimer soi-même comme Dieu nous aime ainsi que d’aimer son prochain comme Dieu l’aime. Cette notion de dignité humaine et de dignité de toute vie, est un véritable défi aujourd’hui.
Pour st Bernard la grande source de cet amour qui rend Dieu, soi-même et l’autre aimable, est l’humilité de Dieu. Cette notion a de quoi nous toucher au cœur, dans un monde ou le modèle phare est la quête de puissance et où l’humble, le petit, le vulnérable est le perdant, celui qui gêne.
Cette humilité de Dieu s’exprime en plénitude dans l’Incarnation du Verbe de Dieu. L’Incarnation du Verbe a bouleversé la vie de Bernard. Dieu par amour pour lui, par amour pour l’homme, par amour pour chacun de nous a incliné les cieux et est descendu jusqu’à nous, mieux encore, c’est fait l’un de nous.
Ce Verbe divin qui soutient la terre, le ciel et l’univers entier, ce Verbe incommensurable, insaisissable, inconnaissable et invisible, c’est fait petit, saisissable, vulnérable, connaissable et visible, il s’est abrégé. Le Christ est ce tout petit qui rend le Royaume de Dieu présent parmi nous. « Père juste, tandis que le monde ne t’a pas connu, je t’ai connu,…je leur ai fait connaître ton nom,…afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux », nous dit Jésus.
Ce Verbe abrégé est aussi le Verbe abrégeant. Il est abrégé car il s’est fait tout petit pour ce rendre accessible à l’homme, pour faire entendre à l’homme la voix de l’amour divin, et il est abrégeant car il a tracé une voie accessible à l’homme pour se diriger vers Dieu, il est le raccourci par lequel l’homme peut sortir de l’impasse de sa quête infructueuse et désordonnée.
Pour Dieu l’homme, tout homme, est aimable jusqu’à donner sa vie pour lui. Ce faisant, Dieu se montre tel que l’homme puisse l’aimer.
C’est dans cette théologie que s’élabore la discipline de l’école de charité.
Pour st Bernard l’homme est avant tout une noble créature, une créature éminente, en qui demeure l’image de Dieu, et cette image ne peut être effacée, mais cette image est blessée.
L’homme s’est enfoncé dans la région de la dissemblance. Cependant l’homme reste toujours capable de Dieu, c’est à dire qu’en tout être humain demeure toujours un espace intérieur, une capacité où Dieu peut l’atteindre.
La grâce de la conversion est toujours possible, car même dans son péché l’homme est toujours capable de Dieu.
Voici ce qu’écrit St Bernard :
« Tout âme, même chargée de péchés, empêtrée dans le vice, collée à la boue, enfoncée dans la fange…toute âme dis-je, même en proie au désespoir, tout âme peut retrouver en elle de quoi respirer dans l’espoir de la miséricorde, mieux encore, de quoi oser aspirer aux noces du Verbe…de quoi ne pas hésiter à porter le joug de l’amour avec le Roi des anges »
L’humain est un être de désir, il désire sans cesse ce qui lui manque, et il est souvent insatisfait de ce qu’il possède déjà. Nous comprenons cela aisément nous qui sommes dans une société qui exploite à fond, de manière bien peu scrupuleuse, toutes les facettes de nos désirs.
St Bernard nous dit que le désir en l’homme, dans son fond n’est pas négatif, il est cet appel assoiffé de l’image de Dieu en lui vers la plénitude de son modèle.
Ainsi le Christ, ce Verbe abrégé et abrégeant est ce raccourci qui nous sort de ce cercle épuisant d’une quête stérile du sens de la vie, pour orienter notre désir vers la joie et la vision de Dieu.
Oui, laissons-nous redresser, orienter par le Verbe abrégé, et laissons-nous entraîner à sa suite à l’odeur de ses parfums.

 


19e dimanche du temps ordinaire – B, homéliede frère Bartomeu


(Éphésiens 4, 30 – 5, 2 — Jean 6, 41-51)

« Cherchez à imiter Dieu » – nous disait tout à l’heure l’apôtre – « Cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. » — C’est ce rapport de fils que nous avons avec Dieu, notre Père, qu’exprimait aussi la prière au commencement de cette liturgie : « toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial ». — « Toi que nous pouvons déjà appeler Père » ! C’est, en effet, « comme nous l’avons appris du Sauveur et selon son commandement, que nous osons dire : Notre Père… »
Père est le nom que Jésus donne toujours à Dieu : « Mon Père et votre Père », dit-il (Jean 20,17). En ajoutant souvent : « votre Père qui est aux cieux ». Dans l’évangile que nous venons d’entendre, en quelques lignes, nous l’avons entendu quatre fois : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. » « Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. » « Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. »
Saint Paul explique : « voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “ Abba ! ” » (Galates 4,6). Et encore : « vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions “ Abba ! ” » (Romains 8,15). Abba ! Les premiers chrétiens, même ceux dont la langue était le grec, ont conservé le mot araméen abba, qui signifie père, parce que c’est avec ce nom que Jésus s’adressait à Dieu dans sa prière : « Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Marc 14,36).
C’est donc – nous disait l’apôtre – parce que nous sommes ses enfants bien-aimés que nous devons chercher à imiter Dieu. Mais en quoi pouvons-nous, devons-nous, imiter Dieu ? Jésus lui-même nous le dit : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 4,44-45).
Dans l’Ancienne Loi Dieu disait : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lévitique 19,2). Et là où dans l’évangile selon saint Matthieu Jésus nous dit : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5,48), dans l’évangile selon saint Luc nous lisons : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6,36). Voici donc que la sainteté de Dieu, la perfection de Dieu, c’est sa miséricorde.
« Cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. » C’est-à-dire : « Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu, comme un parfum d’agréable odeur. N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau – cet Esprit qui crie dans nos cœurs Abba ! – Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » Seulement si nous nous pardonnons les uns les autres pourrons-nous oser dire la prière des enfants bien-aimés de Dieu : Notre Père qui es aux cieux.
Nous qui ne devons donner à personne sur terre le nom de père, car nous n’avons qu’un seul Père, celui qui est aux cieux (Matthieu 23,9), nous demandons au Dieu éternel et tout-puissant, que nous pouvons déjà appeler notre Père, qu’il fasse grandir en nos cœurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage des fils qui nous est promis.

 

 


Fête de la Transfiguration du Seigneur, homélie du P. Abbé Vladimir Gaudrat 

(homélie prononcée à l'occasion des 20 ans d'abbatiat de l'Abbé Vladimir, et de la consécration de la chapelle St Sauveur)

 

Chers Frères et Sœurs

Comme nous y invite la deuxième lettre de Pierre : « Fixons notre regard sur la parole, comme sur une lampe brillant en un lieu obscur ». Et voici qu’à l’écart, sur la montagne, Jésus est transfiguré devant Pierre, Jacques et Jean. Ceux qui sont aussi les témoins du retour à la vie de la fille de Jaïre et de l’agonie au jardin des oliviers le voient aujourd’hui transfiguré sur la montagne. C’est un moment unique et singulier dans la vie du Sauveur. Dans aucun autre passage de l’Évangile, Il ne se manifeste ainsi même lorsqu’il apparaît à ses disciples après sa résurrection. Il reçoit de Dieu le Père l’honneur et la Gloire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui, j’ai toute ma joie ».
« Tu t’es transfiguré sur la montagne montrant à tes disciples ta gloire autant qu’il leur était possible de la voir » avons-nous chanté pendant les laudes. La tradition des Pères est unanime pour nous dire qu’il a fallu aux 3 disciples être transformés eux aussi pour pouvoir voir la gloire. Mais quelle est donc cette gloire qui se laisse percevoir dans la Lumière, la Nuée et la Parole, Gloire manifestée et en même temps cachée, Gloire de l’indivisible Trinité rendue visible en ce jour. Cette gloire, Moïse et Élie l’avaient comme vu de loin en préfiguration. Seul dans les Écritures, Paul sur le chemin de Damas en perçut quelque chose lorsqu’une lumière venue du ciel l’enveloppa de son éclat et qu’il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul pourquoi me persécuter ». Pendant trois jours il en perdit la vue comme Isaac si l’on en croit la tradition juive, lui qui sur la montagne de l’oblation vit les cieux ouverts et ses yeux s’obscurcirent. Et voici que le nouvel Isaac, le fils unique et bien aimé est transfiguré avant d’être offert et de s’offrir pour le salut du monde.

« Pour nous aussi pécheurs, fais briller ta lumière éternelle »
Chers Frères et Sœurs, que cette célébration soit aussi une invitation
Si nous cherchons à percevoir cette lumière qui transforme, voici que Paul nous révèle la voie la plus excellente, celle qui est infiniment supérieure, la voie de l’amour. « Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne disparaît jamais ». Si Dieu est amour, cette gloire manifestée aujourd’hui est celle de l’amour. Il est cette lumière sans forme qui nous transforme.
Chers Frères et Sœurs,
Si nous suivons la voie de l’amour, alors nous serons lumière dans le christ.
Si nous suivons la voie de l’amour, alors nous serons comme notre Père Saint Honorat dont nous allons déposer une relique dans l’autel. Hilaire nous dit que tout lieu où il passe était illuminé par sa présence.
Si nous suivons la voie de l’amour, alors nous pourrons comme lui inculquer en aimant l’amour du Christ et du prochain, faire naître la joie et nous enflammer sans cesse du désir du Christ comme au premier jour.
Si nous suivons la voie de l’amour, nous n’aurons pas besoin que nos doigts deviennent comme des flammes comme ceux d’Abba joseph de Panepho dans les sentences des Pères du désert mais notre cœur sera tout brulant en méditant les Écritures.
Si nous suivons la voie de l’amour, alors nous verrons le cosmos tout entier avec le regard du Christ comme le don merveilleux que Dieu nous fait et que nous devons protéger et sanctifier.
Si nous suivons la voie de l’amour, dans la douceur de cet amour même, nous gouterons la joie de ce Royaume caché.
Si nous suivons la voie de l’amour, le joug du Christ nous sera facile à porter et son fardeau léger.

Chers frères et sœurs,

Dans ce lieu où ont vécu et prié tant de générations de moines. Là où tant d’entre eux ont été déposé en terre pour pouvoir entrer dans la gloire, confions nous à leurs prières et prions les uns pour les autres comme une grande famille pour que ce royaume vienne en nous. Dans cette chapelle dédiée au Christ dans sa transfiguration, recevons cette invitation à la gloire qui dans cette vie se manifeste souvent sous l’apparence des contraires. Et puisque nous allons consacrer cet autel, où nous nous offrirons dans l’unique oblation du Christ, croyons qu’alors il nous sera donné de voir Jésus seul, lui qui fait miséricorde à tout ce qui vit.
Qu’il nous bénisse tous.
Je vous demande de prier pour moi.


St Benoît, patron de l'Europe, homélie du P. Abbé Vladimir Gaudrat 

 

Chers Frères et Sœurs,

Dans cette église, il nous arrive deux fois par an de faire mémoire de Notre Père Saint Benoît. Le 21 mars, alors que nous fêtons son passage vers le monde nouveau, celui de la lumière et de la résurrection, nous avons avant tout présent à l’esprit sa vie comme modèle de celui qui a tout quitté pour suivre le Christ comme le dit l’Évangile de ce jour. Aujourd’hui alors que nous le fêtons comme patron de l’Europe, nous regardons l’autre figure que nous avons de lui par sa règle dont sa vie nous dit qu’elle est à la fois pleine de discernement et de clarté. C’est, en effet, les différentes interprétations de la règle de Saint Benoît qui ont donné naissance au monachisme occidental tellement important dans l’élaboration de la culture occidentale au moyen âge.
Alors que nous vivons dans un monde très différent, nous pouvons retenir deux aspects de la règle que l’on retrouverait aussi dans la vie de saint Benoît et qui peuvent avoir du sens aujourd’hui non seulement pour les moines mais pour tous les chrétiens voir pour tous les hommes en recherche.
La règle de saint Benoît présente la vie monastique comme un appel. Il est très significatif qu’elle commence par le mot « Écoute ». Cet appel qui est un appel à la vie et au bonheur est en même temps un appel à tout quitter pour suivre le Christ. « Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie » nous dit saint Benoît. Il fait écho en cela à l’Évangile où Jésus dit à Pierre : « Celui qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle ». Cette vie éternelle est ce que la règle nous demande de désirer de toute l’ardeur de l’esprit. Le temps de la règle, le temps des moines est le temps de la réponse dans le présent à un appel mais aussi le temps eschatologique du royaume qui vient et qui est le centuple de l’Évangile déjà goûté. Quoi de plus doux que cette voix qui nous appelle dit saint Benoît. Mais quoi de plus important de croire et d’affirmer que toute vie humaine est une vocation, une réponse à un appel, la possibilité de se dépasser elle-même et donc qu’elle a une dignité que rien ne peut retirer. Et quoi de plus urgent que d’essayer de bâtir un monde où chacun puisse vivre sa vie comme une réponse, comme un choix. Chacun et pas seulement les riches, chacun et pas seulement les intelligents où ceux qui se croient tels, chacun et pas seulement les européens ou les occidentaux. Non rien n’est à mettre en premier, il n’y a aucune préférence à avoir sinon celle du Royaume.
Et cela est vrai parce que cet appel, et c’est une deuxième chose que peut nous dire la règle en harmonie avec l’Écriture, nous rend hospitalier, nous faisant nous porter et nous supporter les uns les autres avec humilité, douceur et patience comme le dit le passage de la lettre aux Éphésiens que nous venons d’entendre. Le temps des moines est aussi celui de l’hospitalité. Cet appel réunit des personnes très différentes d’origine mais aussi de dons, de caractères et d’âges. Il y a dans la règle des enfants et des vieillards, des doux et des turbulents, des opiniâtres et des patients, des obéissants et des désobéissants et au moins à l’époque de saint Benoît des hommes libres et ceux venant de l’esclavage. Mais dans le Christ qui nous appelle, nous sommes tous un, nous appliquant à conserver l’unité par ce lien qu’est la paix. C’est ce que dit saint Benoît à la fin de sa règle lorsqu’il nous invite à supporter avec une très grande patience les infirmités d’autrui tant physiques que morales alors que le Christ nous conduit tous ensemble à la vie éternelle.
Oui frères et Sœurs, de Saint Benoît retenons que la paix se construit par l’hospitalité. Et puisqu’en toutes choses Dieu doit être glorifié, apprenons encore de lui que cette hospitalité s’édifie sur la certitude de tout recevoir comme un don à partager et à élever vers Celui qui est le donateur de tout bien. C’est ce qu’exprime la liturgie qui est si importante pour le monachisme issu de la règle de Saint Benoît. À son écoute, faisons de nos vies une liturgie et dans l’eucharistie que nous allons célébrer offrons nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu.


14ème dimanche B, homélie de frère Marie

 

Jésus revient dans son pays, à Nazareth où il a grandi.
Et l’évangéliste Marc nous présente Jésus à la synagogue, le jour du Sabbat, comme étant le maître des lieux. Jésus instruit, enseigne, comme il le fait aujourd’hui pour nous, en Eglise, à travers sa Parole. Cette Eglise voulue par le Maître et qui malgré ses raideurs, malgré son péché et ses faiblesses a su conduire jusqu’à nous le murmure de la source, cette parole vivante du Maître qui nous anime aujourd’hui.
D’où lui vient tout cela ?
Telle est la question que se posent les habitants de Nazareth. D’où vient à Jésus qui a grandi dans sa famille au milieu d’eux, d’où lui viennent sa sagesse et ses miracles ?
C’est dans ce milieu habituel de vie que Jésus fait entendre une parole inhabituelle, une parole qui étonne et qui vient provoquer la foi : cette sagesse qui veut nous rapprocher de Dieu et nous libérer de nos infirmités de l’âme.
C’est au cœur de notre milieu habituel de vie que Jésus nous fait entendre une parole inhabituelle, une sagesse qui nous appelle à nous ouvrir, à nous présenter devant Dieu avec un cœur de pauvre, un cœur et un esprit qui attendent de lui lumière et guérison, qui nous achemine dans une compréhension de ce qui tisse notre vie humaine.
La parole que nous célébrons au jour le jour est présence de Jésus qui nous accompagne et nous guide.
C’est à partir de notre disposition à l’écoute que Jésus nous sort de nos aveuglements et nos entraves. Disposition à l’écoute qui forme en nous un être relationnel, qui nous rend attentifs à Dieu et attentifs aux autres. Cette disposition à l’écoute de la sagesse du Christ, est un ajustement à la sainteté de Dieu, notre chemin de croissance, et un ajustement aux autres si différents de nous, mais enfants d’un même Père.

Dans l’évangile de ce jour, la principale question posée est celle de la fiabilité et de l’autorité de la parole de Jésus.
Il serait plus facile de porter crédit à quelqu’un qui vient d’un ailleurs que l’on ne connaît pas, que de porter crédit à quelqu’un qui fait partie de nos habitudes de vie et qui bouscule les habitudes. La parole de Jésus est une parole qui le plus souvent nous dérange, pour notre bien.
Car cette parole nous resitue dans une même origine, fils et filles nés de l’amour de Dieu et qui nous oblige les uns envers les autres.

Jésus se retrouve confronté au milieu des siens à la défiance, il devient même cause de scandale. Ce qui est frappant dans ce passage de l’évangile de Marc, c’est qu’il n’y a pas de dialogue, les critiques à son égard sont un monologue, un jugement. La sagesse qui sort de la bouche de celui qui est connu par tous comme un petit artisan, est reçue comme un scandale.
Pour écouter il faut être sur ses ‘mégardes’ disait Péguy, c’est la condition pour être atteint et rejoint par tout ce qui peut être un peu plus haut, par ce qui peut nous faire grandir en humanité et en sainteté.
Dans nos communautés, dans nos églises, peut-être sommes-nous trop souvent sur nos gardes les uns envers les autres, juger les autres sur les habitudes peut nous rendre sourds à la sagesse inspirée et inattendue qui peut s’exprimer à travers tout un chacun. Il nous faut peut-être cultiver le regard de l’enfant, sa capacité d’émerveillement.
Au fond nous pouvons pratiquer notre religion, nous définir comme chrétiens, ou catholiques, mais qu’en est-il de notre relation à l’Evangile ? de notre relation avec cette parole du Christ qui vient nous déranger ou nous inviter à ouvrir un peu plus grands nos cœurs et nos esprits, à nous laisser entraîner par cette sagesse et tendresse de Dieu.
Le jardin de la foi est inépuisable, et pourtant tout s’y tient à la frontière de nos corps, de notre communauté, de nos lieux de vie, le Christ s’y tient comme promesse et déjà là, c’est ce qui nous permet de pouvoir nous ouvrir à l’autre, à tout-autre, au nom de notre commune origine et de notre commune destinée.

Le Fils qui nous partage son Esprit Saint nous enseigne, nous apprend à avancer sur le chemin de sa sainteté et de sa gloire, mais avec cette conscience des tout-petits, car notre lucidité comprend que ce n’est pas notre puissance qui nous fait progresser : ma puissance se déploie dans la faiblesse, dit Jésus à Paul. Et ailleurs : ce trésor nous le portons dans des vases d’argile.
Notre confiance est dans l’autorité et dans la puissance du Fils, car son autorité est aimante et sa puissance est juste. C’est dans cette confiance que nous vivrons et porterons sa Parole et sa sagesse au monde.

 


10ème dimanche - B, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, au long de l’année, les dimanches, nous écoutons une lecture suivie d’un évangile, cette année celui de Marc. Mais nous écoutons aussi la lecture suivie de morceaux choisis des lettres de saint Paul et il est important que nous y prêtions attention.
Aujourd’hui, dans la lecture de la deuxième lettre aux Corinthiens, l’Apôtre nous parlait de son ministère apostolique. Mais en fait, ce qui a été son expérience personnelle – unique bien sûr – il nous le proposait comme ce qui est, ce qui doit être, aussi notre vie.
Il commençait en s’appuyant sur une parole de l’Écriture, concrète-ment d’un Psaume : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé, et il disait : « Nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons. » Et ce « nous parlons » comprenait ici évidemment tout ce que nous vivons en tant que chrétiens.
Or, le point de départ, le point d’appui de notre foi, de notre vie, n’est autre que la résurrection de Jésus Christ. « Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et il nous placera près de lui avec vous. »
C’est pour cela que le dimanche, le jour du Seigneur, est le centre de notre vie. P. Abbé, qui préside notre célébration de l’Eucharistie, dira dans la Prière eucharistique : « …dans la communion de toute l’Église, en ce premier jour de la semaine nous célébrons le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts. » C’est pourquoi le dimanche et la célébration de l’Eucharistie le dimanche est ce qui nous fait vivre en tant que chrétiens.
Car, comme poursuivait l’Apôtre, « si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » Et c’est pour cela que « nous ne perdons pas courage ». L’homme intérieur, ce qui nous est intérieur, est ce que nous sommes vraiment, non pas l’homme extérieur, ce qui nous est extérieur. Et Paul expliquait encore : « ce qui se voit est provi-soire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. » Et c’est l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour, au long de notre vie de chrétiens.
C’est ce qui lui faisait dire que « notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. » « Nous le savons, en effet, même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit, nous avons un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux qui n’est pas l’œuvre des hommes. » Et, en participant par la patience aux souffrances du Christ, nous mériterons d’avoir part à son royaume.
Nous vivons sur la terre, mais nous avons une demeure éternelle dans les cieux. Ne disons-nous pas : « Notre Père qui es aux cieux » ? Et n’avons-nous pas entendu Jésus dans l’évangile nous dire : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » ?
Chaque célébration du dimanche nous fait revivre ce que nous sommes vraiment. Et lorsqu’à la fin de la célébration nous entendons l’invitation « Allez dans la paix du Christ », toute notre vie devient une continuation de ce que nous avons vécu dans cette célébration.

 

 


Fête du Sacré Coeur de Jésus, homélie P. Vladimir Gaudrat

 

Chers Frères et Sœurs

« Un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau ». Par ce coup de grâce, le soldat s’assure de la réalité de la mort du Christ et nous, jusqu’à aujourd’hui nous sommes convaincus par le sang et l’eau de la réalité de l’humanité du Sauveur qui donne sa vie pour nous. Le sang et l’eau renvoient à ce qui est pour nous aujourd’hui et jusqu’à la fin source de vie, le sang à l’Eucharistie et l’eau au baptême. Ce n’est pas seulement la mort de Jésus dont nous avons l’attestation mais le fait que celle-ci nous donne la vie. Elle est le lieu où la communauté chrétienne nait par le baptême et le lieu où elle trouve la nourriture qui lui est nécessaire dans l’Eucharistie. Tout cela est l’œuvre de l’amour de Dieu qui est nous est révélé dans toute sa plénitude lorsque nous levons les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.
L’amour de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité se révèle dans un amour humain dont le cœur transpercé est le symbole. Cet amour, que nous célébrons aujourd’hui, que nous contemplons aujourd’hui dans la blessure du cœur demande de nous une réponse tout en rendant celle-ci possible. Comme le dit Saint Paul dans la lettre aux Philippiens, nous sommes invités à avoir en nous et entre nous les sentiments du Christ, ayant un même amour, un même cœur, recherchant l’unité. C’est cela notre identité chrétienne, rester enracinés dans l’amour, établis dans l’amour qui est l’amour même de Dieu manifesté en Jésus Christ et répandu dans nos cœurs par l’Esprit.
Et pourtant, l’amour n’est pas aimé, car nous le réduisons trop souvent à une question de sentiments, de sensations. L’amour est volonté, l’amour est action qui nous porte vers l’autre. Celui qui n’aime pas son frère, son prochain qu’il voit comment pourrait-il aimer Dieu qu’il ne voit pas.
L’amour n’est pas aimé, même dans nos communautés où nous avons tant de mal à accueillir ceux qui nous gênent, ceux dont nous considérons qu’ils sont des brebis égarées ou perdues. L’amour n’est pas aimé, il est méprisé dans les pauvres, les faibles sans défense, les enfants qui ne pourront même pas naître. L’amour n’est pas aimé, il n’est ni vu ni discerné dans les vieillards que l’on rend invisibles, les étrangers que l’on bloque à nos frontières et qui se noient ici, au large dans la mer et dans l’indifférence. L’amour n’est pas aimé, il n’est pas reconnu dans ceux par qui le Christ vient à notre rencontre. Et cet amour blessé qui veut donner la vie à tous, qui se comporte avec nous comme un Père avec son fils nouveau né comme le dit le prophète Osée, il attend juste de nous que nous commencions humblement, faiblement, en trébuchant, à notre mesure à lui répondre pour nous laisser ensuite transfiguré par lui.
L’amour n’est pas aimé. Peu importe que ce cri soit de saint François d’Assise ou de saint Claude La Colombière. Faisons le pourtant un peu notre en ce jour pour convertir nos cœurs et celui de nos frères.

 


Fête de la Visitation de la Vierge Marie, homélie du P. Abbé Vladimir

 

Chers Frères et Sœurs,

Comme le dit St Ambroise en commentant le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre, la grâce du Saint Esprit ignore les lenteurs. Elle pousse à la rencontre, elle fait se hâter pour le service, elle provoque la louange. Marie se rend en hâte chez sa cousine Elizabeth et le souffle de l’Esprit provoque une double rencontre d’où nait la louange. Il y a un lien entre Marie et Elizabeth par une double intervention divine. Elizabeth a conçu dans sa vieillesse et Marie a conçu de l’Esprit Saint. L’Évangile nous dit aussi qu’il y a un lien entre leurs deux enfants. Et de ce double lien nait la louange et le service.
Les psaumes nous apprennent que lorsque l’homme supplie, il crie des profondeurs dans le cœur à cœur du tutoiement avec un Dieu semblant absent, mystérieux et qui pourtant est là, présent, plus intime que son intime. Mais lorsqu’il loue Dieu, il ne peut le faire que par un appel à la rencontre, à la communion et au service. « Venez, crions de joie, Louez le Seigneur, invoquez son nom. Il est grand au milieu de toi le Saint d’Israël ». Et Marie, porteuse de celui qui est la Bonne Nouvelle peut louer Dieu en invitant toute l’humanité à se joindre à elle : Mon âme exalte le Seigneur. . . Désormais tous les âges me diront bienheureuse ». Comme nous le dit la lettre aux romains, elle ne peut le faire qu’en se rendant disponible, en devenant pleinement servante du Seigneur, de sa cousine et par elle des autres.

Et nous pouvons nous joindre à Marie, et d’une certaine manière nous sommes déjà avec elle en cet instant, elle qui est à la fois la première des sauvés et la mère de l’Église. En cette Visitation, nous pouvons nous laisser conduire par l’Esprit à la rencontre des autres hommes pour les servir et les convier à la louange en leur annonçant le salut. Chacun suivant notre vocation propre, nous sommes envoyés en visite, gratuitement par Celui qui nous a tout donné, par celui dont la miséricorde s’étend d’âge en âge. Accompagnons nos frères et sœurs en humanité dans leurs joies comme dans leurs peines. Laissons nous envahir par l’action de grâce comme Marie, devant les merveilles de Dieu pour les partager avec un cœur grand ouvert.

 


Dimanche de Pentecôte, homélie du P. Abbé Vladimir 

 

Chers Frères et Sœurs,

Lorsque Luc dans les Actes des Apôtres entreprend de raconter ce qui est arrivé à Jérusalem 50 jours après la Résurrection du Christ, il se situe dans le cadre de la fête juive de la Pentecôte qui achève le temps commencé avec la célébration de la Pâque et qui fait se rassembler dans la ville sainte des juifs de toute la diaspora. À l’époque de Jésus, cette fête était devenue de plus en plus une fête de l’alliance, voir une fête célébrant le don de la loi. Quelques années après le récit des Actes, un rabbin ira jusqu’à affirmer pour résumer l’opinion commune : « La Pentecôte est le jour où la Loi fut donnée ». Toutes les images que Luc utilise, le bruit, le feu, la voix qui parle d’autres langues se trouvent déjà dans le livre de l’Exode lorsque Dieu se révèle et donne la loi sur le mont Sinaï. Philon d’Alexandrie, un auteur juif antérieur de quelques dizaines d’année à notre texte fait un commentaire de l’Exode qui peut nous sembler très proche : « Alors du sein du feu qui s’épanchait du ciel, retentit une voix absolument saisissante, la flamme devenant langage articulé familier aux auditeurs ». Ce commencement de l’Église que Luc évoque est dans la continuité de la révélation au Sinaï et du don de la loi comme il est l’aboutissement, l’achèvement de la mort et de la résurrection du Christ. Dans son vocabulaire propre, Paul dans le passage de la lettre aux Galates que nous venons d’entendre ne veut rien dire d’autres lorsqu’il dit que lorsqu’on se laisse conduire par l’Esprit, la loi n’intervient pas. L’Église naît avec le don de l’Esprit, avec ce que St Thomas d’Aquin appelle la loi de l’Esprit de Vie et elle nait universelle. C’est ce que dit les deux faces de ce que Luc décrit : Ceux qui sont rassemblés tous ensemble dans l’unité se mettent à parler dans d’autres langues que les leurs et chacun les comprend dans sa langue maternelle.

Si la loi qui nous unit est celle de l’Esprit de vie, de l’Esprit de communion et d’amour. Si cette loi, c’est la Charité qui seule subsistera, ce n’est pas que marcher sous la conduite de l’Esprit soit la voie de la facilité. Dans l’Évangile, avant de subir sa passion, Jésus nous promet que cet Esprit qu’il va nous envoyer nous conduira vers la vérité toute entière pour que nous rendions témoignage. On sait combien ce mot de témoignage se conçoit dans un contexte de persécution dans l’Évangile de Jean. Cette vérité tout entière n’est pas quelque chose de nouveau mais le déploiement de ce qui est révélé par le Sauveur dans toute sa vie, par sa mort et sa résurrection. Si l’Église nait de l’Esprit, chacun de ses membres nait en elle comme un témoin livré jusqu'au bout par cet amour qui se donne. L’amour de Dieu s’est donné dans la Loi, il se donne par la mort et la résurrection agissant en nous par l’Esprit que nous avons reçu au baptême. Amour dont nous pouvons témoigner par les fruits de l’esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. Amour dont nous devons témoigner jusqu’au martyr qui est le témoignage par excellence et qui ne requiert pas forcément le sang. Amour qui nous comble au delà de ce qui est imaginable.

Chers Frères et Sœurs, pour que notre Église soit toujours plus universelle, comme les apôtres apprenons à parler la langue des autres, apprenons à les rencontrer.


7ème dimanche de Pâques-B, homélie de frère Marie

Chers frères et soeurs,

L’apôtre st Jean nous dit : « Nous reconnaissons que nous demeurons en Dieu, et Dieu en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit ». C’est l’Esprit Saint nous dira encore St Paul, qui seul peut agir en nos cœurs et nous faire reconnaître que Jésus Christ est Seigneur. C’est par le don de son Esprit que l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs. L’Esprit de Dieu nous ouvre au don de Dieu. Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils, son Unique, afin que le monde soit sauvé et reçoive la vie en plénitude.
L’apôtre Jean nous le définit en un mot : « Dieu est Amour ».
En disant cela, l’apôtre Jean ne nous dit pas seulement ce qu’est Dieu, il nous dit aussi ce que nous devons, ou sommes destinés à être : « Mes bien-aimés, puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres ». C’est cela que Jésus nous enseigne, c’est cette parole que Jésus nous fait entendre, c’est cette parole dont il missionne ses disciples à faire entendre au monde, car elle exprime le nom de Dieu, son être, sa nature. Qu’est-ce que cet amour ? Cette notion d’amour que l’on risque de prendre comme un tout indifférencié, ou dans l’autre extrême comme une relation du ‘donnant-donnant’.
L’amour dont nous parle Jésus n’est pas une idée et ne s’arrête pas à la forme du sentiment, l’amour dont nous parle Jésus, qu’il nous enseigne, n’est pas une ‘doctrine’. L’amour dont nous parle Jésus est avant tout une présence, une présence qui se manifeste et qui se donne.
Dieu est vie et l’essence de la vie est l’amour qui se donne.
Comme le dit si bien St Bernard : « En se donnant il se révèle et en se révélant il se donne » (S. sur Ct, 8, 5). L’acte de cet amour, c’est que Dieu a voulu dans la chair se faire voir, dans tout ce qu’il est, il a voulu se faire connaître et se communiquer, il a voulu se lier d’amitié avec le genre humain, ce genre humain dont il est la source. Et si Dieu veut se faire reconnaître de nous, ce n’est pas dans l’esprit d’un donnant-donnant, mais c’est par le don gratuit de lui-même pour nous élever au bonheur de le connaître, de partager sa vie en amitié.
Il a voulu se révéler ainsi, en sorte que la parole du Christ, qui est puissance et sagesse de Dieu, soit pour nous force de salut.
Aimer Dieu et son prochain, comme le Christ a aimé, c’est manifester cette force de salut en nous, la manifester en nous rendant présent à Dieu et présent à l’autre.
Un jour un jeune converti au judaïsme vint trouver le Rabbi Hillel, et il le mit au défi de lui expliquer tout l’enseignement de Dieu le temps qu’il tiendrait en équilibre sur un pied. Le Rabbi lui répondit « aime ton prochain comme toi-même » comme étant la réponse unique, et complète, incarnant l’essence de tous les ordres de Dieu. Oui, c’est bien cela qui exprime en nous et à travers notre vie l’image de Dieu.
Aimer est une présence, selon ses différents modes, une présence qui sait se faire proximité de vie, de reconnaissance, une présence qui sait se faire, sollicitude et miséricorde, compassion, par la prière, par des petits gestes et des actes généreux, par des décisions solidaires.
Aimer c’est aussi discerner, discerner ce qui rend vraiment compte de notre dignité et ce qui fait mal à notre vivre ensemble, discerner de ce qui rend compte de notre solidarité et de notre engagement pour construire une civilisation plus juste. Même Freud constatait à partir de son angle de vue : « L’appel à aimer son prochain comme soi-même, est l’un des préceptes fondamentaux de la vie civilisée. Ce précepte est l’un des plus contraire à la forme de raison que la civilisation promeut : cette raison de l’intérêt personnel et de la recherche du bonheur pour soi. »
Jésus nous le dit de façon plus profonde en reliant l’humanité à sa source, aimer comme Dieu nous l’enseigne est appel à la sainteté, cette sainteté qui est contre-pied du fonctionnement égoïste du monde.
Certes nous sommes faibles et limités, mais comme le dit St Paul, la force de Dieu peut se manifester au cœur même de notre faiblesse, par le don de l’Esprit Saint et par l’enseignement et la présence vivante de Jésus.

 


Fête de l'Ascension, homélie du P.Abbé Vladimir

 

Chers Frères et Sœurs,


Nous venons d’entendre ce passage qui termine l’Évangile de Marc. En conclusion de son récit, comme c’était le cas à son commencement, nous retrouvons ce mot Évangile auquel nous sommes tellement habitués que nous risquons d’oublier qu’il signifie Bonne Nouvelle, d’oublier la nouveauté quasi révolutionnaire qu’il introduit dans le monde. Aux premières lignes du récit de Saint Marc: « Commencement de la Bonne Nouvelle touchant Jésus Christ Fils de Dieu » correspondent ces 2 phrases: « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » et « Quand à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle ».

Pour les apôtres, cette bonne nouvelle s’exprime dans un paradoxe. Celui qui les envoie va désormais devenir invisible, c’est à dire non pas absent mais présent d’une autre manière qui renvoie au mystère même de Dieu. C’est ce que décrit Luc dans les actes des apôtres lorsqu’il parle de la nuée qui vient soustraire Jésus aux yeux des apôtres. C’est l’expérience des disciples d’Emmaüs lorsqu’après avoir écouté le Ressuscité leur expliquer les Écritures, Celui-ci disparaît lorsqu’ils le reconnaissent à la fraction du pain. Le Ressuscité par l’Esprit Saint se fait proche des hommes pour se faire connaître tout en restant caché. C’est ce qui était déjà manifesté à Moïse sur le Sinaï lorsque le Seigneur parlait à Moïse dans la nuée. C’est, dans le fond notre expérience à tous. C’est le mystère de notre foi. C’est ce qui nous libère du risque de l’idolâtrie d’un Dieu unique et tout puissant qui ne peut engendrer que violence. Cette bonne nouvelle tout en nous engageant nous rend libre.

Le christ nous confie sa parole, son Évangile, sa Bonne Nouvelle pour qu’elle soit proclamée à toute la création. Contrairement à ce que certains s’imaginent ou du moins disent, être disciple du Christ, ce n’est pas défendre une identité chrétienne. Non que la question de l’identité ne pourrait, dans certains cas, être sérieuse mais il me suffit en tant que moine cistercien de rencontrer mes frères et sœurs moines et moniales du Vietnam, de l’Érythrée, du Canada ou du Brésil et de tant d’autres pays avec leurs richesses et leurs différences culturelles pour comprendre que ce qui nous réunit, ce n’est pas une identité commune à défendre mais cette bonne nouvelle de la victoire du Christ sur le mal et la mort qui engendrent la haine et la division, victoire dont nous devons être les témoins. Être disciple du Ressuscité, ce n’est pas d’avantage défendre un catalogue de valeurs, c’est se laisser conduire vers la sainteté comme vient de le rappeler le Pape François dans sa dernière exhortation apostolique. Celle-ci n’est ni dans l’observance de normes déterminées, ni dans un fidélité inébranlable à un certain style de vie que l’on voudrait appeler catholique en se trompant de sens sur ce mot puisqu’il signifie universel et donc ouvert et pouvant s’adapter à chaque culture. La sainteté, c’est chercher à marcher en présence de Dieu, humblement reconnaissant et partageant son amour. La sainteté à laquelle le Christ appelle ses disciples, c’est vivre en communion avec Dieu, avec les autres hommes et toutes les créatures. Et cette communion appelle le service, le respect, l’accueil et le partage. Proclamer l’Évangile du Christ, c’est proclamer une solidarité totale qui jaillit du mystère de la Trinité qui est la source ultime de tout. C’est prier pour tous les hommes et toute la création comme le faisait déjà le moine Isaac le Syrien au VII° siècle dans cette région où s’exprime aujourd’hui tant de haine et de violence et qui a un besoin urgent de notre fraternité et de notre solidarité.

Car le Christ ne nous laisse pas orphelin et isolé. Il nous laisse sa parole avec les exemples des saints connus et inconnus pour la comprendre et la vivre. Comme il les a laissé toucher à ses disciples après sa résurrection, il nous laisse aujourd’hui ses mains et ses pieds. Comme il le dit lui-même dans son Évangile juste avant de subir sa passion : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir ».
Alors que nous célébrons l’Ascension qui inaugure ce nouveau mode de présence du Christ, ouvrons nous toujours d’avantage, même si ce n’est pas de tout repos, à l’Évangile pour nous ouvrir à plus d’humanité et plus de vraie fraternité.


Fête de l'Annonciation, homélie de frère Marie

 

C’est dans la lumière de la Pâque et de la résurrection que nous célébrons aujourd’hui la fête de l’Annonciation, comme pour revenir au premier élan, au premier oui qui a tout mis en chemin. Le oui de Jésus, le oui de Marie.
En entrant dans le monde le Christ déclare : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté » Ps 39 ; He 10, 9. A l’annonce de l’Ange Marie répond : « Que tout m’advienne selon ta parole » Lc 1, 38
En entendant à nouveau résonner dans l’évangile de ce jour la salutation de l’Ange à Marie : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. », nous entendons les pas de celui qui s’approche, qui vient pour combler le monde de sa paix, de sa justice et de sa vie et de son amour.
Nous comprenons que si cette salutation est portée par un Ange, elle ne vient pas portée par le bruit des médias, ou le bruit des mille et une rumeurs de ce monde. Non elle résonne dans un espace de silence, d’écoute attentive, elle résonne dans un cœur éveillé, un cœur qui espère, un cœur qui désire, un cœur rempli et nourri de promesses séculaires, un cœur qui croit que tout est encore possible à Dieu, le cœur de Marie.
Les promesses, les alliances, la Loi, Marie de Nazareth était toute pétrie de cet héritage. En Marie tout cet héritage se fait l’écho d’une nouveauté tout aussi radicale qu’impensable. Tout comme Abraham qui eut foi en Dieu et qui se mit en route sans savoir où il allait et qui offrit son fils en ayant foi en la promesse divine, ainsi Marie pleinement préparée par l’Esprit de Dieu fut bien plus qu’un prophète ou un ami de Dieu, elle s’engagea sur ce chemin unique et inconnu de la maternité du Verbe divin, du Prince de la Paix.
Celui qui vient, qui s’approche et qui se tient là à la porte et qui frappe est le Prince de la Paix, le fils du Très-Haut, celui qui gouverne l’univers avec douceur.
La paix de ce Prince n’est pas celle du monde faite d’équilibre de compromis, toujours fragiles, calculés et pas toujours justes. La paix de ce Prince désigne elle, une plénitude, plénitude de vie, une plénitude d’amour, une plénitude de communion. Cette plénitude que nous célébrons en ce temps de pâques, qui resplendit dans le Christ Jésus mort et ressuscité, cette plénitude qui nous est communiquée dans le don de l’Esprit Saint, comme première avance de l’héritage de notre filiation en Christ. Esprit Saint qui nous entraine dans les voies du oui de Jésus et de Marie.

Pour la fête de ce jour le père cistercien St Aelred de Rievaulx écrit ceci :
« Par la conception du Seigneur et sa naissance, le monde entier a commencé à émigrer et à passer du pouvoir du diable au Royaume du Christ. » Aelred de Rievaulx, sermons pour l’année, S 38, 2

Ainsi cette fête nous invite à émigrer, à nous mettre en chemin par l’écoute amoureuse de la Parole de Dieu, à émigrer par notre adhésion à la lumière du Christ ressuscité, à émigrer par les chemins de la foi et de l’amour sur la terre des vivants, terre des vertus du Christ et de la sainteté. A émigrer vers nos frères et sœurs en humanité, à émigrer vers tous ceux qui souffrent et qui cherchent une vie meilleure. Le oui de Jésus, le oui de Marie nous met en route vers la terre de l’offrande de nous-mêmes, en esprit et en vérité, en confiant nos vies au dessein bienveillant du Père.


Lundi de Pâques, homélie de frère Marie

Toutes tremblantes de crainte et joyeuses, les femmes quittent le tombeau vide.
Et Jésus vint à leur rencontre : « Soyez dans la joie, ne craignez pas ! »
La foi en Jésus est le fruit d’une rencontre.
Cette rencontre peut être préparée par une quête de sens, par une succession de témoignages, mais elle est surtout présence du Christ en nos vies.
Par l’Esprit Saint Jésus se rend présent à nos vies comme une évidence, à la fois incontournable et insaisissable.
Ce que l’œil ne peut voir, ce que l’oreille ne peut entendre, ce que notre imagination ni notre intelligence ne peuvent concevoir, voilà ce que Dieu nous dévoile de son existence en son Fils Jésus-Christ lorsque celui-ci touche nos vies.
Dans la 1ère lecture des Actes des apôtres Pierre s’adressant à la foule proclame ce dont il a été témoin, ce qu’il a vu, entendu, ce qu’il a côtoyé du Verbe de vie, ce qu’il a aussi douloureusement éprouvé aussi devant la passion de Jésus et au cœur de sa peur et de son reniement.
Pierre avait rencontré l’homme de Nazareth, avait cru à son message sans vraiment le comprendre, avait été témoin de ses miracles. Et cependant devant la passion et la mort de Jésus, Pierre a vacillé, il a perdu pied, sa logique s’en est trouvée complètement déstabilisée. Sa foi n’était pas complète. Il a fallu que Jésus vienne à nouveau à sa rencontre, de par-delà le mystère du tombeau vide, après avoir ouvert un passage dans l’inconcevable, un passage de vie au travers de la mort.
Jésus est venu à la rencontre de Pierre et des apôtres, comme à la rencontre des femmes, comme il vient dans notre aujourd’hui à notre rencontre et nous dit : « Ne crains pas ! Je ne viens pas pour juger tes faiblesses, tes doutes, je ne viens pas pour t’accuser d’avoir pris part au mensonge, non je viens à ta rencontre par ce que j’ai ouvert pour toi un passage ! »
« Je viens à ta rencontre car j’ai ouvert pour toi le chemin de la vie. Ne crains pas, je suis venu à toi pour que tu mettes tes pas dans les miens. Pour t’apprendre le chemin de la vie. » Ps 15, 11
Que par l’Esprit Saint cette présence du ressuscité se plante en nous comme une graine indéracinable. Combien de chrétiens aujourd’hui encore, victimes de persécutions de toutes sortes sont témoins de cette semence. Et combien nous devons être nous aussi témoins de cette semence pour lui faire porter du fruit de sainteté, de charité et de sollicitude pour ce monde, que Dieu a tant aimé, jusqu’à lui donner son Fils, son unique.

 


Dimanche de Pâques, homélie du P. Abbé Vladimir

Chers frères et Sœurs,

En ce matin de Pâques, nous voici au tombeau avec Marie Madeleine, Pierre et l’autre disciple celui que Jésus aimait et dont la tradition dit qu’il s’agit de Jean. Marie Madeleine arrive la première et voit une chose extraordinaire : la pierre a été enlevée du tombeau. Sans doute elle ne comprend pas tout à fait ce qui se passe mais elle comprend au moins que quelque chose d’inattendu, d’extraordinaire s’est produit puisque la pierre n’est plus là. Elle ne peut garder cette nouvelle pour elle-même et court trouver Simon Pierre et l’autre disciple. Elle n’est pas entrée mais elle en a vu suffisamment pour pouvoir annoncer à ces deux hommes que non seulement la pierre est enlevée mais que le corps de Jésus n’est plus là.
Et voici qu’à leur tour les 2 disciples courent au tombeau l’un après l’autre et c’est celui qui est arrivé en dernier, le plus âgé, qui entre en premier. Ils voient et ils croient. Et nous c’est à travers ce qu’ils voient le linge et les bandelettes et à travers ce qu’ils ne voient pas, le corps de Jésus qui n’est plus là, que nous croyons. Comme eux qui représentent à ce moment l’Église, nous sommes invités à nous laisser surprendre, à nous laisser transformer. Nous sommes invités nous aussi à courir pour nous dépasser, pour nous dégager de ce qui pourraient nous empêcher de croire en la résurrection. Il vit et il crut nous dit l’Évangile du disciple bien aimé. Il vit et il crut, c’est à dire que toute sa vie en est bouleversée et transformée. Ce bouleversement que les catéchumènes baptisés cette nuit ont éprouvé, nous devons aussi désirer le retrouver, le renouveler. Si le christ est vraiment ressuscité, notre vie, notre regard sur le monde et sur les hommes doit en être complètement transformé. Si le Christ est ressuscité, le bonheur n’est pas dans la performance mais dans le fait de s’abandonner à l’amour et de se donner comme le Ressuscité qui jaillit du tombeau après être passé par la mort. Le bonheur est dans le service, dans le partage et dans l’accueil. Il est dans le fait de ne pas nous préférer à nos frères, dans l’absence d’avarice. Nos morts, nos faiblesses, nos échecs, nos limites sont comme de la paille dans la lumière de la Résurrection. Il nous faut passer par là comme les apôtres qui s’enfuient pour pouvoir ensuite être rencontrés par le sauveur et lui dire, je t’aime. C’est ce que Pierre a vécu et nous devons passer par un chemin semblable qui est celui de la conversion. Il nous faut nous laisser appeler par notre nom, tel que nous sommes, par le Ressuscité pour que notre vie soit transformée. Fêter le résurrection, c’est vivre en ressuscité, c’est rechercher les réalités d’en haut là où est notre patrie. Et puisque nous sommes d’une certaine manière étranger à ce monde puisque c’est la vocation de tout chrétien d’avoir une autre patrie que celle de cette terre, puisque nous entendrons dans cette semaine de Pâques comment le Christ se manifeste sous un aspect différent, étranger à ses apôtres, demandons la grâce de savoir accueillir tous ceux qui aujourd’hui dans leur faiblesse sont pour nous les mains et les pieds du ressuscité que Thomas voulait tellement toucher. Touchons la gloire du monde qui vient dans les enfants, les pauvres, les immigrés, les réfugiés et tous ceux que le monde méprise.

 


Nuit de Pâques, homélie du P. Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

Ce qui est donné n’est jamais perdu et combien cela est vrai dans le cas du Christ qui donne sa vie par amour des hommes. Il a le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre mais s’il la reprend, c’est aussi en nous la communiquant. Hier nous avons été mis au tombeau avec le Sauveur et en cette nuit, il ressuscite pour que nous soyons unis à lui par une résurrection semblable à la sienne.
Le sabbat terminé, de grand matin, les femmes se rendent au tombeau. C’est de ce sabbat que le sauveur avait dit qu’il en était le maître et qu’il était fait pour l’homme. C’est par ce sabbat qu’est achevée, sanctifiée et bénie toute la création. Elle est désormais renouvelée, orientée, finalisée par la résurrection et nous devons en prendre soin. C’est avec toute la création que nous célébrons la vie qui éclate dans l’abîme de la mort. C’est ce que les femmes voient. Elles ne font pas que constater, elles contemplent : le soleil déjà levé image du soleil de justice qui ne connaît pas de déclin, la pierre déjà roulée et avec elle tout ce qui enchaine l’homme, le jeune homme vêtu de blanc comme un néophyte au sortir de la piscine baptismale. Elles cherchent et ce qu’elles découvrent est au delà de tout ce qu’elles peuvent imaginer. Celui qu’elles voulaient embaumer comme pour conserver ce qui est du passé n’est plus ici, il est ressuscité, le tombeau est vide. Et nous, nous voyons à travers le regard de ces femmes qui contemplent. Nous contemplons avec les yeux de la foi ce qui n’est compréhensible que dans la foi.
Et pourtant la fin de cet Évangile retentit comme une surprise. Les femmes s’enfuirent et ne dirent rien à personne. Elles n’arrivent pas à surmonter leur première grande frayeur comme devant quelque chose qui est encore trop nouveau pour elles. Comme au jardin des oliviers, ces trois femmes témoins s’enfuient devant ce qui est encore trop grand pour elles et dont pourtant elles seront les témoins. Célébrer la résurrection, c’est déjà avoir part au monde nouveau dont nous avons reçu le commencement au jour de notre baptême. Cela engage toute notre vie dans ce mouvement de don qui est celui du Christ. Cela nous engage à nous laisser renouveler, à nous laisser conduire par l’Esprit. Nous savons désormais que notre patrie n’est pas ici et que notre vie est cachée avec le christ en Dieu. Tout autant que les premiers chrétiens, nous devons cultiver la vertu de l’état d’étranger. Alors que nous allons faire mémoire de notre baptême, demandons au Ressuscité de renouveler toutes choses en nous.

 

 


Vendredi Saint, homélie du P. Abbé Vladimir 

Chers Frères et Sœurs,

Puisque tout est achevé, levons nos yeux vers Celui qui est suspendu au bois pour nous donner la vie. Voici l’homme, familier de la souffrance devant qui on se voile la face. C’est ce qu’avait annoncé Isaïe le prophète. « Il justifiera les multitudes et se chargera de leurs fautes ». Levons les yeux vers celui que nous avons transpercé. Il rejoint chacun d’entre nous dans sa faiblesse et son péché ; il s’est fait péché pour nous. Voici l’homme qui récapitule en lui tout l’humanité pour la présenter au Père. De lui seul on peut dire en vérité : « Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants. . . Mais se plait dans la loi du seigneur et murmure sa loi jour et nuit ». Cette loi, c’est celle du don et de l’amour. « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimé et qui a envoyé son fils en victime de propitiation pour nos péchés ». Comme le dit saint Bernard, il est venu pardonner à ceux qui le condamnaient, à des gens qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient. En le contemplant, nous pouvons chanter avec lui : Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, les affligés, les miséricordieux et les artisans de paix. Voici qu’il s’est fait notre paix.
Voici notre roi couronné d’épines et revêtu d’un manteau pourpre. « Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne du fruit en son temps. Jamais son feuillage ne meurt, tout ce qu’il entreprend réussira ». Voici l’unique vie pleinement réussie comme le prophétisait Isaïe. En vérité dans cette admirable passion, rien ne s’est passé qui n’ait été prédit et rien n’a été dit qui ne se soit complètement réalisé. Le temps du fruit, c’est l’heure de la Croix. Elle est, à la fois, plongée dans le mystère impénétrable du mal par lequel, tous, nous l’avons mis à mort et bois qui porte le salut du monde. « O toi qui seul fut jugé digne de porter la rançon du monde et de lui préparer un havre ». Nous sommes invités au banquet des noces et du Royaume. « Jésus, le Fils, conduit à sa perfection dans l’obéissance de la Croix est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ». Suspendu comme un malfaiteur, il règne du haut du bois le Sauveur du monde. Le Seigneur connaît le chemin du juste. En le contemplant, nous pouvons chanter pour toute l’humanité : « Souviens-toi de nous quand tu entreras dans ton royaume ».

 


Messe du Jeudi Saint, homélie du P. Abbé Vladimir

« J’élèverai la coupe du salut,

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce »

Chers Frères et Sœurs,

Ce que le psaume annonçait, nous en célébrons l’accomplissement en faisant mémoire du dernier repas que le Christ partage avec ses disciples. Nous rendons grâce dans l’aujourd’hui que Dieu nous donne pour ce qui est comme un double sacrement à l’image de ce qui est représenté sur le tabernacle de cette église et que la liturgie nous donne d’entendre. La coupe du salut est celle du corps livré et du sang versé pour nous donner la vie et nous allons y avoir part lorsque nous allons communier. Elle nous fait communier à l’amour du Sauveur lui qui versant son sang nous a donné son amour jusqu’à la dernière goutte. Le sacrifice d’action de grâce est celui de l’humilité et du pardon manifesté dans le lavement des pieds et donné en plénitude sur la Croix. Cette mémoire nous fait entrer aujourd’hui dans le mystère du Christ qui se donne par amour jusqu’au bout comme le dit Saint Jean. Alors qu’il était Dieu, sorti de Dieu et s’en allant vers Dieu, il a pris sur lui jusqu’au bout la condition de serviteur pour nous laver les pieds et manifester le pardon du Père. Il s’est fait péché pour nous sans cesser d’être le Dieu tout puissant qui fait de nous des vivants. Il vient nous rechercher pour nous tourner vers lui. Il a affronté toute la puissance du mal pour la faire disparaître dans l’immensité du bien.

« Comment rendrai-je au Seigneur

Tout le bien qu’il m’a fait »

Mangeant ce pain et buvant cette coupe, nous devenons les frères du Christ, ses amis et donc des serviteurs comme lui, à son image. Pour avoir part à la joie du Christ qui est celle de Dieu même, il nous faut prendre la tenue du serviteur, de celui qui s’abaisse, de celui qui pardonne. À la lumière du dernier repas que le Christ nous partage, il est impossible de regarder qui que ce soit de haut. Nous pourrons alors avec lui élever la coupe du salut où est réunie toute l’humanité pour la présenter au Père. Cette heure dont le Christ dit qu’elle est venue pour lui est aussi notre heure. Elle nous invite à nous donner en acceptant d’avoir les pieds lavés par lui pour nous laver les pieds les uns aux autres. C’est Dieu lui-même qui se manifeste dans le service, le don de soi, l’engagement au service des autres mais surtout dans l’humilité qui fait de nous des frères. Si nous ne pouvons ce soir tous nous laver les pieds les uns les autres comme l’Évangile semble nous le demander puisque tous nous sommes disciples du Christ, que la célébration de ce rite soit pour chacun d’entre nous un engagement à suivre l’exemple du Christ qui nous a tout donné en acceptant d’être le dernier de tous.

 


Dimanche des Rameaux, homélie du P. Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs

Voici que symboliquement, nous sommes entrés avec le Seigneur à Jérusalem, criant : « Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Monté sur un ânon et non sur les nuées du ciel, le Seigneur entre comme un roi et c’est pour nous un signe et un appel. Dans un monde de justice, non marqué par le péché comme est le notre, il serait venu sur les nuées du ciel mais, pour nous pécheurs, il vient en roi pacifique sur cet ânon que personne n’a encore monté et qu’il restituera juste après. Il y a ceux qui marchent devant, il y a ceux qui marchent derrière, il y a ceux qui ne sont pas encore venus mais tous nous sommes invités à le suivre.
« Béni soit le règne qui vient celui de David, notre père, Hosanna au plus haut des cieux », avons-nous encore chanté. En écoutant le long récit de la Passion tel que Marc nous la raconte, nous voyons se réaliser ce qui était annoncé dans le récit de l’entrée à Jérusalem. Nous entendons comment le Règne de dieu arrive et comment nous sommes tous invités à y prendre part comme à la table d’un festin.
Comme l’annonce le psaume : « la terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui. Oui au Seigneur la royauté ». Mais le chemin par lequel le Christ y parvient et où nous sommes invités à le suivre est celui où il est triste à en mourir, livré aux mains des pécheurs, accusé par de faux témoins, tourné en dérision et insulté. C’est sur cette voie du salut qu’il donne sa vie après avoir fait sienne la prière de tous ceux qui se sentent abandonnés par Dieu.
C’est le même psaume qui dit en effet :
« Mon Dieu, Mon dieu, pourquoi m’as tu abandonné ?
Ils me percent les mains et les pieds,
Je peux compter tous mes os,
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort on vêtement »
Oui Frères et Sœurs,
Voici comment le règne de Dieu a été révélé, voici comment la joie est entrée dans le monde, voici comment la louange universelle peut éclater lorsque Jésus poussant un grand cri expira et que le voile du temple se déchira. Jésus, le Christ, le Messie, Dieu fait homme nous a tous rejoint dans la détresse pour que resplendisse la croix comme arbre de la rédemption universelle et que le centurion, premier fruit de toutes les nations s’écrie : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu »
Voilà le chemin, où nous sommes invités, non avec nos propres forces mais par la grâce de Dieu, ceux qui marchent devant, ceux qui marchent derrière et ceux qui ne sont pas encore venus. C’est le chemin de la vie qui se donne, qui se partage pour en sauver d’autres comme le gendarme qui s’échange contre un otage, le bateau qui recueille un migrant en mer et comme dans d’autres gestes de dons qui sont invisibles. D’une certaine manière nous n’avons pas à chercher ce qu’il faut faire, cherchons juste à suivre le Christ.
« Et moi je vis pour lui
On annoncera le Seigneur aux générations à venir »


Solennité de Saint Joseph, homélie de frère Marie

Joseph, malgré sa discrétion rejoint les grandes figures bibliques des hommes de la migration, à la suite d’Abraham. Joseph est un pèlerin de la foi, cette foi qui comme son lointain ancêtre Abraham en fait un juste. Tout en lui manifeste une capacité intérieure de déplacement, son grand déplacement consiste à accueillir de façon inattendue la réalisation des promesses de Dieu dans son aujourd’hui.
L’évangile selon Matthieu nous montre à quel point il a su se déplacer intérieurement pour prendre sa part dans la réalisation du dessein de Dieu, pour ouvrir en lui un espace d’accueil à une situation inattendue et déroutante en découvrant Marie sa fiancée déjà enceinte de Jésus. Situation en tout cas qui bouleverse ses propres projets familiaux. Il devra les élaborer dans une autre optique. Joseph a cette capacité de l’homme de foi qui accepte de se laisser déposséder de ses projets préconçus pour les voir autrement, pour s’ouvrir à l’inattendu de l’Esprit de Dieu.
L’enfant et sa mère lui seront donnés comme un don de Dieu, et comme une mission; Joseph, lui dit l’Ange du Seigneur, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse…, « ne crains pas », nous devrions nous-mêmes laisser souvent retentir en nous cette parole de l’Ange. Joseph est l’homme qui a la capacité de se laisser guider dans la foi et la confiance comme nous le montre les situations qu’il devra affronter. L’homme qui est à l’écoute intérieure. Le moine peut s’y reconnaître pour être aussi pèlerin de la foi. Mais pas seulement le moine, tout croyant et toute croyante est invité à écouter, à se laisser inviter par Dieu, sans crainte.
Joseph nous invite à cultiver en nous cet espace d’écoute et de déplacement, d’accueil et d’engagement dans la confiance et la foi, à cultiver une forme de dépossession pour être plus libres de laisser agir en nous la fécondité de la Parole de Dieu, la fécondité surprenante de l’Esprit Saint.
Comme Joseph sachons aussi accueillir tous ceux qui nous sont confiés, comme un don de Dieu mais aussi comme une mission.

 


4ème dimanche de Carême-B, homélie de frère Marie

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.

Notre histoire humaine ne peut plus se lire en dehors de ce désir fou de Dieu de nous rejoindre.

Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pour juger le monde, mais pour que le monde par lui soit sauvé.

Dieu est riche en miséricorde, nous dit st Paul, car aucune de nos œuvres ne peut générer l’abondance de la grâce, aucune de nos œuvres ne peut générer, ni nous faire atteindre la vie de Dieu. Oui, c’est bien par grâce, par le moyen de la foi que nous sommes sauvés, et cela ne vient pas de nous mais c’est le don de Dieu[1].

Dieu est don et l’amour de Dieu est premier en tout. C’est la mission du Fils, de l’Unique de nous le révéler. L’évangéliste Jean insiste beaucoup sur le fait que l’amour est lié à la foi, au ‘croire’, à une adhésion à la parole de Jésus qui est lumière. « Celui qui garde ma parole, celui-là je l’aimerai et mon Père l’aimera ». Jésus ajoute que c’est par le don de l’Esprit de vérité, cette source d’eau vive qu’il répand en plénitude, que sa parole devient en nous vivante et féconde, nous fait naître d’en-haut.

Dieu nous aime en venant au cœur d’une blessure, au cœur d’une fracture, Dieu s’y investit dans ce qu’on appelle une histoire sainte, une histoire de salut qui nous raconte la volonté de Dieu de sauver tous les hommes, cette volonté qui en appelle à notre adhésion.

Cette fracture qui déchire l’humanité St Jean la désigne en termes radicaux, ténèbres et lumière. Le mot ténèbres, désigne un monde où Dieu n’a pas sa place, un monde qui produit du mal, lumière désigne la vérité qui dénonce le mal sous toutes ses formes, mais désigne aussi la reconnaissance de l’œuvre de Dieu en tant qu’amour et vie. Faire la vérité c’est devenir participant de l’œuvre de Dieu.

Par cette répartition qui nous paraît si radicale, ténèbres/lumière, l’évangéliste nous dit que le monde ne peut se sauver par lui-même. Et pourtant dans son prologue l’évangéliste Jean dit bien que la lumière brille dans les ténèbres, et que les ténèbres ne peuvent l’arrêter.

Au cœur des ténèbres l’amour peut briller, cela nous dit que rien n’est perdu, que toute situation peut être sauvée. Ce qui peut sembler perdu aux yeux des hommes ne l’ai pas aux yeux de Dieu. Personne n’est destiné à rester dans le fossé, au bord du chemin.

Il faut tenir ferme que Dieu aime le monde, non la part ténébreuse qui est contraire à sa vie, Dieu ne peut aimer le mal et la mort, mais il aime le monde que nous sommes, ce monde que Dieu veut et désire vivant, au point de donner son Fils, son Unique engendré, son Verbe de vie.

Cette victoire de l’amour et de la vie passe par l’élévation de Jésus, son élévation en croix. Bien qu’en Jean l’élévation de Jésus en croix désigne autant sa mort que sa royauté et sa glorification, c’est du haut de la croix que Jésus remet l’Esprit. Les plaies glorieuses du Christ seront la signature de son amour et de sa victoire.

L’évangile de ce jour se réfère au passage du serpent de bronze élevé sur un mât dans le désert, ceux qui étaient mordus par les serpents brûlants dans le désert étaient sauvés en regardant vers le serpent de bronze. Ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé pour que quiconque croît ait par lui la vie éternelle. Nous changeons de registre. Le serpent dans la Bible n’est pas un animal neutre, il évoque le premier serpent de la Genèse, le diviseur, sa sinuosité évoque la langue menteuse, le mensonge. Ce mensonge qui provoque cette fracture entre l’humanité et Dieu. Le serpent évoque le péché. Or, sur la croix, le Christ sera élevé de terre comme le serpent, mis à la place du serpent. Sur la croix, le Christ sera accusé, identifié au péché, assimilé aux pécheurs.[2] Comme le dit St Paul : « Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu ».[3]

En prenant la place du serpent, il prend toute la place du péché, il n’y a plus de place pour le péché. Il l’a vaincu puisqu’il a pris toute la place. La lumière est là pour occuper toute la place. C’est bien à cela que l’évangile de Jean nous invite, croire en cette lumière de vérité du Christ qui prend toute la place.

Voir dans l’évangile de Jean, c’est croire, avancer dans la lumière et les œuvres de la foi, laisser la lumière dissiper nos ténèbres.

Nous sommes invités à contempler cette œuvre merveilleuse de l’amour de Dieu pour nous, à la contempler à travers l’œuvre du Christ et l’intelligence de l’Esprit Saint, contempler pour nous laisser attirer. Contempler pour mieux œuvrer à la manifestation de la lumière.

 


[1] Ep 2, 4-10

[2] Anne Lécu, Marcher vers l’innocence, p. 58…

[3] 2 Co 5, 19-21


2ème dimanche de Carême - B, homélie de frère Bartomeu

 

Chaque année, après avoir suivi Jésus au désert le premier dimanche du Carême, en ce deuxième dimanche nous l’accompagnons, avec Pierre, Jacques et Jean, sur une haute montagne. Et là nous entendons à nouveau la voix qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », que nous avions déjà en-tendue au Jourdain (Marc 1,11). Avec cette fois-ci une invitation pressante : « Écoutez-le. »
Et voici qu’en descendant de la montagne, Pierre, Jacques et Jean se demandaient entre eux ce que voulait dire : “ressusciter d’entre les morts”. Souvent, en particulier dans l’Évangile selon saint Marc, nous voyons que les disciples ne comprennent pas ce que fait et dit Jésus (cf. Mc 6,52 ; 7,18 ; 8,17-18,21). Mais, est-ce que nous comprenons, nous, ce que veut dire “res-susciter d’entre les morts” ?
Il faut, peut-être, que nous oublions un peu la fête de la Transfigura-tion du Seigneur, du 6 août, fête particulièrement chère aux moines, fête où nous contemplons Jésus-Christ, « rayonnement de la gloire de Dieu, expres-sion parfaite de son être » (Hébreux 1,3), et où nous voudrions, comme Pierre, dresser trois tentes.
La plus ancienne tradition liturgique de l’Église de Rome est de lire cet évangile en ce deuxième dimanche du carême, alors que nous nous achemi-nons vers la Pâque. Jésus avait commencé à enseigner aux disciples qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les an-ciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite (Marc 8,31). Dans ce contexte, quand il défend à Pierre, Jacques et Jean de raconter à personne ce qu’ils avaient vu sur la mon-tagne, c’est qu’on ne peut le comprendre qu’après avoir vécu avec lui la pas-sion et la croix.
Et voici que, « soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. » Comme l’écrivait Paul aux Philippiens, alors qu’il se trouvait lui-même en prison à Éphèse, « il s’agit de connaître le Christ et la puissance de sa résurrection, de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en nous sa mort, dans l’espoir de parvenir, nous aussi, à ressusciter d’entre les morts » (Philippiens 3,10-11).
Nous ne pouvons pas vraiment comprendre ce que veut dire “ressusci-ter d’entre les morts”. Mais nous savons que si nous avons été baptisés en Jésus-Christ, « nous avons été baptisés – c’est-à-dire immergés – dans sa mort pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (Romains 6,3-4).
« Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants », avons-nos chanté avec le psaume. Nous ne voyons plus que Jésus seul. Nous le verrons même dans la solitude de la croix. N’oublions pas la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. », et écoutons-le. Et marchons en sa pré-sence sur la terre des vivants. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre cous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ? »
C’est sur la croix qu’il nous a remis l’esprit (Jean 19,30). C’est en vi-vant de cet esprit que nous commençons à comprendre ce que veut dire “ressusciter d’entre les morts” : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères » (1 Jean 3,14).

 


Mercredi des Cendres, homélie du Père abbé Vladimir

 

Chers Frères et Sœurs,

« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements ». Cette invitation du prophète Joël que nous entendons aujourd’hui est d’abord une invitation à l’intériorité. La conversion, si elle doit bien sûr s’exprimer par des actes est d’abord une transformation intérieure poussée par un élan du cœur qui vient de Dieu. C’est pour cela que tout ce que l’on fait pour devenir des justes c’est à dire pour se laisser transformer par la justice de Dieu au moyen du jeûne, de la prière et de l’aumône doit se faire dans le secret. Notre conversion se joue d’abord dans le secret du cœur.

Si nous devons déchirez nos cœurs, quel peut être un sens plus précis de cette image. Dans le psautier et notamment dans le psaume 50 dont nous venons de chanter une partie, on trouve assez souvent une expression voisine. Si nous demandons à Dieu de créer en nous un cœur pur, nous affirmons aussi qu’il ne repousse pas un cœur brisé et broyé. D’autres psaumes disent que Dieu est proche du cœur brisé et qu’il va le guérir. Dans le psaume, le cœur est brisé par le péché, par l’épreuve et par la contrition. S’il faut déchirer nos cœurs, c’est qu’il y a dans le cœur de l’homme, au plus profond de lui une présomption d’innocence. Elle n’est pas à prouver, elle est à retrouver, à dégager. Elle n’est pas dans le passé mais vers l’avenir. « C’est ainsi que le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour » nous dit la lettre aux Éphésiens. Au plus profond de nos cœurs, il y a chez tout homme quel qu’il soit une image de celui qui l’a fait, une disposition à l’amour, une convocation aux noces comme dirait notre Père Saint Bernard.

C’est pour la retrouver, pour la faire surgir que nous devons déchirer nos cœurs comme on retirerait l’emballage d’un cadeau. Il peut être brillant et décoré, il n’est pas la réalité. Le cœur brisé et broyé c’est l’opposé du cœur de pierre. Il est donné par Dieu lui-même et s’accompagne d’un esprit nouveau. Il fait de nous comme un seul cœur guérissant toute division dans la communion de l’amour. Ce que le prophète Ézéchiel avait annoncé, Dieu le réalise : « Je leur donnerai un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau, j’extirperai de leur chair leur cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair ». L’aumône, le jeune et la prière sont là pour faire fondre la glace de notre cœur comme le dit le Pape François dans son message pour le carême. Le trône du diable est fait de glace. Laissons nous bruler par le feu de la Pâques qui vient dont les cendres sont le signe.


Fête de St Honorat, homélie du Père Abbé Vladimir

Mes Frères,

« Gardez vos lampes allumées » nous dit l’Évangile alors que nous faisons mémoire de Notre Père Saint Honorat. Ce matin, nous avons entendu Saint Ambroise commentant le psaume 118 nous dire que parce qu’il y a beaucoup de ténèbres, il faut aussi beaucoup de lampes pour que la lumière continue encore à briller. Cette métaphore de la lumière, nous la retrouvons dans tous les textes anciens qui nous parlent du fondateur de la vie monastique sur cette île. « La retraite est illuminée, tandis que s’y cache la lumière. L’obscurité d’un lieu d’exil jusque là ignoré cède à l’éclat d’un exilé volontaire » écrit par exemple Hilaire d’Arles pour décrire l’installation d’Honorat et de ses compagnons sur l’île qui porte aujourd’hui son nom. Mais plus s’éloignent les jours de la vie d’Honorat, plus cette évocation de la lumière, qu’Hilaire assimile aussi à la grâce du Saint Esprit répandue dans le monastère par les prières de ce maître spirituel, devient une exhortation à ce que chacun d’entre nous fasse aussi briller cette unique lumière qu’est le Christ. Et puisque la lumière brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pu l’atteindre, si nous avons devant nous les reliques du corps d’Honorat, efforçons comme déjà Fauste de Riez incitaient nos prédécesseurs à le faire à « garder son âme avec ses vertus, à imiter ses mérites, à conserver ce qui appartient au ciel, à vénérer ce qui se trouve au paradis ». Soyons nous mêmes ces lampes par le don de Dieu si nous nous efforçons de l’accueillir. Veillons à l’image d’Honorat qui avait tellement le Christ présent à son cœur que sa bouche répétait son nom lorsqu’il dormait.

Et pour ce temps qui est le notre, comme un encouragement dans le combat, je voudrai juste souligner deux vertus d’Honorat que nous pourrions prendre pour modèle.
- Hilaire nous montre Honorat et son frère Venance se séparer de tous leurs biens avant de quitter leur pays pour un voyage vers l’Orient qu’ils ne feront d’ailleurs pas jusqu’au bout. Ils se montrent ainsi nous dit-il de vrais fils d’Abraham quittant leur pays, leur maison et leur famille. La vie monastique mais même la vie chrétienne en général comme nous l’a rappelé la lettre aux hébreux c’est toujours quitter et se détacher puisque nous n’avons pas ici de cité permanente. Pour avoir cet extraordinaire amour du Christ qui faisait la joie d’Honorat, qui lui faisait dire que le Christ était son trésor, il faut quitter, nous détacher, se faire étranger pour être pleinement ouvert et disponible. Comme son exemple nous le montre, il est possible de vivre cela sans s’éloigner au bout du monde mais pas sans renoncement. C’est ce qu’Hilaire fait dire à notre Saint dans son discours d’adieu : « Que nul ne soit retenu par l’amour excessif de ce monde, que personne ne se perde dans l’opulence, que nul ne soit esclave de l’argent ». En ces temps, où un petit nombre accapare injustement le nécessaire qui manque aux autres, efforçons de connaître la joie que donne le détachement et non cette caricature de bonheur que le monde promet avec ses richesses et sa gloire.
- L’intimité avec le Christ que vivait Honorat entretenue par le détachement et la prière continuelle, notamment des psaumes, lui permettait de le reconnaître présent non seulement dans les frères mêmes faibles et pécheurs d’une communauté qui rassemblait des hommes d’origines très diverses mais aussi dans les étrangers, les hôtes et les pauvres. « S’il fallait donner un visage à la charité nous dit encore Hilaire, c’est le visage d’Honorat que, plus que tout autre, on devrait peindre pour le représenter ». « Persévérons dans l’amour fraternel, n’oublions pas l’hospitalité nous dit encore la lettre aux hébreux ». En ces temps où l’hospitalité tend à devenir un délit, non une vertu efforçons nous comme Honorat d’écouter le Christ présent dans sa parole afin de le reconnaître.
Qu’il puisse ainsi nous présenter au Seigneur en se réjouissant : « Me voici Seigneur et voici les enfants que tu m’as confié »

 


 

2ème dimanche b, homélie de frère Marie

Chers frères et sœurs,

Nous avons chanté avec le psaume : En ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. A chaque eucharistie, comme à chaque rencontre de la Parole, qu’elle soit communautaire ou plus personnelle, le Seigneur vient à notre rencontre pour renouveler nos cœurs. Un cœur de disciple ne peut vieillir, ce n’est pas une question d’âge, c’est une mise en disponibilité, un désir et un élan vers cette nouveauté permanente de la vie en Christ.
A travers les textes de ce jour nous pouvons découvrir ce qui exprime les attitudes du disciple.

Nous y trouvons le langage de l’écoute. L’écoute qui se joue à deux niveaux comme pour le jeune Samuel. Il entend d’abord une voix qui l’appelle par trois fois par son nom jusqu’à ce que le vieux prêtre Elie comprenne que c’est le Seigneur qui appelait, qui avait une parole à délivrer. Ainsi dit-il au jeune Samuel : S’il t’appelle tu diras, parle Seigneur, ton serviteur écoute.
Cette écoute est l’attitude fondamentale qui nous pose devant Dieu. La profession de foi d’Israël commence par : Ecoute !
L’écoute, plus qu’une capacité auditive, est une attitude intérieure, une disponibilité du cœur. Comme avec un cœur d’enfant, le cœur tout neuf du petit Samuel, écouter c’est se laisser surprendre et captiver par Dieu, goûter et être attentif à sa parole. L’écoute établit la relation.
« Mon cœur m’a redit ta parole, cherchez ma face » Ps 26
Les deux disciples de Jean Baptiste entendirent aussi ce que Jean disait de Jésus, ils écoutèrent cette parole qui résonna en leur cœur : Voici l’Agneau de Dieu.
Ils se sentirent attirés et voulurent en savoir plus, ils suivirent Jésus.
Ce qu’ils avaient entendu les mit en marche, et là encore c’est le début d’une relation : Que cherchez-vous, leur demanda Jésus – Où demeures-tu ? répondirent-ils. L’écoute exprime le désir de connaître, ‘d’être avec’.
Le psaume de ce jour nous dit encore : Tu m’as ouvert mes oreilles,…alors j’ai dit : Voici je viens…Ps 39

Nous trouvons aussi dans nos textes le langage de la vue. La vue exprime l’attention. Jean Baptiste regarde avec attention Jésus qui passe, qui va et vient, il contemple Jésus qui s’offre au regard pour être reconnu en vérité pour ce qu’il est, l’Agneau de Dieu.
Voir, ce n’est pas seulement regarder et se faire une opinion, en attendant que Jésus fasse ses preuves. Non, ici, voir c’est contempler, c’est en nous comme une part de cœur d’enfant, un cœur neuf qui se laisse atteindre par la lumière de l’autre avant même de bien le connaître.
« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu », nous disent les béatitudes. Ainsi voir, c’est suivre la lumière qui donne sens à nos vies, c’est nous laisser modeler par la réalité des promesses de bonheur dans laquelle Dieu nous entraîne. Le regard prend tout son sens dans une rencontre, un vis-à-vis, aussi Jésus se retourna pour voir les deux disciples qui le suivaient, il sonde le désir de leur cœur et ils les invitent à venir et à voir, à entrer dans une intimité de relation.
Ici voir ne peut se faire que dans une connaissance à travers un partage de vie. Ce n’est pas une théorie, comme le répètera l’évangéliste Jean, connaître c’est apprendre à aimer.

Nous trouvons aussi à travers nos textes, un autre langage, celui de la stabilité. Le petit Samuel demeure dans le Temple, il y dort même. Jean Baptiste se tient là, comme une lampe fidèle à son poste, il guette. Les disciples demandent à Jésus : Où demeures-tu ? Jésus les invite à demeurer avec lui ce jour-là. Pour bien écouter, voir, contempler, il faut demeurer.
Il est fort utile de se donner du temps pour se poser, de se mettre au calme, de se couper des occupations qui nous dévorent, ‘faire retraite’ pour se rendre intérieurement plus disponible. Mais plus profondément que cela demeurer c’est entretenir une relation, l’approfondir et y être fidèle.
Nous pouvons facilement nous laisser disperser, troubler et finalement perdre de vue ou devenir un peu sourd à cette présence du Christ à nos vies, et ceci se répercute dans la façon dont nous vivons les uns avec les autres, l’utile prend facilement le pas sur le primat de l’amour et de la paix.
Aussi, demeurer, c’est poursuivre un chemin, un chemin avec celui qui nous entraîne dans son chant nouveau, qui nous fait découvrir avec un cœur neuf, avec un esprit nouveau, la véritable beauté de nos vies, de notre humanité, celle que nous devons partager ensemble, mettre en œuvre, exprimer. Et cette nouveauté passe par Celui qui se donne sans cesse à nous, cet Agneau de Dieu qui nous enseigne et nous ouvre les yeux par son Esprit.
Dernier point que nous enseigne ces textes, la nouveauté de Dieu manifestée en Christ, passe et se transmet par nos humaines médiations. Nous sommes témoins et passeurs. Le vieil Elie apprend à Samuel à bien écouter. Jean Baptiste désigne l’Agneau de Dieu à ses disciples, les disciples eux-mêmes deviennent passeurs.
Aujourd’hui dans une période marquée par un manque de transmission, tout comme au temps du petit Samuel, période troublée en Israël, nous pourrions nous défendre que la parole du Seigneur se fait rare et qu’il n’y a pas de vision qui perce. Mais si nous inclinons un tant soit peu l’oreille de notre cœur, si nous ouvrons un tant soit peu les yeux de notre cœur et entretenons de façon durable cette relation avec l’Agneau de Dieu, alors nous serons les transmetteurs et les témoins d’un ‘chant toujours nouveau’, d’une louange à notre Dieu qui atteindra bien d’autres cœurs.


Fête de St Etienne, protomartyr, homélie de frère Marie

 

Hier nous fêtions la naissance d’un enfant, le Verbe de Dieu en notre chair, aujourd’hui à travers St Etienne nous fêtons l’Eglise naissante. Le sang des martyrs est semence de chrétiens, disait Tertullien au 2ème siècle. Cette sentence que viennent mettre en lumière les lectures de ce jour, ne s’est jamais démentie jusqu’aujourd’hui.
L’Evangile reste un signe de contradiction qui vient éveiller nos consciences de chrétiens au cœur d’un monde si préoccupé par sa réussite ou son propre ‘bien-être’, au détriment ou au mépris de la dignité fondamentale de tout être humain pour qui le Christ a versé son sang.
Etienne rempli de l’Esprit Saint, avait son regard tourné vers le ciel, et il contemplait les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout, vivant, à la droite de Dieu. Ce qui nous est décrit là, est le regard de foi, le regard de foi au cœur de la vie chrétienne, regard qui contemple les cieux ouverts par le Christ, le Fils de l’homme et Fils de Dieu, ancre de notre espérance passée au-delà du voile, mais qui ne nous arrache pas aux réalités de la terre, au contraire qui nous les fait aimer comme Dieu les aime, jusqu’à donner son Fils, son Unique.
Ce ne peut être que la foi qui nous rend capable de contempler dans l’enfant de la crèche le Verbe de Dieu fait homme, comme ce n’est que la foi qui nous fait contempler dans le mystère pascal ce même Verbe de Dieu qui s’anéantit jusqu’à la mort sur une croix, pour briser les murs de séparations, briser la haine, et qui est exalté dans la gloire du Père, d’où nous est communiqué toutes grâces.
Car Dieu n’a de cesse de nous rejoindre, de vouloir nous relier, non seulement à lui, mais aussi nous relier au mystère de toute femme, tout homme, dont Dieu en son Fils s’est fait solidaire.
Cette foi nous est donnée par l’Esprit Saint, Esprit du Père et du Fils : « Nul ne peut dire Jésus Christ est Seigneur, si ce n’est par l’action de l’Esprit Saint », nous dit St Paul.
Et l’évangéliste Matthieu nous dit que si nous témoignons de la foi, c’est l’Esprit Saint qui parle en nous.
L’Esprit est l’Esprit de vérité, qui nous enseigne et nous fait comprendre et intégrer la vie de Jésus. Cette vie du Christ s’intègre en nous par la charité, une charité active : ce que nous rappelle avec force et urgence en ces jours-ci le Pape François.
Comprendre et intégrer la vie de Jésus c’est aussi ouvrir un dialogue constant avec le monde, au-delà des clivages identitaires, idéologiques ou religieux. Et en bien des contextes nous savons que c’est un dialogue risqué, voire au risque de sa vie.
L’amour est l’essence-même de Dieu, Dieu est Amour nous dit St Jean, et l’amour a été répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné, nous rappelle St Paul. Esprit Saint qui ne cesse de gémir en nous, car cet amour est en quête de partage, en quête de communion et de fraternité, en quête d’échanges. Comme nous le rappelle l’apôtre Paul, cet amour est folie aux yeux des pouvoirs de ce monde, car il est accueil et don de soi aux autres, don et pardon. N’éteignions pas l’Esprit.
St Etienne que nous fêtons en ce jour a laissé naître le Christ en lui, et il est devenu expression de son amour pour l’humanité, cette humanité qui a besoin de lumière, de compassion et de miséricorde. N’ayons pas peur d’être signes de contradiction au cœur de ce monde.

 


Jour de Noël, homélie du Père Abbé Vladimir 

 

Chers Frères et Sœurs,

Ce que nous avons célébré cette nuit devant la crèche, contemplant un Dieu qui se fait pauvre pour notre salut, nous le célébrons aujourd’hui le regard du cœur fixé sur la gloire de celui qui, bien que portant l’univers par sa parole puissante, est venu rejoindre tous les hommes de toutes les époques et de tous les pays.
La gloire de Dieu se révèle dans cet enfant, la gloire de Dieu se révèle dans la parole, la gloire de Dieu se révèle dans l’histoire de cet homme qui vient au monde comme un étranger. « Il est venu dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence mais le monde ne l’a pas reconnu ».
Après nous avoir parlé de bien des manières, Dieu nous a parlé par son Fils. Et cette parole qui est comme son dernier mot nous donne la lumière et la vie. Elle nous donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Regardons cet enfant qui ne parle pas encore mais dont le silence est tellement éloquent. La Parole qui a créé les mondes s’est faite silencieuse pour rejoindre tous les sans – voix. Regardons l’homme qu’il deviendra parcourant les chemins de son peuple, messager de la paix et de la bonne nouvelle dont les pas sont si beaux. Le Fils unique – engendré qui est héritier de toutes choses a partagé les routes des hommes pour leur enseigner la voie du salut par ses gestes et ses paroles. Regardons le lorsqu’il se donne totalement sous le signe du pain et du vin ainsi que sur la croix. Dieu n’a pas d’autre visage pour les hommes et pour le monde que celui du Verbe fait chair dont la Parole se termine par un grand cri réconciliant tout le cosmos avec le Père lorsqu’il rendit l’Esprit puisque tout était achevé.
Il fait de nous ses fils, porteurs de sa parole puisque nous en vivons. Et là dans l’obscurité de ce monde qui n’a ni parole, ni place pour l’étranger qui vient de loin ou le pauvre qui est à côté, laissons nous guider par cet enfant. Il vient pour nous délivrer de la crainte. Et là dans la froideur d’un système qui ne semble se construire qu’en tournant le dos aux autres sous prétexte d’identité ou de sécurité, soyons les porteurs d’une parole vivante de réconciliation qui sait s’accompagner de gestes. Entrons avec le Verbe fait chair jusque dans cette grande peur de la vieillesse, de la maladie, de la différence et de la mort pour trouver Dieu dans toutes ces situations où nous le croyons absent. N’ayons pas peur, ouvrons grande nos portes à cet enfant parce que la vie, notre vie est en lui.
Dieu personne ne l’a jamais vu, le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père mais est venu converser avec nous dans un éternel rendez-vous, c’est lui qui l’a fait connaître.


Messe de la nuit de Noël, homélie du Père Abbé Vladimir 

 

Chers Frères et Sœurs,

« Rien n’est impossible à Dieu ». Ce que nous avons entendu l’ange annoncer à Marie au matin, nous en voyons la pleine réalisation en cette nuit. « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes ».
Elle s’est manifestée dans un enfant qui ne parle pas, dans sa faiblesse et sa fragilité. Dieu s’est fait pauvre et faible. Il nous fait comprendre que tous les pauvres quelle que soit leur pauvreté ont une place de choix dans son cœur. Il s’est humilié, il s’est anéanti pour manifester qu’il est venu, qu’il a dressé sa tente parmi les hommes non à cause de leurs prétendues richesses mais parce qu’ils étaient des pauvres. Il vient nous enrichir de sa pauvreté. Ce bébé vagissant, veillé par ses parents, entouré par deux animaux, sur qui se penchent les anges est reconnu par les bergers, ces gens de peu. C’est vers lui que les mages, ces étrangers se mettent en route. Il nous montre le chemin avec ce que Notre Père Saint Bernard appelle une humilité brûlante : « Il y a en effet écrit-il une humilité qui est le fruit brûlant de la charité ; et il est une humilité qui est le produit de la vérité et qui n’a aucune chaleur. La deuxième relève de la connaissance, la première du sentiment amoureux. . . Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur et nous laissant l’exemple de l’humilité. Il s’est humilié non pas poussé par la nécessité de son jugement mais par charité pour nous ». En cette nuit, voici que nous sommes invités à passer de la honte, de la dureté du cœur dont il reste toujours quelque chose en nous à cette brûlure de l’humilité qui est celle de la charité. Ce Dieu si petit dont Thérèse de l’Enfant Jésus passée au creuset de l’épreuve affirmait que nul ne pouvait le craindre, voici qu’il est encore là en cette nuit tendant les bras vers nous et par nous vers toute l’humanité. Voici qu’il est là au milieu de nos peurs, des peurs de notre monde et elles sont légions. Voici qu’il cherche à atteindre tous les hommes jusqu’à ceux qui seraient tentés de se prendre pour Dieu ou plus exactement de se prendre pour la fausse image d’un Dieu tout puissant à la manière d’un homme. Voici qu’il est là pour nous désarmer comme l’annonçait le prophète : « Les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés, le feu les a dévorés ». Chers Frères et Sœurs, en cette nuit paisible, rendons les armes.

Et puisque nous sommes en Provence, nous voici ce soir autour de lui comme des santouns, des santons, ces petits saints puisque c’est ce que ce mot signifie. Ils entourent et se mettent en marche vers l’enfant dans la crèche.
Tous ensemble, nous ne sommes que de petits saints et même sans doute de drôles de saints mais cela n’aucune importance. L’important, c’est cet enfant pour qui il n’y avait pas de place dans la salle commune. Il nous rassemble et nous fait entrer dans la communion que seul l’amour peut donner. Cet enfant sans défense nous invite à la conversion. Ces petits saints que nous sommes, s’ils reconnaissent Dieu dans l’enfant, comme l’ont fait les bergers en repartiront tout autre. Puisque dans ces petits saints, même le bohémien et la bohémienne, figure de l’étranger trouvaient leur place ; puisque nous célébrons ce soir un salut donné à tous et qui fait de nous un seul corps, portons en cette nuit dans notre prière ceux qui sont aujourd’hui cette figure de l’étranger. Cette nuit, ils pourraient être l’érythréen ou le sud soudanais mais ils ne sont pas encore arrivés ici car ils sont encore bloqués à la frontière. Et ils nous manquent . . .

« Seigneur que ta lumière brille en nos cœurs. »


4ème dimanche de l'Avent,B, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, voici que, alors qu’en ce dimanche nous sommes déjà à la veille de la solennité de Noël, nous venons d’entendre dans la lecture de l’évangile l’annonciation de l’ange Gabriel à une jeune fille vierge, dont le nom était Marie. Les paroles de l’ange Gabriel s’adressent aujourd’hui à nous, pour nous dire que celui dont nous attendons la naissance – non pas dans le temps mais dans la célébration liturgique – « sera grand, il sera ap-pelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
« Son règne n’aura pas de fin. » Tout à l’heure, dans la profession de foi, nous reprendrons cette formule : « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. » Nous sommes ainsi pla-cés dans une perspective qui va bien plus loin qu’une réduction de la fête de Noël aux scènes aimables de la crèche. Ce que nous nous préparons à célé-brer c’est que « le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jean, 1,14), comme nous l’entendrons demain à la lec-ture de l’évangile de la messe de Noël.
C’est que notre célébration n’est pas une simple mémoire d’un fait his-torique, pour important qu’il soit. La célébration liturgique nous fait entrer dans le mystère de Jésus Christ. Selon l’expression de saint Léon le Grand : « Ce qu’on avait pu voir de notre Rédempteur est passé dans les sacre-ments », c’est-à-dire dans la célébration de la liturgie (Sermon sur l’Ascension II,2).
C’est ce qu’exprimait aussi la prière au commencement de cette litur-gie lorsque nous demandions : « Que ta grâce, Seigneur notre Dieu, se ré-pande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. » Le message de l’ange nous intro-duit déjà, par la passion et la croix, jusqu’à la gloire de la résurrection. C’est que ce que nous célébrons avec la liturgie c’est toujours le mystère pascal.
Et ce que nous célébrons doit transformer notre vie. Comme le dit la première lettre de saint Jean, « celui qui déclare demeurer en lui doit, lui aussi, marcher comme Jésus lui-même a marché » (1 Jean 2,6). Ce que saint Benoît dit aux moines est vrai aussi pour la vie de tous les chrétiens : « Ne nous écartons jamais de l’enseignement de Jésus, et persévérant jusqu’à la mort dans sa doctrine au sein de la communauté chrétienne, participons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d’avoir part à son royaume. » (Règle de saint Benoît, Prologue, 50)
Alors, nous qui, par le message de l’ange, avons connu l’incarnation du Fils bien-aimé, conduits par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection, nous vivrons en l’attendant lorsqu’il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Que cette nouvelle célébration de la naissance de Jésus Christ renouvelle notre vie.

 


Dimanche du Christ Roi de l'univers, homélie de frère Marie

 

La liturgie d’aujourd’hui nous porte à célébrer un règne, non pas la nostalgie d’une structure de société révolue, mais le règne du Christ.
La préface de la messe définit la nature de ce règne, sans équivoque : règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix.
Jésus est le Roi pacifique, Réconciliateur universel, venu non pour être servi mais pour servir, Lui qui est Maître de toute créature et qui manifeste cependant aux hommes l’exemple de l’humilité. Cette humilité qui va de pair avec la compassion et la miséricorde. Lui qui nous a aimé et nous a délivré de nos péchés par son sang.
« Nous enseignons aux chrétiens, nous dit st Paul, la sagesse de Dieu, mystérieuse et demeurée cachée, que Dieu avant les siècles, avait d’avance destinée à notre gloire. Aucun des princes de ce monde ne l’a connue, car s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire.»
La royauté du Christ met en lumière la Sagesse de Dieu qui redonne à l’homme son entière dignité, en l’introduisant à nouveau dans sa communion de vie et d’amour. La royauté du Christ dessine la royauté de l’homme, celle des fils de Dieu. Cette Sagesse s’est incarnée pour se faire notre berger, ce berger qui nous conduit par les justes chemins, ceux qui conduisent à la vie.
Notre berger a traversé les ravins de la mort, ces ravins de la mort que sont les chemins dangereux et sinueux de notre humanité défigurée, désorientée. Humanité désorientée qui se fait souffrir elle-même ainsi que la création qui l’entoure et qui cependant est en quête de bonheur. « Qui nous fera voir le bonheur ? » interroge un psaume. Cette quête de bonheur qui peut éveiller des gestes de solidarité et de miséricorde là où on ne les attend pas, au cœur de la violence ou de l’indifférence, comme se laisser interpeller par un étranger, venir en aide à quelqu’un dans le besoin, immigré ou voisin. Ces gestes sont comme de petites graines cachées du Royaume qui manifestent la quête et le désir de l’humanité face à l’absurde ou la violence.
Le Christ bon berger nous ouvre sur les profondeurs et les grandeurs de notre humanité, celles qui resplendissent en lui dans sa totale communion avec le Père.
Un Roi, un royaume, a besoin de serviteurs. Ses serviteurs le Christ les appelle amis, car il leur fait connaître tout ce qu’il tient de son Père. Il nous partage tout.
Prendre sur nous son joug, c’est mettre nos vies dans son éclairage, nous laisser imprégner par l’Esprit Saint qui l’anime, nous laisser interpeller par ses enseignements. Quiconque écoute ma voix, dit-il, appartient à la vérité, vérité qui n’est pas une théorie, mais un appel, un appel qui touche les profondeurs de l’homme à se tourner vers la bonté et la lumière divine. Qu’est-ce que la vérité ? répondait Pilate à Jésus.
Cette vérité se trouve dans la clarté de la vie de Jésus, vie sans aucun pacte avec le mensonge, sans aucun pacte avec la violence ni avec toute forme de mal. Clarté dans une vie sans fermeture sur le don, une vie manifestant la bonté divine tournée vers le bien de l’autre, telle est la vérité dont Jésus est le témoin et l’envoyé.
L’évangile de ce jour nous exhorte, à manifester un cœur de chair et non de pierre ou d’indifférence, envers nos frères et sœurs en humanité, surtout envers ceux qui sont dans le besoin et la peine. A la lumière de cet évangile nous pouvons en écho rapprocher cette parole de Jésus : « Ce n’est pas moi qui vous jugerai, mais c’est la parole que je vous ai dite qui vous jugera. » La manière dont nous l’aurons incarnée en vérité dans nos vies.
C’est par ce chemin de vérité que le Christ nous achemine vers la Gloire, qu’il fait de l’Eglise, dont nous sommes les membres, la manifestation même de son Règne.
L’Eglise n’est pas avant tout cette structure de pouvoir sur laquelle les médias focalisent , mais une vie à vivre, appel de tout homme, femme unis par la foi à la vie du Christ. Et nous savons à quel engagement, à quel labeur cela nous entraîne, c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtrons comme mes disciples.
Oui, le règne du Christ opère en chacun de nous une division salutaire, il sépare lumière et ténèbres, haine et amour, mensonge et vérité, et ce ne sera jamais par nos seules forces que le règne du Christ s’établira en nous, mais bien par la puissance de sa grâce et de son amour, par sa puissance de réconciliation, œuvre du patient labeur de son Esprit Saint en nous.


30ème dimanche A, homélie de frère Bartomeu 


Voici qu’un docteur de la Loi pose une question à Jésus – pour le mettre à l’épreuve, précise l’évangéliste – et il le fait dans le langage formel des discussions entre les docteurs de la Loi : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Et Jésus lui répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. » — Le docteur de la Loi connaissait bien ce com-mandement, que l’on trouve dans la profession de foi des Juifs « Écoute, Israël », dans le Deutéronome (Dt 6,5). — Mais voici que Jésus, qui a dit de ce commandement qu’il “le grand” et “le premier”, enchaîne : « Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même », commande-ment tiré du Lévitique (Lv 19,18). Et il ajoute encore : « De ces deux com-mandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Cette deuxième partie de la réponse de Jésus n’a pu qu’étonner le doc-teur de la Loi. D’abord, l’association au premier d’un deuxième commande-ment, tout en le disant semblable au premier. Mais aussi l’affirmation que « de ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes », en mettant de la sorte les Prophètes au même plan que la Loi, ce qu’aucun pharisien n’aurait fait. Jésus donne ainsi une portée inouïe au grand et premier commandement d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit.
La lecture du livre de l’Exode que nous avons entendue tout d’abord a mis devant nos yeux les figures, ô combien actuelles, de l’immigré, la veuve et l’orphelin, le pauvre, notre frère : « un pauvre parmi tes frères ». Ce sont eux le prochain à aimer comme nous-mêmes. Et voici que Jésus dit de ce deuxième commandement qu’il est semblable, pareil, au commandement qui fait partie de la profession de foi juive. Il enseigne ainsi que « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » fait aussi partie de « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » Et lorsqu’il dit ensuite que « de ces deux commandements dépend – littéralement “est suspendue” comme une porte est suspendue à deux gonds – toute la Loi, ainsi que les Prophètes », il fait de ces deux commandements la clé de lecture de toute l’Écriture : c’est à partir de ces deux commandements que nous de-vons lire toute l’Écriture, et toute la Loi et les prophètes donnera alors à ces commandements une profondeur et une richesse que nous devons creuser toujours.
En écho à ces deux commandements – qui n’en sont en fait qu’un seul – nous avons entendu trois strophes d’un psaume qui commence par ce cri insolite : « Je t’aime, Seigneur, ma force ». « Je t’aime, Seigneur ! » On pourrait traduire « Je t’aime tendrement », car le verbe hébreu employé pour dire « Je t’aime » exprime la compassion, un verbe employé habituellement pour dire la pitié, la miséricorde de Dieu envers nous, un verbe qui dit un amour plein de sentiment. Ainsi avec ce cri du cœur qui ouvre ce psaume nous disons notre amour pour le Seigneur notre Dieu, et pour notre pro-chain comme nous-mêmes, de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Qu’il nous en soit toujours un rappel.


27ème dimanche A, homélie de frère Marie

La Bible aime bien utiliser les images de la nature pour enseigner et exprimer le mystère de l’homme et de Dieu. Aujourd’hui nous sommes dans une ambiance bien connue car les textes nous parlent de vigne.
Les textes de ce jour nous posent devant deux volets étroitement liés d’un diptyque qui nous parle de l’avènement du Royaume de Dieu : le premier volet à travers le poème d’Isaïe dirige notre regard vers ce qui nous est confié de la part de Dieu : le don de sa parole à garder et cultiver pour découvrir notre humaine vocation d’enfants de Dieu. Vocation à découvrir, promouvoir, cultiver le mystère de la vie. Le second volet nous oriente dans le lien entretenu avec le donateur de tout bien dans une filiation aimante qui passe par la reconnaissance et l’action de grâce.
« En toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus », nous dit St Paul.

En recevant la mission de ‘garder et cultiver’, l’homme est appelé à une œuvre qui trouve son sens dans la prolongation de l’œuvre créatrice de Dieu, mais cette ‘mission’ l’amène à se cultiver lui-même, et pour cela il a besoin d’une Sagesse qui ne vient pas que de lui-même, une Sagesse qui lui vient de la source de toute vie, de la source de lui-même.
Le don de la vie est lié à une parole, une parole fondatrice : « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon (vers) notre ressemblance… » Gn 1, 26
Le don est porteur d’une promesse : une fécondité, une liberté, et le bonheur d’une relation qui comble la vie.
Fécondité et bonheur s’expriment à travers un jeu de relations. Un jeu de relations avec notre prochain, avec Dieu, avec l’environnement dans lequel nous sommes posés et qui nous est confié.
Dieu pose l’humain comme un autre lui-même, appelé en liberté à jouer sa vie comme un être responsable. La parabole de la vigne de ce jour, pourrait être rapprochée de la parabole des talents, pas tant pour ce qu’il y a faire, mais surtout pour cet engagement à partager la joie du Maître, à partager la joie et l’aventure du Royaume de Dieu. Là est bien la mission de l’Eglise.
Mais pour jouer sa vie, il faut tout d’abord l’accueillir. Il faut se sentir nommé, aimé. Dieu impose sur chacun de nous le Nom du Fils, dans le souffle de son Esprit d’amour et de vie.
Saint Jean-Paul II a rappelé que l’amour très particulier que le Créateur a pour chaque être humain lui confère une dignité infinie.
Le Créateur peut dire à chacun de nous :
« Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu » Jr 1, 5. Nous avons été conçus dans le cœur de Dieu, et donc, « chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ».dans Laudato si, 65

La perception et la reconnaissance du don nous libère de la tentation d’une appartenance exclusive et d’une prise de possession. Le don de Dieu, le don de la grâce est pour tous. Avant de nous demander si nous avons des dons, est nécessaire la prise de conscience que la vie est un don. Le fait que nous-mêmes sommes ou pouvons être un don, nous ouvre à la prise de conscience de l’importance de tout ce jeu de relations dans lesquelles nous somme engagées. S’il y a bonheur, il n’y a de vrai bonheur que partagé.
Plus profondément encore la prise de conscience que nous sommes reliés à une source.
Quand les relations avec Dieu, avec notre prochain, avec notre environnement sont négligées, quand la justice n’habite plus la terre, la Bible nous dit que toute la vie est en danger. Nous rappelle le Pape François dans Laudato si, 70

L’expression propre de cette vie qui me fait être, se découvre dans une histoire, dont je suis acteur et que les autres jouent avec moi, et que Dieu joue avec moi et nous. Comme dans ce passage du livre des Proverbes dans lequel, la Sagesse créatrice du Très-Haut prend plaisir à jouer avec les enfants des hommes. Pr 8
Notre vie est faite pour une symphonie, un hymne à la vie.
Cet hymne à la vie, le Christ le fait résonner et nous l’apprend, par le don suprême et constant de sa vie.
La parabole de ce jour se termine par la proclamation pascale : « La pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille devant nos yeux. » Cette œuvre nous dit que personne n’est à mettre de côté.
Oui, cette merveille répond à l’appel du psaume de ce jour : « Fais-nous vivre et invoquer ton nom ! Dieu de l’univers fait nous revenir, que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! » Ps 79
Dans le Christ Jésus Dieu nous a dévoilé son visage, visage qui illumine le nôtre, qui illumine celui de tout homme et toute femme, qui nous ouvre à la connaissance du Royaume auquel tous sont invités.
Nous élèverons tout-à l’heure à l’autel les fruits de la terre et de la vigne pour célébrer ensemble l’action de grâce et nous unir au Fils et nous écrier avec lui, sous l’action de l’Esprit Saint, Merci, Abba ! Père ! pour le don que tu nous fait.

 


15ème dimanche A, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, même si habituellement l’homélie offre un commen-taire de la lecture de l’évangile ou des autres lectures de l’Écriture Sainte, je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur le bref texte de l’oraison que nous avons entendue en conclusion des rites d’ouverture de cette célébra-tion, oraison à laquelle nous avons dit notre assentiment en répondant Amen.
Ces oraisons sont toujours brèves et denses, ce qui demande que nous y prêtions bien attention. Mais leur brièveté pourrait faciliter que nous les retenions et qu’elles puissent ainsi nourrir notre prière au-delà de la célé-bration liturgique.
Je commence donc par rappeler celle d’aujourd’hui : « Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous, et pour que nous ressentions l’effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage. »
À une invocation : « Dieu créateur et maître de toutes choses » – qui exprimait notre dépendance totale de Dieu – suivait un appel vibrant : « re-garde-nous ». Nous ne pouvons vivre hors du regard de Dieu. C’est pourquoi saint Benoît, lorsque, dans sa Règle des moines, décrit le chemin de l’humilité qui est celui du moine, il nous exhorte à être persuadés que Dieu nous regarde du haut des cieux à tout instant (Règle de saint Benoît 7,13).
C’est dans la confiance que nous donne ce regard de Dieu, que l’oraison demandait alors qu’il nous accorde de le servir avec un cœur sans partage, pour que nous ressentions l’effet de son amour.
Le servir avec un cœur sans partage. Lorsqu’un docteur de la Loi, pour mettre Jésus à l’épreuve, lui posa la question : « Maitre, dans la Loi, quel est le grand commandement ? », Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement » (Matthieu 22,35-38). Il reprenait ainsi le commandement que nous lisons dans le livre du Deutéronome : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6,5).
« Avec un cœur sans partage », disait l’oraison, traduisant le latin « toto corde », de tout cœur ! Et dans le langage de la Bible – c’est bien connu – le cœur ne désigne pas seulement, comme dans notre langage actuel, le siège des sentiments, mais tout l’homme intérieur, sa pensée, sa volonté.
Saint Paul, dans le bref passage de sa lettre aux Romains que nous avons entendu, disait cela d’une autre manière : « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vi-vons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Sei-gneur » (Romains 14,7-8). Voilà ce que veut dire servir Dieu avec un cœur sans partage, sous son regard.
Et le servir avec un cœur sans partage nous donne l’assurance de res-sentir l’effet de son amour. Jésus avait dit aux disciples pendant le dernier repas avec eux : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14,21).
Voilà ce qu’est la vie chrétienne.

 


Natvité de la Bienheureuse Vierge Marie, homélie de frère Marie

 

Chers frères et sœurs,
Certes, nous ne connaissons par aucun registre civil ni la date, ni vraiment le lieu de naissance de Marie. Ce que nous disent les évangiles c’est qu’elle est une jeune fille de Nazareth. Mais ce que nous célébrons c’est un point dans l’histoire humaine où la longue patience de Dieu, nous pourrions dire où l’espérance de Dieu en l’humanité trouve le lieu de son repos, Dieu trouve en cet être venant au monde, en Marie, cette personne non seulement en qui sa confiance ne sera pas déçue mais de plus une vraie collaboratrice dans son plan de salut.

La longue généalogie du Christ que nous venons d’entendre selon l’évangile de St Matthieu nous introduit dans ce lien ineffablement amoureux que Dieu a tissé avec l’humanité depuis les origines, pour faire de cette humanité le réceptacle de sa gloire en son Fils unique et premier né. Ce Fils, premier-né d’une multitude de frères, qui assume toute cette humanité pour la conduire vers le plein achèvement de sa destinée qu’est la gloire de Dieu. Ce Fils, Verbe de Dieu, qui s’est fait pour nous, par le don total de lui-même, chemin, vérité et vie. Comme le dit l’Ange Gabriel à Joseph : le fils naît de Marie s’appellera à la fois Jésus, ce qui veut dire ‘Dieu sauve’ et Emmanuel, qui se traduit ‘Dieu avec nous’.

Cette longue généalogie nous dit que depuis les commencements le Verbe et l’Esprit, les deux mains du Père comme les nomment St Irénée, préparent le chemin des cœurs pour espérer contre toute espérance la semence divine. La semence divine est cette Parole de Dieu qui se déploie pour ouvrir les yeux du cœur de l’homme à la connaissance divine, une connaissance qui accompagne une histoire, une histoire sainte, ou peut-on dire en cours de sanctification, à travers laquelle l’humanité apprend aussi à se tourner vers Dieu et à espérer et désirer en lui et de lui le plein sens de son existence, de son humaine vocation. La semence divine, Parole de Dieu, ensemence largement le champ de l’humanité, le semeur sème à tous vents et en tout terrain. La généalogie que nous avons parcourue est un terrain mêlé, d’élus et d’étrangers, d’habitants et d’émigrés, un terrain mêlé de bons grains de fidélité à l’alliance et de l’ivraie d’infidélité, d’amour du pouvoir, d’adultères et de meurtres, de l’ivraie de l’idolâtrie aussi.
C’est à travers cette humaine histoire que Dieu s’est engagé, qu’il a sans cesse réitéré ses promesses et sa fidélité, sa miséricorde, son amour.
Les promesses, les alliances, la Loi, Marie de Nazareth était toute pétrie de cet héritage. Marie pleinement préparée par l’Esprit de Dieu fut bien plus qu’un prophète ou un ami de Dieu, elle s’engagea sur ce chemin unique et inconnu de la maternité du Verbe divin qui se fit son fils selon la chair par l’accueil inconditionnel de sa foi amoureuse en Dieu : Qu’il m’advienne selon ta parole. Joseph, comme un bon grain caché, deviendra pour nous aussi le modèle du juste qui accueillera le mystère du plan de Dieu, en accueillant le premier en sa vie d’homme et de foi la Mère et le Fils pour les prendre en charge.

Fêter ainsi la naissance de la Vierge Marie nous apporte un certain éclairage pour nous-mêmes. Cet éclairage, c’est que Dieu nous espère, il nous désire, Dieu ne lâche pas notre histoire. Si nous, nous aurions tendance à désespérer de nous-mêmes ou des autres, Dieu lui ne désespère pas de son œuvre. Cette porte ouverte en Marie laisse passer le Verbe divin qui devient notre guide, notre berger, celui qu’annonce le prophète Michée, celui qui par le don humain et divin de lui-même est devenu notre Paix, c’est-à-dire notre plénitude de vie.


Assomption de Marie, homélie de frère Marie

 

Chers frères et sœurs,
Heureuse ! Bienheureuse celle qui a cru !
Oui toutes les générations la diront bienheureuse.
C’est bien l’achèvement de tout un chemin de foi, d’une vie de foi, que nous célébrons aujourd’hui dans la glorification de Marie, la mère de Jésus.
Si le centre le plus profond de Marie est son humilité c’est qu’elle s’est laissée rejoindre et imprégner par l’amour du Père pour l’humanité. Elle s’est rendue obéissante à l’action de l’Esprit Saint. Elle a accepté que le Verbe divin trouve sa place en elle, en son corps, en son cœur, en sa foi.
C’est cette humilité qui rapproche Marie du Ciel.
Autant l’orgueil détruit tout, éloigne de Dieu et fait souffrir l’humanité, autant l’humilité de Marie rend la beauté à notre humanité et en exprime ce qu’il y a de meilleur, le désir profond de la paix véritable.
Cette humilité qui fait que Marie vivait de plein pied dans son humanité. Les évangiles nous en disent peu de choses, mais suffisamment pour deviner la stature de cette jeune fille de Nazareth. Marie est une éveillée, son esprit est tourné vers la Sagesse de Dieu, elle cherche à comprendre le sens de sa vie, elle se laisse enseigner et guider par la mission de son fils, par le Verbe divin qui par elle est entré dans notre monde. L’humilité de Marie la situe de façon juste dans sa relation à Dieu, avec l’audace aussi que lui donne sa compassion pour ses frères et sœurs en humanité, comme aux noces de Cana où elle implorera son fils Jésus de manifester sa mission et sa gloire. Cette mission qu’elle accompagnera en contemplant la vie de son Fils, jusque dans la douleur au pied de la croix, mais debout dans la force de l’espérance et de la foi, blessée mais aimante, dans une confiance dont elle ne sera pas déçue.
Bienheureuse celle qui a cru !
Non, aujourd’hui nous ne vénérons pas une nouvelle déesse, perchée sur un croissant de lune, mais nous vénérons celle qui a cru, qui a médité les paroles et gestes de Jésus, celle qui a exalté le Seigneur de tout son être, qui a exulté en Dieu son Sauveur.
La fête de ce jour alimente notre espérance théologale, cette espérance dont on a tant besoin pour ne pas tomber dans le piège de la désespérance de nos impuissances ou de nos fausses puissances. En Marie, glorifiée en son âme et en son corps, en qui rayonne la plénitude de l’acte rédempteur du Christ, nous contemplons la pleine réalisation de la vocation humaine à laquelle nous sommes tous prédestinés.
Oui, en Marie l’image du Fils est magnifiquement reproduite et la vocation maternelle de Marie la met au service de l’enfantement et de la croissance de cette image en nous, la met au service de cette révélation des fils de Dieu à laquelle toute la création aspire, comme le dit si bien St Paul :
« La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. »
Cet enfantement dans la douleur que nous décrit l’Apocalypse et qui symbolise l’Eglise mettant au monde le corps du Christ que nous sommes par le baptême et l’annonce de l’Evangile. Cette humanité rachetée par la mort et la résurrection du Christ, cette humanité qui reçoit les prémices de l’Esprit Saint, pour participer à la victoire du Christ.
Marie est l’image accomplie de cette Eglise, de cette humanité rachetée. Elle fait briller notre foi et notre espérance. Marie nous entraîne sur le chemin du beau combat de la foi, cette lutte spirituelle qui nous fait désirer les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, désir qui nous élève et par lequel nous acquérons notre vraie liberté, celle des enfants de Dieu.
Comme la Sagesse au carrefour des chemins, Marie se tient là pour nous indiquer le chemin du « bonheur » : « Toutes les générations me diront bienheureuses ». Marie ne garde pas pour elle son bonheur, car il n’est de véritable bonheur que partagé, et il n’est de véritable connaissance de Dieu que dans son amour universel et au service de tous ceux que Dieu aime.
Marie ne peut posséder Jésus comme fils, que si elle reconnaît en lui « le frère aîné d’une multitude de frères ». « Femme voici ton fils », dira Jésus à sa Mère du haut de sa croix, en désignant son disciple.
Oui, Marie nous apprend à conjuguer en vérité, et l’amour des réalités d’en haut, et l’amour de notre condition terrestre. A conjuguer en vérité et l’amour de Dieu, et l’amour de nos frères et sœurs en humanité.
Oui, bienheureuse celle qui a cru, et bienheureux ceux qui ont cru, qui croient, et qui croiront ! Le royaume de Cieux est à eux.

 

 


La Transfiguration du Seigneur, homélie de frère Bartomeu

Matthieu 17,1-9

 

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. » « Une haute montagne », les évangiles ne précisent pas laquelle. Mais très tôt, déjà – à ce qu’il semble – depuis le IIIe siècle, on a identifié cette montagne avec le mont Tabor, qui se dresse au cœur de la Galilée. Et la fête d’aujourd’hui pourrait avoir son origine en la consécration de la basilique sur le mont Tabor.
Dans l’Ancien Testament, est appelé « montagne de Dieu » le mont Sinaï, où d’abord Moïse a vu la gloire du Seigneur (Exode 24,16-17), et où, plus tard, Élie a entendu « le murmure d’une brise légère » (1 Rois 19,12). Et voici que, lorsque Jésus est transfiguré, ce sont Moïse et Élie, la Loi et les Prophètes, qui apparaissent et qui s’entretiennent avec Lui. Et l’évangéliste Luc précise : « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusa-lem » (Luc 9,31). C’est que la transfiguration de Jésus anticipe sa résurrection, comme il devient clair lorsque Jésus dit aux trois apôtres : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » L’évangéliste Luc confirme que « les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu » (Luc 9,36). Marc pourtant ajoute : « tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts » (Marc 9,10).
Ce n’est qu’après la résurrection de Jésus que les apôtres comprendront le sens de sa transfiguration de laquelle ils avaient été témoins. Et nous avons entendu tout à l’heure saint Pierre le rappeler, dans la lecture de sa lettre : « Notre Seigneur Jésus Christ a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte » (2 Pierre 1,16-19).
Quant à nous, la liturgie nous aide à comprendre la transfiguration lorsque nous en-tendons cet évangile chaque année le deuxième dimanche du carême, alors que nous avons entamé notre marche vers la Pâque.
En cette célébration d’aujourd’hui, au cœur de l’été, avec son caractère particulière-ment festif, nous pourrions retenir surtout que lorsque les apôtres – qui saisis d’une grande crainte étaient tombés face contre terre – levèrent les yeux, « ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. » Ce que soulignent pareillement Marc et Luc : « Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux », dit Marc (Marc 9,8). Et Luc : « Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul » (Luc 9,36). Que pour nous aussi, il n’y ait plus que Jésus, seul !
Lorsqu’il avait été baptisé par Jean, au Jourdain, nous avions entendu déjà une voix qui, des cieux, disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » (Mat-thieu 3,16-17). Aujourd’hui, lorsqu’une nuée lumineuse couvrait les trois apôtres de son ombre, la voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie », a ajouté : « écoutez-le ! » Il ne nous est pas donné de voir avec nos yeux, comme les trois apôtres, Jésus transfiguré, mais l’invitation à l’écouter nous est adressée comme à eux. Que le Christ ait donc toujours la première place dans notre vie, lui seul. Que nous soyons ceux qui « ne préfèrent absolument rien au Christ » (Règle de saint Benoît 72,11), « ceux qui n’ont rien de plus cher que le Christ » (Règle de saint Benoît 5,2).


Fête des Saints apôtres Pierre et Paul, homélie de frère Bartomeu

 

Voici que la profession de foi de Simon fils de Yonas : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! », lui a valu recevoir de Jésus le nom de Pierre, avec une promesse : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » Et en français le jeu de mots est parfait : Pierre est bien une pierre.
Mais ce qui est important c’est l’Église bâtie sur cette pierre. Et c’est dans cette page de l’évangile que nous trouvons pour la première fois, dans le Nouveau Testament, ce nom « Église » pour désigner la communauté de ceux qui croient en Jésus Christ. Nous le trouvons ensuite, des Actes des Apôtres à l’Apocalypse, plus de cent fois pour désigner l’Église en chaque lieu et l’Église qui rassemble toutes les communautés.
« Église » est un terme grec, dérivé du verbe qui signifie « appeler », et qui veut dire « assemblée ». Le Nouveau Testament l’a trouvé dans la version grecque de l’Ancien Testament, où il traduit le terme hébreu qui désigne l’assemblée du peuple d’Israël.
Mais, alors que Jésus promet à Simon – appelé désormais Pierre – une Église pleine de force : « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle », la lecture des Actes des Apôtres nous en a donné une image de grande fai-blesse. Il est important donc que nous comprenions bien ce qu’est vraiment cette Église bâtie sur la pierre de la foi de Pierre.
Voici que, après avoir supprimé Jacques, en le faisant décapiter, le roi Hérode a fait mettre Pierre en prison. Et c’est dans cette situation de dé-tresse que nous trouvons une autre mention de l’Église : « tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l’Église priait Dieu pour lui avec insis-tance. »
Déjà avant Jacques, le premier des apôtres à être mis à mort, Étienne, le premier des Sept (Ac 6,5 ; cf. Ac 21,8), avait été lapidé par la foule des Juifs (Ac 7,57-60). Et « ce jour-là, éclata une violente persécution contre l’Église de Jérusalem. Tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Sama-rie, à l’exception des Apôtres » (Ac 8,1).
En effet, l’Église, sur laquelle la puissance de la Mort ne l’emportera pas, a connu la persécution depuis ses premiers jours. Et de nos jours aussi, de nos jours encore, l’Église est appelée à prier Dieu avec insistance pour tous ceux qui, parce qu’ils sont chrétiens, sont détenus dans les prisons, pour tous ceux qui sont « supprimés » – selon l’expression forte employée pour la décapitation de Jacques. Et il nous vient tout de suite à l’esprit le souvenir d’un autre Jacques, le P. Jacques Hamel, « supprimé » il y aura bientôt un an. Et nous avons bien vu l’étonnante réaction qu’a suscitée sa mort violente, qui est devenue en fait un vrai « martyre », un témoignage de ce qu’est l’Église.
Voici l’Église sur laquelle la puissance de la Mort ne l’emportera pas.

 


 Fête de la Nativité de St Jean le Baptiste, homélie de l'Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs

En célébrant la naissance de Jean Baptiste, c’est la naissance du plus grand des prophètes que nous célébrons. Dans les temps précédant la naissance du sauveur, il n’y avait plus de prophètes mais de simples commentateurs de la loi et des prophètes. Dans le meilleur des cas, ils étaient des sages mais souvent ils étaient comme les scribes et les pharisiens que Jésus dénoncera empilant des commentaires creux et imposant des fardeaux qu’ils n ‘étaient même pas capables de porter eux-mêmes. Jean sera la voix prophétique annonçant la Parole toujours nouvelle, le verbe fait chair. Il montrera aux hommes l’Agneau de Dieu, celui qui est la lumière des nations. Prophète, il l’est déjà dans le sein de sa mère lorsqu’il la fait parler lors de la Visitation ; il l’est aussi au moment de sa naissance lorsqu’il rend la voix à son Père. Prophète, il l’est enfin par son nom qui signifie que Dieu est celui qui fait grâce. Il le sera par toute sa vie au désert, avec ses disciples ou rendant son dernier témoignage devant Hérode. Comme prophète, il transforme le sens de l’histoire en la faisant passer d’une mémoire du passé à une annonce de l’avenir pleine de confiance et d’espérance. Nous qui sommes un peuple de prophètes selon ce qu’annonçait à l’avance le livre des nombres, il est notre modèle pour annoncer que Dieu a fait toute chose nouvelle et qu’il veut rassembler tous les hommes. Le sauveur a détruit le mur de séparation et créé en lui un seul homme nouveau en établissant la paix. Si Dieu est celui qui fait grâce, nous devons nous aussi faire grâce.
Nous ne devons pas être de simples commentateurs de la Parole mais à la suite de Jean, nous devons nous mettre à l’école de celui dont nous chantions hier qu’il était doux et humble de cœur. Nous devons devenir des serviteurs de la Parole de paix et de réconciliation pour la mettre en pratique, pour la faire resplendir dans toute sa vérité. Et cela nous ne pouvons le faire qu’en étant comme Jean des hommes simples, totalement donné. Le prophète est celui en qui il n’y a pas de duplicité, celui dont le cœur n’est pas partagé, qui est tout entier à Dieu. Cela ne vient pas que de lui, c’est aussi un don de Dieu qu’il laisse porter du fruit en lui.
Demandons au seigneur d’unifier notre cœur afin que nous puissions chanter son nom.

 


Dimanche de la Trinité, homélie de frère Marie

 

Chers frères et sœurs

En célébrant en ce jour la fête de la Trinité nous proclamons notre foi. Toute prière chrétienne, à commencer par le signe de la croix nous plonge au cœur de la Trinité, nous plonge au cœur de son mystère.

C’est à la fois une réalité et un mystère qui nous enveloppe et nous fait vivre. Un mystère à qui on ne peut que s’offrir dans la prière, la supplication, le silence, l’adoration et l’action de grâce.

Pour parler de la Trinité nous sommes confrontés à la radicale pauvreté de  notre expérience, à la limite du langage et des idées, car Dieu est l’Être transcendant, le Tout Autre, le Saint par excellence, le toujours au-delà, un abîme de vie et d’amour insondable.

Cependant Dieu n’est pas resté inaccessible, inconnaissable, Dieu s’est révélé, c’est-à dire qu’il ouvre en nous un espace divin, son Royaume. C’est ce que nous enseignent les Saintes Ecritures et ce que la théologie essaye d’exprimer. La communion entre elles des trois personnes divines Père, Fils et Saint Esprit, n’est pas un mystère fermé comme pourrait le faire penser l’image du cercle, c’est un mystère ouvert, une communion qui s’ouvre à nous. Ce caractère ouvert est de grande importance pour nous, car il fonde la vocation et la mission de l’Eglise, de chacun de nous, sommes-nous un cercle ou bien ouvrons-nous l’espace à l’autre ?

Dieu a investi notre histoire et notre vie, bien plus il en est la source et le terme. Personne n’a jamais vu Dieu, nous dit St Jean, Dieu Fils unique qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître.[1] Il nous l’a fait connaître par des paroles et par des actes, jusqu’au don total de lui-même. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son Unique, nous dit St Jean. En nous offrant son unique, Dieu nous appelle à lui.

A travers une histoire de salut Dieu s’est révélé Créateur et Père. C’est par son Fils, le Verbe de Vie, et par le souffle de son Esprit que le Père a tout créé. Tout procède et dépend de Dieu et tout tend vers Lui. Et c’est à l’image de ce qu’il est en lui-même relation, don et communion qu’il a créé l’homme pour en faire un être appelé à partager sa vie.

On dit en théologie que Dieu en sa perfection de vie et de béatitude se suffit à lui-même, mais là est bien le mystère de l’amour que nous montre la révélation et que nous dévoile Jésus Christ, c’est d’un amour désintéressé et totalement donné, gratuit, que la Trinité a créé les libertés que nous sommes. Dieu ne nous crée pas par besoin, mais c’est nous qui avons besoin de lui. Nous n’existons donc que dans la mesure où nous sommes aimés. L’humain pense trop souvent la vie en termes de mérite ou de droit ou d’arbitraire, le Dieu trinité nous la fait penser en don gratuit et aimant.

Lorsque le seigneur proclame lui-même son nom à Moïse, il se nomme ainsi : « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour te de fidélité. » Ce qui fait dire à Moïse : « oui, nous sommes un peuple à la tête dure, mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous un peuple qui t’appartienne. »[2]

Oui, c’est bien la reconnaissance de cet amour et de cette fidélité qui est passé par la croix, qui nous fait naître à Dieu. La reconnaissance de cet amour qui a traversé nos aveuglements et nos résistances, cet amour qui guérit les infirmités et les blessures de nos âmes, cet amour qui rétablit nos cœurs dans la paix d’une relation vivante, dans un chemin de communion. Que tous soient un comme nous sommes un, disait le Christ dans sa prière et St Paul en sa lettre en tire directement la conséquence : « Soyez en accord entre vous, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. »[3]

Notre vie de chrétien, est constamment placée au cœur du mystère de la Trinité, au cœur de ce chemin de communion. A chaque acte de foi, nous sommes replacés dans le don du Fils au Père, et l’Esprit Saint anime par ses gémissements ineffables notre désir et notre prière.

Car la mise en œuvre de cette vie Trinitaire nous entraîne dans un combat spirituel, le combat entre l’homme nouveau renaît de l’Esprit et le vieil homme obéissant aux tendances égoïstes, selon l’image de St Paul.

C’est au cœur de ce combat spirituel que la toute puissance de Dieu est puissance de vie qui se met au service de l’homme afin que non seulement nous advenions à l’existence, mais aussi que nous effectuions notre pleine et véritable croissance humaine, afin de parvenir à la pleine stature en Christ.

Cette croissance est croissance en liberté, cette liberté nourrie et éclairée par l’amour divin et qui nous mène au travers et au-delà des épreuves, des contradictions, qui nous mène à travers le pardon sans cesse renouvelé. Croissance en liberté qui nous mène aussi dans la reconnaissance et l’action de grâce de pouvoir participer à cette vie divine et surtout, avec la conscience de nos humbles forces, de pouvoir  participer au projet divin, à l’avènement de son Règne. Liberté en puissance d’amour et de vie qui nous fait désirer et tendre à vivre avec les autres à l’image de la Trinité bienheureuse.

Certes pour nous cela représente un combat spirituel à travers lequel l’amour nous blesse, nous révélant que nous ne sommes pas aussi libres et fidèles que nous le voudrions, mais cette blessure-là est l’ouverture par laquelle la Trinité en son mystère peut trouver place en nous et y faire sa demeure. C’est à travers cette blessure d’amour que l’Amour véritable peut nous guérir et nous transformer.

Oui, c’est grâce au Christ, que les uns et les autres nous avons l’accès auprès du Père dans l’Esprit Saint, ainsi nous ne sommes plus des étrangers, ni des émigrés ; nous sommes concitoyens des saints, nous sommes de la famille de Dieu.

Ainsi célébrer le mystère de la Trinité nous invite à changer notre regard, nous invite à repenser la teneur et la qualité de nos relations avec tout ce qui nous entoure, la teneur et la qualité de nos relations avec nos proches et nos lointains, la teneur et la qualité de nos relations avec Dieu et nous-mêmes.


[1] Jn 1, 18

[2] Ex 34, 4-9

[3][3] 2 Co 13, 11-13

 


Dimanche de la Pentecôte, homélie de l'Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

« Cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble ». De même, « après la mort de Jésus, les disciples étaient ensemble même si les portes étaient verrouillées par crainte ». L’Esprit saint vient en eux pour faire toute chose nouvelle. Ce n’est pas par hasard qu’ils sont ensemble. La nouveauté de l’Esprit consiste prècisément en ce qu’annonçait le psalmiste lorsqu’il s’écriait : « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ». Aelred de Rievaulx, l’un de nos Pères cisterciens, prêchant le jour de cette fête va jusqu’à dire : « Je dirais si j’osais, ou plutôt j’ose et je dis avec assurance que l’Esprit Saint ne serait pas descendu aujourd’hui sur les disciples s’il ne les avait pas trouvés réunis tous ensemble ». Au Sinaï, le Seigneur est descendu dans le feu et le bruit du tonnerre pour instituer la première alliance. Aujourd’hui, avec un bruit comme un violent coup de vent et dans le feu, l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la vie vient graver dans le cœur des disciples la nouvelle alliance qui est l’amour jusqu’au don de soi-même. « Dieu, nul ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour, en nous, est accompli. . . Il nous a donné de son Esprit ».

Hier soir, pour commencer cette fête, à la fin des vêpres, nous demandions que « les hommes, en proie, aux divisions de toute sorte, soient rassemblés par l’Esprit Saint ». Et cette nuit et ce matin encore, cette division et cette violence sont manifestes partout où règnent non seulement la violence aveugle mais aussi l’oppression des pauvres, le refus des étrangers et la destruction de la nature. Mais c’est pour cela que le Seigneur Ressuscité nous envoie son Esprit Consolateur pour nous laver, nous guérir, nous assouplir, nous réchauffer, nous rendre droit comme nous l’avons chanté. Par lui, nous sommes tous les membres d’un seul corps. L’Esprit descend sur les apôtres et ils se mettent à parler et tous jusqu’à aujourd’hui les comprennent dans leur langue maternelle. S’il y a des mots qui sont un bavardage ou des masques, c’est dans une parole de louange, de communion et de paix que nous devenons pleinement humain. Le silence n’est là que pour permettre cette parole. Ce qui guérit la division, ce n’est pas l’uniformité mais l’unité et la communion dans la diversité des langues qui sont comme une symphonie. « Les dons de la grâce sont variés mais c’est le même Esprit ». Les hommes seront rassemblés, non par une violence qui voudrait tous les rendre semblables à un unique modèle mais dans la lumière de l’Esprit qui est amour et communion.
Chers Frères et Sœurs,
En célébrant cette fête, nous sommes invités à vivre cela de manière très humble et très concrète dans nos communautés, dans nos familles, dans nos relations avec tous ceux que d’une manière ou d’une autre le Seigneur nous envoie ou vers qui il nous envoie. Car nous sommes tous envoyés. C’est seulement de cette manière que l’œuvre de l’Esprit qui est une œuvre d’amour s’accomplira en nous.

 


 7ème dimanche de Pâques A, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, dans le Nouveau Testament nous trouvons trois fois le nom “chrétien”.
Tout d’abord nous lisons dans les Actes des apôtres que « c’est à An-tioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de “chré-tiens” » (Actes 11,26). Antioche était une grande ville – la capitale de la Syrie romaine – et c’est là surtout que la communauté des disciples s’était ou-verte, au-delà des seuls Juifs, aussi aux gens de langue grecque (Actes 11,19-20).
C’est depuis l’« Église d’Antioche » – comme elle est appelée, toujours dans les Actes des Apôtres – que Saul et Barnabé seront envoyés dans leur premier voyage missionnaire (Actes 13,1-3) à Chypre et en Asie Mineure. Et, de retour à Antioche, « ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi » (Actes 14,27).
Le nom de “chrétiens” donné aux disciples à Antioche s’est répandu rapidement, si bien que lorsque Paul, prisonnier, présentera sa défense de-vant le roi Agrippa, à Césarée, celui-ci réagira : « Encore un peu, et tu me persuades de me faire chrétien ! » Ce à quoi Paul répliquera : « Plaise à Dieu que, tôt ou tard, non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, vous deveniez tel que je suis – sauf les chaînes que voici ! » (Actes 26,28)
La troisième fois que nous trouvons le nom de “chrétien” c’est dans le passage de la lettre de saint Pierre apôtre que nous avons entendu lire tout à l’heure : « Si quelqu’un d’entre vous a à souffrir comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là » (1 Pierre 4,16).
Depuis le commencement, en effet, le nom de “chrétien” est associé à un témoignage qui trouve souvent contradiction et persécution. Et ceci en-core de nos jours où tant de chrétiens de par le monde, à cause de ce nom, soufrent la persécution et jusqu’à la mort. Tout près de nous, la mort vio-lente du P. Jacques Hamel, il y aura bientôt un an, a été un témoignage qui nous a révélé une vie, autrement discrète, de telle façon que pour son procès de béatification, commencé exceptionnellement tout de suite, c’est toute sa vie de “chrétien” qui est venue en lumière.
Être connus comme “chrétiens” est en fait pour nous une grande res-ponsabilité, en même temps qu’une immense grâce. À l’Évangile nous avons entendu le commencement de la prière de Jésus pendant son dernier repas avec les disciples avant sa passion, où il priait le Père « pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi » (Jean 17,9). « Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi » (Jean 17,11). Ainsi, tant que nous sommes dans le monde, notre vie de “chrétiens” nous la vivons portés par la prière de Jésus.
Que ce nom exprime toujours vraiment ce que nous sommes. Ou plu-tôt, devrions-nous dire, ce que nous travaillons à devenir. C’est lorsqu’il était conduit à Rome pour y souffrir le martyre, que saint Ignace, évêque d’Antioche justement, au début de deuxième siècle, écrivait : « C’est mainte-nant que je commence à être un disciple. Que rien ne m’empêche de trouver le Christ » (Romains 5,2).
Faisons nôtres les paroles d’une prière de la liturgie : « Donne Seigneur à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter ce qui est indigne de ce nom, et de rechercher ce qui lui fait honneur » (Oraison du 15e dimanche du Temps Ordinaire ).


2ème dimanche de Pâques (2017), homélie de frère Marie

 

« Voici le jour qu’a fait le Seigneur, nous dit le psaume, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie. »
C’est ce jour qui, dans la Pâques du Christ, inaugure la création nouvelle. Ce jour c’est le Christ lui-même qui nous éclaire, soleil de justice qui nous réchauffe de ses rayons de paix et de joie.
« Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. »Jn 8, 12

Dimanche dernier l’évangile s’ouvrait sur un tombeau vide qui n’avait pu retenir un corps, un corps perdu qui échappait à toute emprise des hommes, un corps qui déjà partageait la gloire du Père. L’évangile s’ouvre aujourd’hui sur un corps retrouvé, transfiguré. Jésus se manifeste au milieu de ses disciples, avec pour signature les marques de sa passion, marques glorieuses : « Jésus vint et il était là au milieu d’eux ». Jésus se manifeste dans un lieu, semble-t-il, aussi hermétique qu’un tombeau : « Par crainte des juifs les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillés. ». Jésus roule à nouveau la pierre de ce tombeau, lourde pierre qui se tient à la porte des cœurs : pierre de doute, de peur et de solitude.
La première chose que fait Jésus : « Il donne sa paix », signe d’une véritable réconciliation entre Dieu et les hommes.
En voyant le Seigneur les disciples furent tout à la joie : avec la paix, la joie, cette joie de la présence du Christ. Joie de cette relation que Jésus établit avec ses disciples, durable et sans fin.
Ces récits de résurrection ne parlent pas que d’évènements passés, ils nous parlent de nous, de notre Eglise aujourd’hui. Ils nous invitent à quitter nos raideurs, nos peurs, pour nous laisser habiter par cette joie et cette paix véritable du Christ qui nous rend témoins d’espérance, au milieu d’un monde sans cesse agité, troublé.
Le Christ ressuscité prémices d’une création nouvelle souffle sur ses disciples et leur envoie l’Esprit Saint. Le Christ associe ses apôtres à l’expansion de cette nouvelle création par le renouvellement des cœurs, par le don de l’Esprit et le pardon des péchés.
La présence du Christ établi un nouveau corps, celui des croyants, l’Eglise dont nous sommes membres.
Chaque fois que nous approchons des sacrements de l’Eglise, nous approchons de ses plaies vivifiantes et du don de l’Esprit de Vie. En soufflant l’Esprit Saint sur ses disciples au jour de Pâque Jésus accomplit l’Alliance définitive. La communication de l’Esprit Saint ouvre aux hommes de tous les lieux et de tous les temps la porte du pardon et de la réconciliation.
Mais le défi est grand pour les disciples, ils sont appelés à représenter le Maître, ils sont envoyés par lui au même titre que le Père l’avait envoyé. Ils sont convoqués et ils convoquent par leur mission à une attitude de vérité, à un choix entre lumière et ténèbres, accord exigeant avec l’amour de Dieu que l’Esprit répand en nos cœurs.
Cet Amour duquel nous sommes renés entraine un autre regard sur l’homme, un autre regard sur l’autre. Dès lors tout ce qui nourrit la haine, l’exclusion, la non-reconnaissance de l’autre, la division, est privation de vie : « Quiconque hait son frère est un homicide, et aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui » nous avertit St Jean.1 Jn 4, 19-21
La haine, les calculs égoïstes et le mensonge empêchent la vie, illuminée par le souffle de l’Esprit, de croître et de se manifester. Le disciple est en chemin pour ressembler à son Maître.
« Vous avez revêtu l’homme nouveau, nous dit St Paul, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur. » Col 3, 10
C’est cette réalité, idéal de l’Eglise, que la première communauté de Jérusalem essaie de mettre en œuvre à travers le souci des uns des autres, par la communion dans le pardon et le partage des biens, à travers la communion dans la fraction du pain, l’Eucharistie, la communion dans le partage de la prière et de la parole de vie par le témoignage des apôtres. Cette image de la première communauté, est comme une graine semée à tout vent de l’Esprit, en tout terrain de ce monde, semée dans tout ce qui habite et compose le cœur des hommes. Mais semence du royaume qui ne cesse de continuer sa croissance, à travers même les divisions, car elle est fondée sur le Christ vainqueur, qui sans cesse attire et provoque à l’unité.
L’évangile de ce jour nous présente l’apôtre Thomas voulant vérifier les plaies du Sauveur, s’assurer par lui-même de la réalité de ce Jésus ressuscité.
Nous avons beaucoup de points communs avec Thomas, entendre ne nous suffit pas, nous voulons éprouver, comprendre, pour risquer la foi. Mais paradoxalement ce dialogue entre Jésus et Thomas nous dégage du danger de l’emprise des signes, ou de la restriction des preuves sensibles. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
C’est le Christ qui témoigne de lui-même dans le cœur de ceux qui désirent le connaître, et l’Esprit Saint lui-même, sans se lasser, anime notre désir.
Ce qui fait signe c’est la longue chaîne des témoins à travers les âges et les diverses nations, qui incarnent l’Eglise et les appels de l’Esprit au cours des temps et pour qui le Christ est une réalité vivante au cœur de leur vie et de leurs engagements. A nous de continuer cette longue chaîne de témoins.

 


Jour de Pâques, homélie du Père Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

En ce dimanche de Pâques, alors que depuis cette nuit nous célébrons la Résurrection du Christ, il ne nous reste plus qu’à vivre l’essentiel pour devenir des hommes nouveaux. Si le Christ est vraiment ressuscité, alors notre vie ne peut plus être la même. Si la résurrection du Christ n’est pas qu’une image, une allégorie, un mythe ou une légende mais l’irruption de la plénitude de la vie dans la chair du Christ, lui qui est passé par la mort, alors nous ne pouvons plus regarder le monde, notre vie et notre propre corps lui aussi destiné à la gloire de la même manière.

Voici qu’en ce matin de Pâques, Pierre et l’autre disciple courent au tombeau à l’annonce de Marie Madeleine pour trouver celui-ci vide. Ils voient et ils croient. A leur suite et sur leur témoignage nous croyons que le Christ est victorieux de la mort et que la vie éternelle nous est donnée puisque par le baptême, nous sommes passés par le mort et que notre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Si le christ est vraiment ressuscité, nous n’avons plus aucune crainte à avoir puisque plus rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Demandons au Ressuscité d’ouvrir notre cœur à cette nouveauté pour que plus rien ne puisse nous troubler. Depuis les origines les disciples du Christ n’ont cessé de se rassembler parfois au péril de leur vie en ces jours mais aussi chaque dimanche pour célébrer cette vie qui leur est donnée. Sans célébrer la résurrection, sans nous réunir pour communier à sa vie, sans partager la Parole et le Pain, nous ne pouvons pas vivre en plénitude. En ce matin où nous célébrons la vie, sentons nous en communion avec toute l’Église répandue sur la surface de la terre qui célèbre la résurrection au milieu des épreuves dans de nombreux endroits. Il n’y a rien de plus urgent, de plus essentiel que de nous engager sur cette voie tracée par le Christ qui nous pardonne nos péchés. Tous les instants de notre vie, toutes les réalités de ce monde, tous les liens que nous tissons sont appelés à être pénétrés et transformés par cet amour plus fort que la mort, par la puissance du don total. Nous devons sortir d’une logique de consommation et le monde où nous vivons voudrait nous persuader que tout même notre corps ou nos relations interpersonnelles sont des biens consommables pour entrer dans la logique de la communion qui est celle de la Résurrection. C’est cela rechercher les réalités d’en haut. Ce n’est pas vivre dans un monde irréel mais dans le monde de la vie donnée et partagée, dans le monde où chaque instant de notre vie nous ouvre sur l’éternité à cause du Christ.

Alors plus rien ne peut nous troubler car, en contemplant celui était mort et qui est vivant nous comprenons que tout même le péché, même la mort peut être grâce à lui un chemin vers le Père.


Nuit de Pâques, homélie du Père Abbé Vladimir

Chers frères et Sœurs,

« Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers ». « O nuit du vrai bonheur, nuit où le ciel s’unit à la terre, où l’homme rencontre Dieu ».
Ce que le diacre a chanté devant le cierge pascal, nous sommes invités à le vivre. Puisque le Christ est ressuscité des morts, nous sommes unis à sa mort par le baptême pour vivre d’une vie nouvelle. Le Dieu vivant est à nos côtés pour renouveler nos vies et faire de nous ses témoins. Cette nuit, nous rendons grâce pour la lumière de la résurrection qui donne sens à nos vies. Cette lumière nous est parvenue par le témoignage des femmes et des apôtres. Elle nous est parvenue par le témoignage de Paul, le dernier auquel le Seigneur s’est manifesté comme à l’avorton. Elle nous parvient par le témoignage d’une nuée de témoins qui dans leur vie comme dans leur mort ont manifesté la toute puissance de l’amour de Dieu qui est plus fort que la mort. Ce témoignage peut sembler fragile et menacé mais c’est dans sa faiblesse, comme le Christ sur la croix, qu’il est fort. C’est à cette lumière que nous lisons les Écritures pour discerner le chemin de nos vies à la suite du Christ. Il nous a fait renaître par l’eau et par l’Esprit Saint comme nous allons en faire mémoire en renouvelant notre profession de foi baptismale. Ce que nous célébrons en cette nuit, c’est notre engagement à vivre d’une vie nouvelle, celle du royaume en abandonnant ce qui, en nous, peut encore être force de mort. Nous rendons grâce avec toute l’Église pour les eaux du baptême où beaucoup vont renaître cette nuit.
Seigneur ressuscité, renouvelle notre vie à sa source dans ces mêmes eaux. Seigneur regarde avec amour en cette nuit ton Église et chacun d’entre nous pour que nous portions ton témoignage jusqu’aux extrémités de la terre, cette Galilée des nations dont parlent les Écritures.
Contemplons l’Agneau véritable. En mourant il a détruit notre mort, en ressuscitant il nous a rendu la vie. Nous sommes invités à suivre l’Agneau partout où il va. Il nous conduira jusqu’aux festins des noces dont cette nuit est une anticipation. Rendons grâce pour le pain et le vin. C’est sous ces apparences que le Seigneur Ressuscité va se donner à nous pour nous transformer. Offrons nous à lui avec tout ce qui est déjà lumière en nous mais aussi avec tout ce qui est encore obscur. Comme le chante le psaume : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. Tu prépares la table pour moi, ma coupe est débordante ». Voici que le seigneur, en cette nuit sainte, nous invite à la table du Royaume, au banquet de la foi. Alors qu’il se donne à nous, lui le Vivant pour les siècles des siècles, Lui qui s’est déjà donné dans sa mort, répétons ses paroles pour nous inviter à les mettre en pratique : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Oui cette nuit est celle du don. Rendons grâce à Dieu pour tous ses dons.
Que le Christ, le Fils de Dieu ressuscité, revenu des enfers répande sur les humains sa lumière et sa paix lui qui règne pour les siècles des siècles.

 


Vendredi Saint, homélie du P. Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

Puisque tout est accompli et que le sauveur a remis l’esprit, restons dans la contemplation du côté percé d’où sont sortis l’eau et le sang. Soyons comme la colombe au creux du rocher, celle dont parle le Cantique des Cantiques qui prophétisait ce moment où s’accomplirent les Écritures quand tous les hommes regarderont celui qu’ils ont transpercé.
« Ma colombe, cachée au creux des rochers. Montre moi ton visage, fais-moi entendre ta voix ». Saint Bernard contemplant cette scène avec les yeux du cœur nous dit que ces creux du rocher sont les plaies du Christ par lesquelles s’écoulent la miséricorde :
« Pour ma part, ce qui manque en moi, je le puise hardiment dans les entrailles du Seigneur car elles débordent de miséricorde et les trous ne manquent pas, par où cette miséricorde peut se répandre. Ils ont percé ses mains et ses pieds, ils ont transpercé son côté d’un coup de lance. Par ces ouvertures, il m’est facile de goûter et de voir combien le Seigneur est doux ». Voici que, par la Croix, nous pouvons librement nous tourner vers Dieu.
Un seul et le même pour tous a été trahi et livré, jugé et condamné, juste par des injustes. Un seul a subi pour tous la flagellation, la couronne d’épines et le manteau pourpre. Ils ont tiré au sort son vêtement et l’ont abreuvé de vinaigre. Il a été percé au côté pour faire jaillir un torrent de miséricorde. « De son sein coulent des fleuves d’eau vive ». Oui cette Passion qui est une passion d’amour est assez puissante pour abolir tous les genres de péchés.
Le Christ prend sur lui l’universelle misère humaine et c’est à travers elle qu’il nous ouvre un accès au Père. Il rejoint dans sa passion tous les hommes, ceux qui se croient abandonnés par Dieu, ceux qui ne le connaissent pas, ceux qui le rejettent pour leur offrir le salut. Nous contemplons l’Église née du côté du Christ endormi sur la Croix offrant ce salut puisé à sa source.
Comme une épouse, l’Église par la voix de chacun d’entre nous répond au Christ en le priant pour tous les hommes. Élargissons notre prière aux dimensions du monde avant de vénérer le bois qui a porté le salut du monde et qui devient pour tous les hommes et pour chacun d’entre nous comme un pont pour nous permettre de sortir de notre enfermement, de notre violence, de nos passions. Oui rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ auquel nous sommes invités à communier par tout nous-même.

 


Jeudi Saint, homélie du P. Abbé Vladimir

 

Chers Frères et Sœurs,

Les 3 lectures que nous venons d’entendre ont en commun de nous inviter non à une simple répétition mais à une célébration et une actualisation du salut. Elles nous invitent à nous ouvrir au salut qui nous est donné à travers des gestes et des paroles du Christ que nous rapportent les Écritures. Elles nous proposent de recevoir la charité et la vie qui viennent de Dieu.
« Ce jour-là sera pour vous un mémorial » dit déjà le passage de l’Exode que nous venons d’entendre. « Vous devez vous laver les pieds les uns les autres » dit le Seigneur Jésus dans l’Évangile et Saint Paul nous rappelle les mots mêmes du Christ instituant l’Eucharistie : « Faîtes cela en mémoire de moi ». Nous ne sommes pas réunis ce soir en communion avec toute l’Église pour célébrer le passé mais pour vivre une grâce toujours nouvelle, toujours vivante et agissante.

Et voici que ce soir nous célébrons la chose la plus étonnante du monde, celle qui renverse toutes les barrières et abat tous les murs de séparation. La nuit où il était livré, alors que le diable avait déjà mis dans le cœur de Judas l’intention de le livrer, au moment où la puissance du mal semblait atteindre son maximum, le Seigneur Jésus aimant jusqu’au bout se donne totalement pour unir les hommes à lui et les rassembler. Au cœur de la célébration de la Pâque que la lecture de l’Exode évoque, il accomplit la loi, il fait toutes choses nouvelles et vient pour libérer définitivement les hommes de la haine, de la violence et de toutes les passions. Il donne son corps qui est pour nous. Il institue la nouvelle Alliance en son sang puisque c’est par amour pour nous qu’il va le verser. Il dépose ses vêtements et manifeste pleinement qu’il est serviteur, prêt à déposer sa vie pour ses amis, pour tous les hommes. C’est bien le même mystère qui est révélé par l’institution de l’Eucharistie et celle du lavement des pieds. En rétablissant la communion le Christ fait de nous un corps, son corps. En déposant son vêtement, le sauveur annonce qu’il est déjà en train de passer par la mort pour nous donner la vie. Et c’est cette vie donnée par Dieu qui nous unit à lui et les uns aux autres . Voilà ce qui surgit au cours de cette nuit où le Seigneur va être livré à ceux qui croient pouvoir le détruire. Voilà ce que nous, les chrétiens, célébrons à chaque eucharistie en en recevant le fruit, proclamant la mort du Seigneur comme gage de son amour jusqu’à ce qu’il revienne.
Mais ce soir, nous le célébrons d’une manière toute particulière en y associant le lavement des pieds qui est à la fois sacrement du service et du pardon des péchés. Avoir part avec Jésus, c’est à la fois accueillir la réconciliation qui vient de Dieu et nous mettre au service les uns des autres dans le même élan d’amour total que lui. Il y a dans l’eucharistie, un exemple, une règle de vie qui est celle du don de soi-même pour le service et celle du partage. « Si nous savons cela, heureux sommes-nous pourvu que nous le mettions en pratique ». Voilà que le Sauveur nous montre le chemin pour résister au mal, le chemin de l’amour partagé jusqu’au bout. C’est ce que nous allons signifier par le lavement des pieds.

 


Semaine sainte lundi, homélie frère Marie

Jean 12, 1-11 ; Isaïe 42, 1-7
A l’orée de sa passion, lors d’un repas dans la maison de Lazare, Marthe et Marie, Marie s’approche de Jésus avec un flacon de parfum précieux, un nard très pur pour oindre les pieds de Jésus et les essuyer avec ses cheveux ; ce n’est peut-être pas pour rien le mot grec utilisé par Jean pour désigner cette pureté, a la même racine que le mot foi.
A travers ce geste Marie exprime non seulement la reconnaissance envers Jésus d’avoir relevé son frère Lazare d’entre les morts, mais exprime aussi en anticipation la profondeur de sa foi et de son amour envers lui. Lui qui ne faiblira pas et établira le droit sur la terre, annonce Isaïe.
Judas se scandalise de ce que ce parfum très coûteux soit ainsi gaspillé, alors qu’on pourrait en tirer un bénéfice utile en le vendant.
Ce nard très pur nous dit quelque chose de la gratuité de l’amour, le cœur de Marie discerne et exprime cette gratuité. Cela nous parle aussi dans une société où tout doit-être utile, rentable, efficace et marchand, jusqu’à la notion de service qui devient un éventail de prestations monnayables.
Jésus donne un sens prophétique à cette onction : Laissez-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement.
Car le véritable flacon de nard pur qui va être bientôt brisé, c’est Jésus lui-même.
Lui qui ne brise pas le roseau froissé, va être brisé sous les coups de la passion, écartelé sur la croix et mis au tombeau. De ce vase pur va se répandre sur l’humanité le parfum très pur de l’amour divin, un parfum sans prix, un parfum gratuit qui donne vie à travers la foi en sa résurrection.
Oui, que notre foi dans la célébration de ces jours saints se laisse imprégner par la bonne odeur du Christ qui va se répandre sur nous. Et devenons nous-mêmes onction fraternelle les uns pour les autres.

 


Dimanche des Rameaux A, homélie du Père Abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

Voici que nous étions avec le sauveur sur les pentes du mont des Oliviers. Le prophète Zacharie avait annoncé qu’aux derniers temps, les pieds du Seigneur se poseraient sur le mont des oliviers qui fait face à Jérusalem à l’Orient et que celui-ci se fendrait pour devenir une immense vallée[1]. Mais Zacharie prophétisa aussi comme le rappelle le texte de Mathieu que nous venons d’entendre: « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi. Il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse [2]». Au début de cette célébration,  nous sommes descendus avec des cris de joie accompagnant notre Roi et notre Dieu, en union avec toute l’Église pour célébrer le salut et la réconciliation, pour en faire mémoire puisqu’aucun des évènements de la Passion du Christ n’est pour nous sans sens ni efficacité.

Nous contemplons Celui que l’Écriture appelle le plus beau des enfants des hommes. Ici on l’acclame : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ». Là son âme est triste à en mourir : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ». Là encore, les foules réclament sa mort, les soldats crachent sur lui, les passants l’injurient lorsqu’il est sur la Croix ; jusqu’au deux crucifiés avec lui qui l’insultent.

Ici, on le reçoit dans Jérusalem comme le roi juste et sauveur ; là il en est chassé comme un criminel et un imposteur. Mais il est bien du commencement à la fin Un et le Même, Notre Dieu, le Verbe fait chair, le Fils bien aimé, venu chercher la brebis perdue et malade pour la prendre sur ses épaules.

Saint Paul nous a décrit cela avec d’autres mots dans la lettre aux Philippiens : « Le Christ Jésus ayant la condition de Dieu s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la Croix ». Et pour nous apprendre que l’on descend par l’élèvement et que l’on monte par l’humilité[3], il est Roi sur un petit âne symbole de paix et il resplendit jusqu’à aujourd’hui du haut de la croix.

Seigneur Jésus que ton visage apparaisse glorieux ou humilié, toujours on y voit luire la sagesse, dans les tristesses comme dans les joies. Tu es la joie et le salut de tous qu’ils te voient monté sur l’âne ou suspendu au bois de la croix.

En célébrant ta Passion qu’elle soit pour nous un exemple. Fais nous bruler du même désir que toi du salut de tous, de la réconciliation de tous, du partage et de la communion avec tous.

Exultons de joie avec Jérusalem. Beaucoup de voix se font entendre pour parler de division, de différences irréconciliables, de guerres et de haine. Écoutons encore ce que Zacharie avait annoncé après t’avoir montré humble, monté sur un âne : «  L’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations [4]» En te contemplant défiguré en ces jours, faisons résonner dans notre chair toutes les souffrances des hommes.


[1] Zacharie 14, 4

[2] Zacharie 9, 9

[3] Règle de Saint Benoît 7, 7

[4] Zacharie 9, 10

 


5ème dimanche de carême – A, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, est-ce que nous voyons, ou sommes-nous aveugles ? Parce que Jésus est venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles.
L’erreur des pharisiens qui écoutaient Jésus c’est que, du moment qu’ils disent : ‘Nous voyons !’, leur péché demeure.
Voici que les homes qui avaient voulu être comme des dieux, connaissant le bien et le mal (Genèse 3,5), maintenant disent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Il faut donc plutôt que nous reconnaissions que nous ne voyons pas, pour que nous puissions voir.
Dans une hymne de ce temps de carême, nous chantons : “Comme à l’aveugle, ouvre mes yeux / Afin que je voie ta lumière.” (Hymne aux Vigiles le dimanche)
Voici qu’un aveugle de naissance nous montre le chemin ! « Afin que je voie ta lu-mière. » C’est seulement “sa” lumière, la « lumière du Christ » que nous acclamerons au commencement de la Veillée pascale, ce qui peut faire que nous voyions.
Mais quelle est cette lumière ? Saint Paul écrit : « Dieu qui a dit : Du milieu des té-nèbres brillera la lumière, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la con-naissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2 Corinthiens 4,6).
Ce n’est donc pas la connaissance du bien et du mal ce qui peut faire que nous voyions, mais la connaissance de la gloire de Dieu qui rayonne sur le visage du Christ. N’est-ce pas sur le visage du Christ que se sont ouverts les yeux de l’aveugle de naissance ?
Mais, comment pourrons-nous accéder à cette connaissance ? Il faut que, comme l’aveugle, Jésus nous voie sur son passage. Il nous faut être près de Jésus, comme le larron crucifié avec lui.
La même hymne où nous chantons : “Comme à l’aveugle, ouvre mes yeux / Afin que je voie ta lumière”, dit aussi : “Comme du larron, prends pitié, / Dans ton royaume, sou-viens-toi.”
Il était bien lui de ceux qui ne voient pas, pour lesquels Jésus est venu en ce monde. C’est pourquoi, crucifié avec Jésus, il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Et Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23,42-43). Voici qu’il entrait au Paradis dont avait été chassé Adam, qui voulait connaître le bien et le mal.
Jésus est venu en ce monde pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles, comme il est venu non pas appeler des justes, mais des pé-cheurs (Matthieu 9,13).
Cherchons la compagnie de l’aveugle de naissance et du larron. C’est le chemin qui même à l’illumination du baptême. C’est le chemin du carême par lequel nous nous hâtons avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. C’est toujours notre chemin, avec les pécheurs et les publicains dont Jésus était accusé d’être l’ami (Matthieu 11,19 ; Luc 7,34).
« Sous la conduite de l’Évangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume » (Règle de saint Benoît Prologue, 21).

 


21 mars – Trépas de saint Benoît, fête, homélie de frère Bartomeu

 

Chers frères et sœurs, bien que, dans le calendrier général, saint Benoît soit fêté le 11 juillet – avec une solennité spéciale en Europe dont il est la saint Patron – dans les monastères nous avons gardé aussi la date traditionnelle depuis l’antiquité en laquelle nous faisons mémoire de son trépas. Et cette célébration nous accompagne d’une façon spéciale dans notre chemin vers la Pâque.
Dans sa mort, comme nous la reporte saint Grégoire le Grand, nous le voyons rendre le dernier souffle à l’oratoire du monastère, ayant reçu le Corps et le Sang du Seigneur, en-touré de ses disciples qui soutenaient de leurs mains ses membres affaiblis, et prononçant des paroles de prière. Tout est important : rendre le dernier souffle à l’église, ayant reçu le Corps et le Sang du Seigneur, être débout soutenu par ses disciples, mourir en priant. C’est bien là la mort d’un moine. Et la vision qu’ont eue deux frères qui n’étaient pas présents à sa mort nous parle d’une voie par laquelle Benoît, le bien-aimé de Dieu, est monté au ciel, toute illuminée de lampes innombrables, vers l’Orient (Grégoire le Grand, Dialogues II cha-pitre 37). L’Orient, d’où nous vient la lumière, a été vu par les chrétiens comme un symbole du Christ. Rappelons-nous l’antienne que nous chantons à l’approche de Noël : « Ô Orient, splendeur de la lumière éternelle, Soleil de justice, viens éclairer ceux qui se tiennent dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. » Orient qui, alors que nous avançons vers la Pâque, se fait de plus en plus présent par la lumière croissante des jours.
C’est dans cet ensemble de signes qu’aujourd’hui nous avons écouté dans la lecture de l’évangile un morceau de la prière de Jésus lors de la dernière cène, comme déjà un avant-goût de la célébration de plus en plus proche de la Pâque. Et cette prière était un appel pressant à l’unité : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. »
Un appel qui trouve un écho spécial dans la Règle de saint Benoît, qu’il a écrite pour ce qu’il appelle la si puissante catégorie des cénobites, c’est-à-dire les moines qui vivent en commun, et combattent sous une règle et un abbé (Règle de saint Benoît 1,13 et 2). Et à la fin de la Règle, comme le sommet de notre vie au monastère, il nous exhorte à pratiquer avec un très ardent amour le bon zèle qui sépare des vices et mène à Dieu, et qui consiste à nous honorer mutuellement avec prévenance, à supporter avec une très grande patience les infirmités d’autrui, tant physiques que morales, à nous obéir à l’envi, à ne rechercher ce que nous jugeons utile pour nous, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui… C’est ainsi que nous craindrons Dieu avec amour et que nous ne préférerons absolument rien au Christ, qui nous amènera tous ensemble à la vie éternelle (Règle de saint Benoît 72). Oui, tous ensemble !
Alors nous pourrons comprendre que c’est aussi pour nous que Jésus a prié : « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. »
Avec cet idéal, à la suite de saint Benoît, portés par la prière de Jésus, attendons la sainte Pâque – comme nous y invite encore saint Benoît – avec la joie du désir spirituel (Règle de saint Benoît 49,7).

 


1er dimanche de Carême, homélie du Père abbé Vladimir

« Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains »

Chers Frères et Sœurs,
La liturgie de ce dimanche nous invite à progresser dans la connaissance de Jésus Christ lui qui est l’Unique par qui nous vient le salut et nous pouvons le faire en marchant pas à pas avec l’Évangile.
Jésus qui a été proclamé Fils bien aimé au Jourdain alors que l’esprit descendait sur lui comme une colombe est conduit au désert par ce même Esprit pour être tenté. C’est comme Fils de Dieu qu’il est tenté et ses tentations nous révèlent, nous qui sommes des fils par le baptême, sur quel chemin nous devons avancer.
« Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains »
Comme fils, le Sauveur reçoit tout du Père. C’est dans son lien avec son Père qu’est sa vie. C’est par un don du Père que vient toute vie. Au désert, Israël avait reçu la manne pour apprendre que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. Jésus manifeste que sa nourriture est de faire la volonté du Père, que sa vie est dans l’obéissance. Il nous montre ainsi le chemin. Comme le dit la Règle de Saint Benoît, nous sommes des fils qui retournent par le labeur de l’obéissance à celui dont nous nous étions éloigné par la lâcheté de la désobéissance. La vraie nourriture est celle de l’écoute qui nous révèle que nous ne sommes pas le centre de tout et nous délivre de la convoitise. Ouvrons nous à l’écoute de Dieu, l’écoute de sa parole et l’écoute de nos frères.
« Si tu es fils de Dieu, jette toi en bas »
Jésus, comme Fils, nous enseigne à imiter le Père qui fait lever le soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Nous ne pouvons le faire, comme lui, que par la miséricorde et l’humilité. Le Seigneur s’abandonne au Père qui le tient dans sa main tout au long de sa vie pour donner la vie nouvelle, la vie éternelle à l’homme par le don de lui-même. C’est ce qu’explique la lettre aux hébreux : « Tout Fils qu’il était, il apprit, de ce qu’il souffrit l’obéissance. Après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel ». Jésus manifeste qu’il est le Fils Unique en refusant une toute puissance illusoire. Comme il le dit aux apôtres en leur apparaissant une dernière fois après sa résurrection, il recevra du Père tout pouvoir au ciel et sur la terre mais ce sera après avoir gouté de la mort pour nous. Son royaume n’est pas de ce monde et il n’y a en lui rien de commun avec cette fausse autorité proposée par celui qui divise. Apprenons du Sauveur à être doux et humbles de cœur, non pas exactement comme lui, mais en assimilant son exemple pour le faire notre et pour en vivre.

Chers Frères et Sœurs,
Dans le combat du Christ au désert, nous recevons comme un sacrement c’est à dire un signe efficace pour avancer dans le désert. Mettons nous à son école pendant ce temps de carême pour rendre en nous plus vivante la grâce de notre baptême, celle des fils, dans l’écoute, l’humilité et la miséricorde

 


Mercredi des Cendres, homélie du Père abbaé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

Il y a trois colonnes qui soutiennent le monde, l’aumône, la prière et le jeune. C’est ce que nous venons d’entendre réaffirmer par le Sauveur dans l’Évangile. Lui qui vient non pas abolir mais accomplir reprend ce qui est déjà dans la tradition juive, la loi, les prophètes et les psaumes. C’est d’ailleurs ce que proposent avec des nuances toutes les traditions religieuses et en elles nous pouvons nous rencontrer, collaborer entrer en communion.
Mais Celui qui fait toutes choses nouvelles, nous fait aussi le don de ces fondements de notre vie de manière nouvelle : « Ne soyez pas comme les hypocrites qui cherchent à se faire remarquer. Ton Père est là dans le secret ». L’aumône, la prière et le jeune sont comme un don pour nous relier au Père, la manifestation d’un amour qui ne vient pas de nous mais qui donne sens à tout. Laissons nous réconcilier avec Dieu, gratuitement pour soutenir le monde.
Recevons l’Écriture comme un don où nous rencontrons le Christ vivant, un don d’où jaillit la prière. Recevons le jeune comme un don pour manifester que nous sommes tous sous la miséricorde, et que pécheurs nous sommes sauvés par Celui qui n’a pas connu le péché et a pourtant été identifié à lui pour que nous devenions justes de la justice même de Dieu. Le jeune devient ainsi un merveilleux instrument de communion qui nous fait accueillir les autres et le monde tels qu’ils sont dans leur fragilité avec action de grâce et respect. Recevons les autres comme un don, une invitation à ouvrir notre cœur, une bénédiction non une menace. L’aumône, c’est comme une dette que nous remboursons. C’est comme le dit le Pape François se mettre dans les souliers des autres et regarder une misère que j’ai aussi en moi.

Voici le temps favorable comme le dit la liturgie pour ouvrir notre cœur aux dimensions du monde.

 


8ème dimanche ordinaire A, homélie de frère Marie


Is 49, 14-15 ; Ps 62, 2-3.8.9 ; 1 Co 4, 1-5 ; Mt 6, 24-34


De notre évangile de ce jour je retiendrai ce verset comme base de notre méditation :
« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice »Mt 6, 33
Ce sur quoi nous interpelle Jésus en cet évangile, c’est bien sur cette notion de primauté, de ce qui vient d’abord et qui donne sens et finalité à notre vie. Pour signifier cela que nous dit-il ? Vous ne pouvez servir deux maîtres, vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. Ou bien on haïra l’un et aimera l’autre, ou bien on s’attachera à l’un et on méprisera l’autre.
L’idée biblique de service renvoie à une appartenance, à une disponibilité totale envers celui que l’on sert. Appartenir c’est être attaché à quelqu’un, et aimer, dans le sens biblique, avant d’être une affaire de sentiment est une mise à disposition totale dans le service de l’autre, une attention qui nous engage. De même la notion de haïr, ne signifie pas d’abord une réaction passionnelle, mais signifie premièrement l’idée de se détacher, de devenir indifférent à l’égard de quelqu’un. Donc ne plus l’aimer , ne plus s’en occuper ; haïr c’est dénier l’existence de l’autre, on le rejette hors de notre horizon de vie.
On comprend mieux ainsi le choix que Jésus pointe quand il nous dit, vous ne pouvez aimer deux maîtres.
Ce que nous dit encore Jésus, c’est que pour choisir et s’engager il faut sortir de la confusion, et pour cela il faut en premier lieu prendre, ou reprendre, conscience du don merveilleux qui nous est fait : le don de la vie et le don de la création qui nous entoure, le don aussi que nous sommes, ou que nous devrions être, les uns pour les autres. Il se trouve d’ailleurs que bien souvent cette prise de conscience passe par des confrontations à nos fragilités ou à nos impuissances. Une prise de conscience qui, de façon parfois obscure nous fait aspirer à Dieu, dans l’espérance d’un secours et d’une libération comme cette parole du Psaume : « Je n’ai de repos qu’en Dieu seul car mon salut vient de lui. Lui seul est le rocher qui me rendra inébranlable » Ps 62

Il nous faut sortir de la confusion entre la fin et le moyen ; l’évangile remet clairement les choses à l’endroit, l’argent est un moyen et non une fin en soi. Dieu est notre fin, la vie qu’il nous donne est le véritable chemin de notre bonheur. L’argent, comme tout ce que nous pouvons posséder, est un moyen pour servir la vie et non pour l’asservir.
Si l’argent, comme le bien-être matériel, devient une fin en soi, il devient une idole redoutable aux pieds de qui on immole, et les créatures, et la création. Car les créatures et la création deviennent des moyens pour servir la convoitise de l’argent et du pouvoir. D’aucuns nous diront qu’à travers cela nous fuyons l’angoisse de la mort, mais la réalité c’est que nous sommes par nous-mêmes bien impuissants à l’enrayer et on use de bien des substrats pour nous anesthésier.
Par ce genre de soucis, nous dit Jésus, nous n’ajouterons pas une longueur à notre vie. Les publicités et les propositions alléchantes de tous bords, comme bien d’autres choses, nous chantent cela à longueur de jour, santé, insouciance, bonheur : « Confiez vos placements à tel ou tel banquier et vous vivrez tranquille et heureux », le tout illustré d’une poignée de main et d’un sourire béat et confiant. Un philosophe répondait avec humour et justesse lors d’un débat sur cette science montante du transhumanisme : « Admettons que la technologie supprime l’angoisse de mourir, restera l’angoisse de tomber en panne ».
Le paradoxe c’est que dans tout cela la vie, ou l’engagement envers la vie devient gênant, contraignant, et donc on en vient à un bonheur égoïste, individuel, qui finalement rejoint la notion de haine, on exclue ce qui nous demande trop de nous-mêmes pour le bien d’autrui. Et pourtant c’est par autrui que notre vie se révèle et prend du sens.
Il y a vraiment un hiatus entre une vision d’un bonheur matériel et éphémère et un bonheur qui puise sa richesse dans la présence et la promesse du Christ, mort et ressuscité pour nous et qui achemine notre humanité vers sa plénitude. « Je suis venu non pour être servi, mais pour servir, nous dit-il…et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Voici l’engagement du Christ envers l’humanité, envers son Père des Cieux et envers nous. Nous transmettre la vie pour laquelle nous sommes faits.
Cependant à l’écoute de notre évangile, ne nous y trompons pas, Jésus ne nous demande pas de vivre comme l’oiseau sur la branche, ou d’amour et d’eau fraîche. Les paroles de Jésus ne nous enseignent ni une confiance passive, ni le mépris des besoins du corps, ni un optimisme insouciant, mais il nous oriente vers l’essentiel, découvrir les trésors cachés de notre humanité, telle qu’elle est voulue et désirée par Dieu, une humanité qui trouve son origine et sa plénitude dans le don. La merveille des merveilles que l’homme doit à Dieu seul, c’est la vie.
Rechercher le royaume de Dieu et sa justice, c’est nous porter, tendre sans cesse, vers ce que le Christ nous a révélé de la beauté et de la profonde dignité de notre humaine condition, car nous sommes inscrits dans le cœur et les entrailles de Dieu, le Christ nous y a inscrits à jamais.
Notre justice est vraiment de nous servir les uns les autres, par tous les dons et les moyens que Dieu nous a procurés, notre justice est de nous aimer les uns les autres, par l’amour du Christ que l’Esprit Saint répand en nos cœurs, et qui nous enseigne à bien user de la création comme moyen de manifester et œuvrer à la manifestation du Royaume de Dieu, semé ici-bas et pleinement achevé avec le Christ, dans le partage de sa gloire, avec notre Père dans les Cieux.

 

 


6ème Dimanche du temps ordinaire A, homélie de frère Bartomeu


1 Corinthiens 2,6-10

 

Chers frères et sœurs, dans la célébration de l’eucharistie nous prêtons une attention spéciale à la lecture de l’Évangile, laquelle, bien sûr, a la plus grande importance. Cependant, la lecture des lettres de l’apôtre Paul est aussi très importante et nous devons l’écouter avec beaucoup d’attention. Depuis cinq dimanches, et encore jusqu’au commencement du carême, nous entendons la lecture de sa première lettre aux Corinthiens, en laquelle nous avons un enseignement très important sur notre vie de chrétiens.
Il y a deux dimanches, nous avons entendu : « regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puis-sants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages. » Et il con-cluait : « C’est grâce à Dieu que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemp-tion » (1 Corinthiens 1,26-31).
Et pour nous faire comprendre comment le Christ Jésus est cette sa-gesse venant de Dieu, dimanche dernier il disait : « je n’ai rien voulu con-naître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié », « pour que votre foi re-pose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Corinthiens 2,1-5). Voilà ce qui donnera sens à toute notre vie, quand elle pourra apparaitre comme une folie aux yeux des hommes.
Et tout à l’heure nous avons entendu que « la sagesse du mystère de Dieu », qui guide et soutient notre vie de chrétiens, sagesse de laquelle Dieu, par l’Esprit, nous a fait la révélation, est, « comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. » Voici la sagesse de ceux qui ne veulent rien connaître d’autre que Jésus Christ crucifie.
Dans la lettre de l’Église de Smyrne sur le martyre de son évêque saint Polycarpe, mort brûlé vif vers 155, nous trouvons ces paroles appliquées aux martyrs : « Bienheureux tous ces martyrs… Attentifs à la grâce de Dieu, ils méprisaient les tortures de ce monde… et des yeux de leur cœur ils regar-daient les biens réservés à la patience, biens que l’oreille n’a pas entendus, que l’œil n’a pas vus, auxquels le cœur de l’homme n’a pas songé, mais que le Seigneur leur a montrés, à eux qui n’étaient plus des hommes, mais déjà des anges » (Lettre de l’Église de Smyrne : martyre de saint Polycarpe II, 3).
Pourtant ces biens ne sont pas réservés exclusivement aux martyrs mais à nous tous, comme nous le dit saint Benoît lorsque, dans sa Règle des moines, après avoir proposé les instruments de l’art spirituel, il conclut : « Si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en servons, quand, au jour du juge-ment, nous les remettrons, le Seigneur nous donnera la récompense qu’il a promise lui-même : Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (Règle de saint Benoît 4,75-77).
Il nous faut donc, comme l’apôtre, « ne rien vouloir connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié ». Il faut que rien ne détourne de lui notre regard, que rien ne nous décourage, comme le disait un des Pères du désert des premiers temps du monachisme : « Celui qui cherche le Christ Seigneur garde sans cesse les yeux fixés sur la croix et passe par-dessus les scandales qu’il rencontre, jusqu’à ce qu’il parvienne au Crucifié » (Sentences de Pères du désert VII 35).

 


3éme dimanche A, homélie de frère Marie

 

Un écrivain a sorti il y a quelque temps un livre reprenant le titre : Le guide des égarés. Une méditation sur la longue quête humaine à travers les âges, de la pensée sur le sens de notre existence.

« Je suis là, j’existe – Nous sommes là, nous existons….c’est un étonnement, une stupeur, mais c’est comme ça. »[1] Nous participons tous à cette évidence qu’est la vie. Cette vie fragile, cette vie belle ou confuse, avec ses heurs et malheurs, avec ses lumières et ses ombres. Cette vie avec son bien et son mal, ses espoirs et ses désespérances. Cette vie à laquelle nous tenons tous et qui reste cependant un mystère, cette vie qui souvent semble nous échapper entre les doigts comme du sable, tout comme d’ailleurs la course de cet univers immense dont nous faisons partie. Si nous rejoignons la réflexion de notre penseur, qui reprend le titre d’un philosophe juif du moyen-âge[2] ; nous sommes des égarés, ou du moins c’est l’impression qui nous habite quand nous essayons de déchiffrer tout ce qui agite l’humanité dans le monde qui nous entoure.

Les égarés ont besoin de sens et de lumière.

C’est ainsi que commence l’évangile de ce jour : sur les égarés que nous sommes une lumière s’est levée, une lumière a resplendi qui a prodigué la joie. Une lumière qui a jeté ses premiers rayons sur le peuple d’Israël, mais sans dévoiler tout son mystère, et maintenant lumière révélé aux nations, à l’humanité entière.

Celle lumière confère à notre vie un don précieux qui se nomme l’espérance. Car autant notre vie et notre monde demeure en soi comme un mystère qui passe, autant le mystère de Dieu ne passe pas.

Ce mystère qui ne passe pas Jésus le nomme royaume des Cieux, un autre monde qui cependant s’approche et s’installe en ce monde. L’évangéliste St Jean jouera beaucoup sur ces mots, Jésus dit : « Père saint, désormais je ne suis plus dans le monde, eux, mes disciples restent dans le monde, tandis que moi je vais à toi…ils ont reçu ta parole, ils sont à toi, ils ne sont plus du monde mais je ne te demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du Mauvais ». Mieux encore : « Comme tu m’as envoyé, je les envoie dans le monde, afin qu’ils soient un comme nous sommes un »[3].

Et pourtant ce royaume Jésus l’instaure en passant. Nous pouvons être frappé par la dynamique de notre évangile, Jésus passe le long de la mer, tout semble aller vite, il passe, il voit Simon et André, il les appelle, ils le suivent. Il continue sa route, il passe près de Jacques et Jean, il les regarde, il les appelle, ils le suivent.

Oui, Jésus passe dans nos vies comme une lumière qui emporte tout.

Le feu de l’espérance qu’il allume dans le cœur de Simon, André, jacques et Jean, est le même feu qu’il allume dans nos cœurs, un feu qui nous fait changer de statut, nous ne sommes plus des égarés mais des pèlerins, des migrants. Il est vrai qu’en cette ‘migrance’ nous sommes souvent pris de la dance de St Guy[4]. Il faut toute la patience et la miséricorde du Christ pour nous tirer et nous relever, et les incessants gémissements de l’Esprit Saint pour nous pousser, et parfois il faut le dire, un peu malgré nous.

Jésus passe en ce monde, il est venue lumière dans d’en haut, dans le mystère de la naissance, dans le mystère de la chair, et il ressort dans le passage de la Pâque, dans la lumière de l’Esprit.

Mais Jésus ne passe pas comme le monde passe, ou comme nos vies semblent passer, non, Jésus demeure en nos vies, en nous faisant passer avec lui. Là se trouve toute la dynamique de ce royaume des Cieux auquel nous participons en tant qu’acteurs, et qui nous fait passer de la mort à la vie.

Comme le dit si bien, la 4ème prière eucharistique : « notre vie n’est plus à nous-mêmes, mais à celui qui est mort et ressuscité pour nous ». C’est lui le gage de notre vie, le gage de ce mystère qui nous habite et qui fait que nous ne sommes plus des égarés, mais des porte-parole en ce monde.

En recevant la parole d’Evangile, comme parole de vie, non seulement nous ne sommes plus des égarés, mais nous devenons à la suite des apôtres, pêcheurs d’hommes.

Pêcheurs d’hommes, en gardant présente à nos vies la vivante espérance qui nous habite et nous anime, cette vivante espérance de la folie de l’amour de Dieu qui se manifeste à nous en son Fils, qui sera lui-même pour toujours notre seul point d’unité.

Oui, Jésus passe, il nous regarde, il nous appelle, il nous met en route avec lui afin que nos vies ne soient pas stériles, que nous portions des fruits en abondance dont il est lui la vivante sève. Des fruits d’amour, de paix et d’unité, au cœur des fractures de notre humanité, de notre monde.


[1] Jean D’Ormesson, Le guide des égarés

[2] Maïmonide

[3] Jn 17

[4] Deux pas en avant, un pas en arrière

 


Fête du Baptême du Seigneur, homélie de frère Bartomeu

 

Isaïe 42, 1-4.6-7 — Actes 10, 34-38 — Matthieu 3, 13-17

Chers frères et sœurs, la fête d’aujourd’hui est comme l’aboutissement de la fête de Noël et de celle de l’Épiphanie, même s’il y en aura encore une der-nière, non moins importante : la Présentation du Seigneur au Temple, le 2 février.
Aujourd’hui ce ne sont plus les anges qui annoncent aux bergers la bonne nouvelle qu’un Sauveur nous est né, qui est le Christ, le Seigneur (Luc 2,9-11). Ce n’est plus une étoile qui guide les mages venus d’Orient jusqu’à Bethléem se prosterner devant le roi des Juifs qui vient de naître (Matthieu 2,1-11). C’est l’Esprit de Dieu qui descend comme une colombe et vient sur lui, et des cieux une voix dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »
Ces paroles sont un écho de celles du prophète Isaïe que nous avons entendues dans la première lecture : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. » Ce que nous confirme un autre passage de l’évangile selon saint Matthieu, où l’évangéliste nous dit : « Ainsi devait s’accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui je trouve mon bonheur » (Matthieu 12,17-18).
Les expressions « …en qui je trouve ma joie », « …qui a toute ma fa-veur », « …en qui je trouve mon bonheur », dans ces différents textes, tradui-sent en fait toutes la même idée, veulent exprimer les sentiments du Père pour son Fils bien-aimé et nous manifestent ainsi qui est celui qui est « venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui », « Jésus de Nazareth, à qui Dieu a donné l’onction d’Esprit Saint et de puis-sance » – comme nous avons entendu Pierre le dire à Césarée.
Or le baptême de Jésus par Jean annonçait le baptême de celui qui al-lait baptiser « dans l’Esprit Saint et le feu ». « Moi – disait Jean –, je vous bap-tise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Matthieu 3,11).
Et un jour Jésus dira : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Luc 12,49-50). C’est que le baptême de Jésus dans le Jourdain était un sacrement qui an-nonçait sa mort et sa résurrection et qui en même temps préfigurait notre propre baptême en son nom (cf. Actes 2,38 ; 8,12.16 ; 10,48 ; 19,5 ; 22,16), car c’est aussi de nous qu’il s’agit lorsque Jésus est baptisé par Jean dans le Jourdain et que la voix du Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »
La prière au commencement de cette liturgie résumait ce que nous cé-lébrons aujourd’hui en disant : « Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l’Esprit Saint reposa sur lui, tu l’as désigné comme ton Fils bien-aimé ». Et – en passant alors de lui à nous – la prière demandait : « accorde à tes fils adoptifs, nés de l’eau et de l’Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté. » Nés de l’eau et de l’Esprit, nous sommes devenus fils adoptifs avec celui qui est le Fils bien-aimé et nous sommes les « hommes qu’il aime », comme le chantaient les anges (Luc 2,14). Et c’est en notre condition de fils adoptifs nous demandons qu’il nous garde toujours dans sa sainte volonté, afin qu’en nous aussi il trouve sa joie, avec celui qui est son Fils bien-aimé.


Fête de l'Epiphanie, homélie du père abbé Vladimir

Chers Frères et Sœurs,

Voici que nous nous mettons en route avec les mages à la recherche de Celui qu’ils appellent le roi des juifs, que les grands prêtres et les scribes appellent le Christ ou Messie et qui est enfant dans une pauvre maison de Bethléem. Ce cheminement que nous faisons à leur suite, guidés par l’étoile est une marche dans la foi et une conversion. « Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Se prosterner, ce mot revient comme une antienne qui rythme ce récit, dans le désir des mages, dans la fausse promesse de ce tyran menteur et sanguinaire qu’est Hérode et dans la réalisation de la promesse dans la maison à Bethléem. Se prosterner. Dans l’épisode de la tentation au désert, un peu plus loin dans l’Évangile de Mathieu, Jésus s’opposera au diable en disant que cet acte est réservé pour Dieu seul. Nous aussi, comme le dit la collecte de cette messe, par la foi nous sommes amenés à reconnaître cet enfant comme la lumière pour toutes les nations, comme l’accomplissement de toutes les promesses et de toutes les attentes, comme le Fils Unique du Père éternel, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Nous le reconnaissons dans l’obscurité en attendant d’être conduits à la claire vision de sa splendeur qu’on ne perçoit maintenant que par l’amour. Prosternons nous devant lui.

« Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Si cette étoile peut évoquer la prophétie de Balaam où ce que dit Jésus de lui-même dans l’Apocalypse : « Je suis le rejeton de David, l’étoile radieuse du matin », elle évoque aussi la naissance des grands personnages dans beaucoup de récits de l’antiquité. Ici, il n’y a pas de grands personnages hormis peut-être Hérode, tyran trompeur et menteur. C’est par le chemin de l’humilité que les mages devront passer pour reconnaître le roi des juifs dans cet humble enfant qui ne manifeste aucun des signes de la puissance et de la royauté.
Nous aussi, par la foi, en adhérant au seul Verbe devenu petit enfant, nous le reconnaissons le Roi des Juifs, le Messie, le Dieu fait homme qu’il soit dans l’humilité de la crèche ou sur l’ignominie du bois de la Croix. Hérode ne l’a pas reconnu car il ne peut le voir que comme un rival et est trop jaloux de son pouvoir. Les soldats ne l’ont pas reconnu eux qui se moquaient de lui en crachant et en frappant disant : « Salut, roi des Juifs ». Les passants ne l’ont pas reconnu eux qui passaient en l’insultant voyant le panneau où était écrit en vérité le motif de sa condamnation et de notre salut : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs ».
Avec toute l’humilité et la douceur possible prosternons nous devant lui et devant ceux qui lui ressemblent, qui sont comme lui sans défense, rejetés, méprisés.
Nous qui, comme les mages, avons accédé à la foi, faisons comme eux et prenons avec eux un autre chemin. Il y a le chemin d’Hérode, des scribes et des grands prêtres, celui de la violence, du pouvoir et de la domination, celui de tous les royaumes du monde et de leur splendeur dont le diable dira au Sauveur lors de la tentation qu’ils lui appartiennent. Il y a l’autre chemin, celui des mages qui est aussi celui de cet enfant sans défense qui fait se faire étranger pour fuir Hérode, celui du service et du don, celui de l’humble confiance.

Parfois, nous voudrions tant qu’il y ait un autre chemin ou un mélange des deux, un peu de violence et un peu de don ; un peu de splendeur et un peu d’humilité. Mais il nous faut choisir. Alors demandons aux mages de nous conduire sur leur chemin qui est celui de la vraie sagesse et de la vraie connaissance.

 


Pour l'entrée au noviciat de frère François, homélie de Père abbé Vladimir

Cher Francis,

Lorsque le moine ouvre le psautier, ce livre qui par sa méditation dans la liturgie des heures structure notre vie, il lit à la première ligne cette promesse qui est comme une invitation:

« Heureux est l’homme [1]»

« Ô Bonheur de l’homme » dirait une traduction plus littérale en pensant que la racine hébraïque de ce mot évoque les sentiments de celui qui marche droit vers un but.

Alors que nous terminons ce soir la lecture du prologue de la Règle de Saint Benoît, son premier mot : « Écoute [2]» résonne en nous en faisant retentir la même invitation. « Heureux l’homme qui se plait dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit » nous dit le psaume que semble commenter le prologue de la Règle nous invitant à répondre chaque jour par nos œuvres aux saintes leçons du Seigneur[3], à avancer sur ses chemins sous la conduite de l’Évangile[4].

« Ô bonheur de l’homme »

Saint Bernard qui commente plusieurs fois le psaume un le fait en utilisant un autre psaume que cite aussi le prologue : « Le premier verset de ce psaume revient à dire : ‘Détourne toi du mal’ et le deuxième : ‘Fais le bien’. Mais cette voie ne requiert pas de l’homme une suite de pas, elle requiert de l’esprit un élan d’amour[5].

Cher Francis,

C’est avec cet élan d’amour, à la suite du Christ qui est venu comme un petit enfant pour conduire toutes les nations à la justice, que tu es invité à entrer dans cette école où l’on sert le Seigneur[6] qu’établit la Règle. Saint Benoît t’assure que le cœur s’y dilate et que l’on y court dans la voie des commandements de Dieu avec la douceur ineffable de l’amour[7]. Cette école, il faut la comprendre comme la communauté des apôtres et des premiers disciples du Christ qui nait de son appel. C’est la voix de l’Esprit qui le fait retentir dans nos cœurs conformément à la parole de l’Évangile : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis . . . pour que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure[8] ». Ce service dont parle la règle, il s’étend à toute notre vie. Bien sûr la liturgie est le service que les moines ont voué[9] mais l’on sert aussi par l’obéissance, par tous les travaux au service de nos frères, spécialement les plus faibles. Et ce service s’étend jusqu’aux hôtes et à tous ceux qui se présentent au monastère. C’est le même élan d’amour qui nous pousse vers le Christ tout autant que vers les frères et au moins par notre prière jusqu’aux extrémités du monde que représentent en ce jour les mages venus adorer le Christ. « Les Frères se serviront mutuellement[10] » nous dit la règle en parlant de la cuisine et du réfectoire. Tous nos repas où nous nous servons mutuellement dans la charité sont à cause de cela des images du banquet céleste où le maître lui même se mettra à servir comme il est dit dans l’Écriture : « Heureux ces serviteurs que le maître à son retour trouvera en train de veiller. En vérité, il prendra la tenue de service, les fera mettre à table et passera pour les servir[11] ». Oui, heureux sommes-nous.

« Le seigneur connaît le chemin des justes[12] » nous dit le psaume et le prologue lui répond en parlant de la voie du salut[13]. Notre Seigneur lui même nous dit qu’il est resserré ce chemin qui mène à la vie[14]. Il est resserré pour nous apprendre l’humilité qui nous rend semblable aux enfants dont parle l’Évangile pour qui la porte est toujours assez large. Il est resserré pour qui cherche à le parcourir par ses propres forces et non par l’amour qui est un don de l’Esprit et qui crée toujours plus d’espace. Il est resserré si nous le parcourons replié sur nous même alors qu’il devient large à la mesure de l’aide et de la communion que nous nous donnons les uns aux autres. Unis les uns aux autres, supplions le Seigneur pour qu’il nous conduise tous ensemble à la vie éternelle. Si du moins, c’est sur cette voie que tu veux t’engager.


[1] Ps 1, 1.

[2] RB, Prologue 1.

[3] RB Prologue 25.

[4] RB prologue 21.

[5] St Bernard, Sermons Divers 72, 4.

[6] RB Prologue 45.

[7] RB Prologue 49.

[8] Jean 15, 16.

[9] RB 18, 24.

[10] RB 35, 1.

[11] Luc 12, 37.

[12] Ps 1, 6.

[13] Prologue 48.

[14] Mt 7, 14.


Noël messe du jour, homélie du père abbé Vladimir

Chers frères et Sœurs,

« En ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes ».
À bien des reprises, Dieu a parlé par les prophètes. Il a parlé par Moïse donnant la loi sur le Mont Sinaï, il a parlé par Jérémie appelant à la conversion, il a parlé par le prophète Isaïe annonçant la venue du Messie.
Aujourd’hui, dans un présent qui n’aura pas de fin, Il nous parle par son Fils, expression parfaite de son être, lui qui porte l’Univers par sa parole puissante.
Le verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Mystère admirable, ce Verbe s’est abrégé. Il s’est fait enfant sans parole en se soumettant aux lois de la nature humaine. Ce n’est pas quelque chose d’accidentel mais l’incarnation nous révèle au delà des mots quelque chose de la nature profonde de Dieu, de sa manière de se communiquer aux hommes.
Déjà dans le judaïsme, on dit que Dieu dans son humilité, en créant le monde, d’une certaine manière, se retire pour laisser l’homme libre. Mais l’humilité de Dieu se manifeste de manière éclatante lorsqu’il vient parmi nous, lui la Parole, comme bébé vagissant. C’est ce que dit la lettre aux Philippiens en chantant que Dieu s’est anéanti prenant la condition d’esclave. Tout autant que sur la croix, la gloire de Dieu resplendit dans l’humilité par cet enfant livré à la main des hommes. C’est le même mystère qui resplendit dans toute la vie du Christ, qui nous donne la vie et qui nous fait renaître avec cet enfant. Contemplons cet enfant, Dieu qui n’est plus caché mais accessible dans la chair afin qu’il nous guérisse de l’orgueil et de la suffisance.

Chers Frères et Sœurs,
Autant dire qu’aux yeux du monde cela ne compte pas. Cette vérité n’est pas de celles qu’il reçoit lui qui aime compter et les recettes et les bénéfices et les forces en présence et le fracas des armes avec lesquelles il pense se rassurer alors que le prophète Isaïe nous a dit en cette nuit qu’elles sont destinées au feu. Une vérité sans parole, un enfant qui n’a pas de place si cela exprime pleinement la sagesse de Dieu n’est que folie aux yeux des sages de ce monde.
Laissons-nous conduire et instruire par cette sagesse. La grâce et la vérité nous sont venues par Jésus Christ. Modelons notre manière d’être les uns avec les autres sur cet enfant.
St Benoit parlant de l’humilité nous dit qu’elle est une échelle conduisant au ciel où l’on monte en descendant, la clef de la porte du Royaume. En ce jour dans l’humilité de la crèche, contemplons celui qui nous l’enseigne en vérité du commencement à la fin.


Nuit de Noël, homélie du père abbé Vladimir

 

Chers Frères et Sœurs,

En cette nuit bénie « tout est devenu ciel ». Ou plus exactement le Ciel s’est uni à la terre, le mur de séparation est détruit, l’univers est transfiguré et le Royaume est commencé. Comme le chante les psaumes, le ciel se réjouit est la terre est dans l’allégresse.
La liturgie nous fait chanter que la grotte est devenue le ciel. La grotte, la crèche, la mangeoire est devenue le Ciel puisqu’elle reçoit celui qui étant Dieu s’est fait faible et sans défense en prenant chair de la Vierge Marie.
De Marie, en cette nuit, nous disons aussi avec St Jean Damascène qu’elle est un ciel vivant. Lorsqu’arriva le temps où elle devait enfanter, elle mit au monde et coucha dans une mangeoire son fils premier né, le Sauveur, le Messie, le Seigneur que les anges adorent dans les cieux. Nous aussi nous sommes invités par la grâce de cette fête à renaître, à devenir des ciels vivants en nous ouvrant à l’action de grâce pour glorifier Dieu qui s’est donné pour nous afin de nous racheter et de faire de nous son peuple. Non, nous ne célébrons pas un événement du passé mais ce renouveau, cette révolution que Dieu ne cesse jamais d’apporter en ce monde depuis qu’il s’est fait homme.
Tout est devenu ciel et nous sommes invités à prendre soin de cet enfant qui nous est donné en prenant soin de tous les hommes qui, à cause de lui, sont devenus en vérité nos frères et du monde qui nous est confié puisqu’il l’a fait sien.
En cette nuit, nous sommes invités à vivre ce mystère dans la simplicité et la pauvreté. Dieu, de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. Nous sommes invités à construire la paix mais cette paix que Dieu donne. Elle a la fragilité de cet enfant qu’avec Joseph, Marie et les bergers, nous tenons presque dans nos mains. Nous le portons dans nos prières comme un oreiller où il puisse reposer.
Et s’il faut parler de notre identité comme chrétien, c’est de l’accueil de cet enfant, Verbe livré aux mains des hommes qui bientôt sera pourchassé par Hérode que nous la recevons. Accueillons cet enfant, accueillons ces enfants refusés, maltraités, réfugiés qui dorment au coin des rues jusque dans nos pays car aujourd’hui comme hier, il n’y a pas de place pour eux. Accueillons dans notre prière ceux qui ne sont même pas nés. Laissons nous humaniser par le Dieu enfant que les bergers en cette nuit reconnaissent, emmailloté et couché dans une mangeoire comme le Messie qu’ils attendaient.
Tout est devenu ciel, un royaume que pourtant nous avons encore à construire en tissant entre nous des liens renouvelés fraternels, chargés d’amitié et d’affection.
Le Christ, Dieu fait chair ne veut pas que nous soyons ses serviteurs mais ses amis, mais ses frères. Employons-nous de toutes nos forces à vivre cette nouvelle manière d’être entre nous. Cela sera beaucoup plus efficace pour le salut de ce monde pour qui le Verbe a donné sa vie que bien des discours apparemment porteurs de vérité mais en fait de condamnation.
Oui la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.

 


3ème dimanche de l’Avent – A, homélie de frère Marie

 

Is 35, 1-6.10 ; Ps 146, 7-10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

 

La joie à laquelle nous sommes invités en ce 3ème dimanche de l’Avent, est la joie d’une rencontre, la joie d’une venue. « Ne craignez pas voici votre Dieu,…il vient lui-même et va vous sauver » . Le prophète annonce les signes de cette venue, et Jésus les réalise en réponse à la demande de Jean le Baptiste : « Devons-nous en attendre un autre ? » .
La venue de Dieu a pour effet la vue, « les aveugles voient », c’est-à-dire la transformation de notre regard sur le monde qui nous entoure, la transformation de notre regard sur la valeur de la vie et de l’humain. Dieu nous fait voir par son propre regard : « Dieu regarda et cela est bon », petit refrain de la Genèse. Qui dit transformation de notre regard, dit transformation de notre cœur, de notre intelligence et de nos intentions : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » .
Cette venue de Dieu a encore pour effet la transformation de notre écoute, « les sourds entendent ». L’écoute d’une parole qui nous enseigne les chemins de la vie, une parole qui nous enseigne « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme » . Une parole que Dieu a préparée pour ceux qui l’aiment. Ecoute d’une parole qui nous entraine sur les chemins de la vie en faisant corps avec nous. Comme le dit si bien st Irénée, une parole, qui pleine de l’Esprit de Dieu, nous ‘plasme’, nous modèle, nous crée, en nous rejoignant dans les moindre fibres de notre humanité, dans nos questionnements, nos désirs, nos rêves, nos joies et nos peines.
Sur la montagne de la transfiguration la voix du Père s’est faite entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé écoutez-le » . Dans cette écoute nous devenons des ‘bien-aimés’.
Cette connaissance qui transforme notre regard, notre écoute et notre cœur, rectifie notre marche, nos conduites de vie, elle nous entraine dans les œuvres de justice, de miséricorde et de bienveillance. « Soyez ainsi les fils de votre Père qui est aux cieux ».

Le paradoxe que soulignent nos textes, c’est que cette joie annoncée, cette joie de la rencontre, passe par le désert. Le désert apparaît comme un incontournable, voire une nécessité pour que le Seigneur se manifeste. C’est au désert et à la terre de la soif que le prophète annonce la joie et la fécondité.
« Qu’êtes-vous allés voir au désert, dit Jésus en parlant de Jean le Baptiste,…bien plus qu’un prophète, un messager envoyé en avant de moi pour préparer mes chemins, ma venue » .
Dans le projet monastique le désert fait partie intégrante de la forme de vie et du chemin spirituel. Tout comme pour le peuple de l’exode, ou pour Jean le Baptiste, ou comme Jésus au désert, le désert ouvre à une filiation confiante, libre et aimante. « Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » nous dit le prophète Osée . Comme nous le dit le lérinnien St Eucher, au désert l’âme devient libre de dialoguer avec son Epoux, le Christ, nouvel Adam. Ce n’est pas réservé aux moines, c’est la marque de toute vie chrétienne authentique. C’est que le désert désigne en fait la séparation de tout ce qui aliène l’homme, ses assurances trompeuses qui lui donnent l’illusion d’exister ; la vanité du pouvoir, du culte de soi, la convoitise incessante de la possession, avec les frustrations que tout cela occasionne, car c’est le lieu de profondes injustices, de violences, d’exclusion et d’aveuglement, illusion d’exister qu’à travers ce que l’on peut maîtriser, posséder. La parole de Dieu, en quelque sorte nous dépossède pour nous faire entrer dans la connaissance de l’amour gratuit et du don, pour ouvrir nos yeux et nos oreilles sur l’existence de l’autre, de cet Autre qui nous habite et qui sans cesse vient à nous avec sa puissance de vie et d’amour, et des autres qui sont nos frères et sœurs en humanité, et dans lesquels nous pouvons nous reconnaître avec tout le mystère qui nous habite et qui est le lieu d’une évangélisation, de la mise en œuvre d’une ‘Bonne Nouvelle’.
Ainsi le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que Jean le Baptiste, car le Christ transforme notre désert en jardin.
Mais comme nous le dit si bien St Jacques dans sa lettre, les pleins effets en nous de la venue du Seigneur réclament la patience et l’espérance du cultivateur ; aussi ne nous lassons pas de faire le bien. Ayons le cœur ferme, ouvrons nos yeux, nos oreilles, et laissons-nous envahir par une vraie joie, pure, car la venue du Seigneur est proche.
Is 35, 4
Mt 11, 3
Mt 5, 8
1 Co 2, 9
Mc 9, 7
Mt 11, 10
Os 2, 16

 


Solennité du Christ Roi - C, homélie de frère Bartomeu


« Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! »
Chers frères et sœurs, en ce dimanche qui précède le commencement du temps de l’Avent dimanche prochain, notre regard est déjà tout tourné vers la venue de Jésus-Christ dans son Royaume. Le psaume a mis sur nos lèvres et dans nos cœurs la joie d’aller à la maison du Seigneur, de nous te-nir devant les portes de Jérusalem. Et pour marquer la continuité de notre marche, nous entendrons à nouveau ce même psaume dimanche prochain.
Nous avons entendu un des malfaiteurs suspendus en croix avec Jé-sus, le bon larron, lui dire : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »
Mais, quel est ce Royaume ? Quelle est cette Jérusalem devant les portes de laquelle notre marche prend fin ?
Jésus, qui avait dit à Pilate : « Ma royauté n’est pas de ce monde» (Jean 18,36), est maintenant suspendu à la croix, et au-dessus de lui il y a une inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs. » Et, tandis que « le peuple reste là à observer, les chefs le tournent en dérision et les soldats aussi se moquent de lui, en disant : Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Et c’est alors que le bon larron lui dit : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »
Dans la lecture de la Lettre aux Colossiens, l’Apôtre nous disait de ce Royaume : « Frères, rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pou-voir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. »
Et lorsque le malfaiteur lui a dit : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume », Jésus lui a déclaré : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » La croix est devenue ainsi la porte du Royaume devant laquelle sa marche prenait fin.
Le bon larron nous représentait, nous qui sommes aussi malfaiteurs, mais qui en Jésus-Christ nous avons la rédemption, le pardon des péchés. C’est pourquoi déjà ici nous vivons la réalité du Royaume, rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints. Dans l’Église nous vivons devant les portes de Jérusalem et par notre vie nous devons contribuer à faire de ce monde les « portes de Jérusalem » pour tous les hommes.
« Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! » Disons le psaume avec le bon larron. Il maintiendra vivante en nous l’espérance, puisque l’attente de la venue de Jésus-Christ dans son Royaume nous la vi-vons en sachant qu’à nous aussi il dira : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
« Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! »